Les banques redessinent leurs outils de trading électronique

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Gage de compétitivité sur un marché des devises en forte croissance, les investissements technologiques ne cessent de croître.

Quatre mille milliards de dollars. C’est le volume quotidien qu’atteint le marché des devises selon la Banque des règlements internationaux, en hausse de 20 % sur les trois dernières années. Soit deux fois plus que celui des marchés actions. Dans ces conditions, les enjeux technologiques sont immenses. « Le fait de ne pas posséder de plate-forme de 'trading' de devise propriétaire ne nous permettait pas de nous différencier sur ce marché, explique Stéphane Malrait, responsable du commerce électronique pour les produits de taux et de change au sein de la banque de financement et d’investissement de Société Générale (SG CIB). C’est pourquoi nous avons investi dans le développement d’une toute nouvelle plate-forme, dénommée alpha FX », un projet informatique lancé début 2010.

Toutes les banques, acteurs incontournables de ce marché, investissent dans l’amélioration de leurs plates-formes. Selon une étude du cabinet spécialisé Celent parue début mai 2011, les investissements technologiques ont augmenté de plus de 15 % en valeur sur le marché des changes entre 2008 et 2010, s’établissant à plus de 1,2 milliard de dollars. D’ici à 2013, les analystes de Celent anticipent même une hausse de près de 50 %. Accroissement des volumes, mais aussi fragmentation des ordres - puisque selon Celent, le ticket moyen est passé de 4,3 millions de dollars en 2004 à 1,8 million courant 2011 - et enfin montée en puissance du trading algorithmique, avec son corollaire, la recherche de temps de réponses toujours plus réduits : autant de facteurs impliquant une mise à niveau des plates-formes de trading des banques. Car celles-ci sont désormais pratiquement entièrement électroniques, 92 % des transactions l'étaient en 2009, contre 43 % en 2001, selon le cabinet d’analyse Greenwich Associates.

Améliorer le confort d’utilisation

Mais les investissements informatiques des banques ne concernent pas seulement les infrastructures et la puissance de calcul de leurs plates-formes. Il s’agit également d’en améliorer l’ergonomie et d’offrir plus de confort d’utilisation à leurs utilisateurs, clients comme traders en interne. « Les attentes de nos clients sont évidemment centrées, en priorité, sur les prix ainsi que sur la qualité d’exécution, mais concernent également l’ergonomie et la simplicité d’utilisation », souligne Stéphane Malrait. Aussi, pour mettre au point sa nouvelle plate-forme Alpha FX, SG CIB a mené une étude pendant six mois avant de choisir la technologie de développement. C’est finalement Silverlight de Microsoft qui a été retenue. « Nous voulions nous appuyer sur une technologie RIA ('rich internet application', application internet offrant les mêmes caractéristiques et performances qu’un logiciel classique, NDLR) pour éviter toute installation sur les postes des utilisateurs », précise Stéphane Malrait. Le choix de Silverlight s’explique par l’existence du support Microsoft, plus de souplesse en termes de développement et une majorité de postes clients utilisant le navigateur Internet Explorer, développé par Microsoft. « Mais Silverlight est également une technologie très visuelle, orientée vidéo et temps réel, insiste Stéphane Malrait. Nous avons étudié de nombreuses plates-formes existantes, souvent mises au point il y a une dizaine d’années et dont l’ergonomie a été jugée lourde, notamment en termes d’utilisation des couleurs. » Une équipe spéciale a été créée réunissant jusqu’à six personnes, composée uniquement d'ergonomes et de graphistes. S’appuyant sur une étude révélant que 10 % des personnels des salles de marché sont daltoniens, les couleurs choisies sont celles que ces derniers distinguent nettement. Après avoir été testée en interne dès juillet 2010, Alpha FX est proposée à certains clients pilotes dès octobre 2010. Depuis janvier 2011, son utilisation est élargie progressivement. Elle devrait remplacer définitivement l’ancienne plate-forme basée sur la technologie Currenex d’ici à fin 2011. Alpha FX offre des fonctionnalités rich media tel un cube 3D dont l’utilisateur peut faire tourner les différentes faces à l’aide de sa souris. « Sur une des faces, on peut voir les courbes relatives à la devise traitée, explique Stéphane Malrait. Sur une autre, l’utilisateur peut regarder la profondeur du marché et obtenir des prix pour un, cinq ou dix millions d’unités selon les fourchettes qu’il définit lui-même. » L’intégration des études dans les cubes est prévue d’ici à l’été.

De même, Deutsche Bank, dont la plate-forme Autobahn est leader selon le dernier classement d’Euromoney, investit aussi lourdement. « Dans les mois à venir, nos utilisateurs pourront bénéficier d’une interface plus conviviale et décider de ce qu’ils affichent à l’écran, définir eux-mêmes leurs propres limites de 'trading', annonce Aude Id-Nacer, responsable du trading électronique FX France, Belgique et Luxembourg chez Deutsche Bank. En 2005, l’application était assez lourde à installer sur les postes clients. Depuis trois ans, il suffit d’une petite application java. Mais pour la mise au point de la nouvelle interface, nous avons beaucoup investi dans l’infrastructure car il a fallu tout remettre à plat et créer des modules indépendants les uns des autres. » Ce projet, débuté courant 2010, devrait aboutir à la fin de cette année.

Cependant, améliorer l’ergonomie n’est pas un gage de succès. La plate-forme Matrix, entièrement développée selon la technologie RIA de l’éditeur Adobe (flash, acrobate reader…), n’a pas rencontré le succès escompté. Pourtant, elle propose une très belle interface, très visuelle, avec des fonctionnalités collaboratives très poussées.

Automatiser le back-office

« Les banques, dont les capacités d’investissement ont été restaurées, misent beaucoup sur le front-office de leurs plates-formes, avance Frederik Arns, consultant spécialisé dans le domaine financier au sein de la SSII Cognizant. Mais de nouveaux investissements massifs sont à prévoir au niveau du back-office. » Publiée en décembre 2010, une étude de Cognizant conclut également à une hausse des investissements technologiques, gage de compétitivité sur le marché des devises. « Avec la fragmentation accrue des ordres, les banques, comme les opérateurs de plates-formes 'multidealers'telles FxAll ou Currenex, vont devoir investir dans des outils d’agrégation des ordres pour soulager leur back-office encore essentiellement manuel », poursuit Frédérik Arns. Une assertion que semble implicitement confirmer Stéphane Malrait : « Nous n’avons pas encore beaucoup développé de fonctionnalités 'post-trade' mais des projets sont prévus. Nous attendons de voir l’intérêt porté à notre nouvelle plate-forme. »

A lire aussi