Entretien avec... Bruno de Saint-Florent, partner chez Oliver Wyman

« Les banques redistribueront des crédits aux investisseurs de long terme »

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les prêts à l’habitat sont-ils menacés par Bâle III comme tout crédit long terme ?

Pas dans les mêmes proportions. Ils sont moins rentables que les financements de projets, mais permettent de lever des dépôts auprès des particuliers. En outre, ils peuvent être collatéralisés via des covered bonds (obligations sécurisées, NDLR). Dans le ratio de liquidité long terme, ces crédits doivent seulement être pondérés à 65 % par des ressources de long terme, contre 100 % pour les autres prêts.

Quelles seront les alternatives pour les entreprises, en dehors du marché obligataire ?

Cela dépendra des spécificités des actifs financés et des décisions finales des régulateurs. Les besoins de l’économie seront toujours là, mais des marchés de financements spécialisés se développeront là où les marges seront intéressantes et où il est possible de tirer parti du collatéral. Cela peut-être le cas dans le financement de projets, sécurisé par un actif récupérable en cas de défaut du client, même si la valeur de revente est incertaine. Et c’est encore plus le cas dans les marchés des matières premières où le commodity trade finance* a pour garantie une cargaison à livrer, tandis que le reserve based lending** repose sur la production future du client, avec un collatéral qui a une valeur de marché.

Sur quels marchés ces actifs pourront-ils être écoulés ?

Les banques chercheront sans doute à redistribuer une partie des crédits qu’elles auront montés auprès d’investisseurs de long terme. Il pourra s’agir des fonds alternatifs qui n’ont pas de contraintes de liquidité, de fonds de pension, mais aussi potentiellement des assureurs. Les futures règles de Solvabilité II empêcheront ces derniers de réaliser certains investissements sur leur actif général mais ils continueront à avoir plus de liberté dans leurs poches multisupports.

Un retour de la titrisation d’actifs est-il envisageable ?

Elle fait partie des solutions pour certaines des créances que nous venons d’évoquer, mais reste à savoir quel sera l’appétit des investisseurs, échaudés par les excès de certaines opérations montées avant la crise.

*Financement du commerce des matières premières 

**Facilité sécurisée par des réserves prouvées

A lire aussi