La parole à... Cyril Louchtchay de Fleurian, cabinet Elton Pickford

Les banques mettent en place une gestion optimisée du « collateral »

le 06/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Un peu partout en Europe, les banques évaluent la compétitivité de l’outil industriel dont elles se sont dotées pour gérer le collateral (1). Désormais, leur problématique n’est plus tant la conformité aux diverses réglementations que l’efficience du dispositif en place, en termes de liquidité, de coûts opérationnels et de gains en capital ; l’enjeu est de taille puisque certains établissements européens ont des encours d’actifs nantis supérieurs à 150 milliards d’euros.

Premier constat, l’écosystème « collateral » est toujours en expansion, générant un besoin d’adaptation permanent des banques. Vecteurs de changement, les dépositaires centraux internationaux (ICSD) font évoluer leur offre, devenant de véritables canaux de transit et d’aiguillage d’actifs, à l’image de Clearstream Banking et de son offre globale d’accès à la liquidité : le développement du GC Pooling est sans doute l’un des succès les plus marquants du tandem formé avec Eurex Clearing ; 160 milliards d’euros d’encours actuellement (contre moins de 10 milliards en 2007), pour un produit permettant d’échanger dans des conditions de sécurité optimisées (via la compensation centralisée), un panier standardisé de titres éligibles en banque centrale ; le succès aidant, la réflexion s’installe désormais autour d’un panier standardisé fondé sur les critères d’éligibilité d’un panier compatible LCR (2). L’optimisation des procédures amenée par les ICSD est également un puissant moteur, auquel l’ensemble de la communauté s’adapte graduellement : mobilisation étendue du collateral (défragmentation), accès à de nouvelles contreparties (buy-side notamment), amélioration de la connectivité aux infrastructures, optimisation de la réutilisation du collateral, voilà quelques-uns des objectifs assignés à la filiale de Deutsche Börse.

Deuxième constat, l’organisation interne des établissements bancaires travaillera en 2014 à articuler les différentes fonctionnalités de la gestion du collateral ; face aux rigidités organisationnelles, au manque de sponsorship interne ou de ressources, l’alchimie nécessaire à un haut degré d’efficience reste à trouver. A la croisée des métiers de trésorerie, de gestion actif-passif et de trading obligataire, la fonction « marché » est la première composante à assembler, autour des activités de funding (gestion de l’accès à la liquidité contre titres) et de transformation (échanges de titres de qualité différente). En aval, la fonction purement post-marché est centrale : déplacer le collateral dans les systèmes de place, fluidifier le processus de règlement-livraison, sécuriser les dérivés OTC par des titres dans le cadre d’Emir, par exemple. Enfin, dernier paramètre de l’équation, la fonction réglementaire-prudentielle prend essentiellement la forme de la constitution d’un encours suffisant de titres de haute qualité pour les besoins du ratio LCR. Partant dans la majorité des cas d’une organisation en silos, le chemin semble encore long vers une nouvelle ligne métier transverse, seule vraie condition à une optimisation globale.

Pour la majeure partie des grandes banques, les objectifs 2014 se traduisent par la recherche d’optimisation ciblée. Tout d’abord, elles cherchent à mobiliser le collateral le plus économique en fonction des besoins : à partir d’un pool titre central, elles veulent satisfaire les besoins prudentiels, de liquidité ou d’affichage par exemple, concept très regardé depuis quelques mois. Le ratio LCR est au coeur de la problématique « collateral » puisque l’enjeu pour les banques est de construire une chaîne de valeur autour de la collecte, la sélection, la gestion et la liquéfaction de titres de haute qualité. L’idée étant de ne plus subir le ratio en bout de chaîne, mais bien de restructurer en amont les métiers et portefeuilles titres pour piloter la gestion dudit ratio, en début de processus. Il s’agit ensuite d’améliorer les conditions de financement de la banque et enfin de contribuer aux conditions de rentabilité, en optimisant le gain en capital via le mécanisme de pondération des actifs (3) en fonction du risque.

Finalement, on pourrait se dire que la période actuelle de calme sur les marchés pourrait bien être la période idéale pour repenser son modèle de gestion du collateral, en attendant une repentification de la courbe des taux ; la gestion du collateral reste avant tout un formidable outil de gestion monétaire à optimiser pour les périodes de turbulence.

(1) Le ‘collateral’ est l’ensemble des actifs, titres ou liquidités remis en garantie par une contrepartie débitrice pour couvrir un risque, une exposition.

(2) LCR (‘liquid coverage ratio’) : détermine la quantité d’actifs liquides de haute qualité, non grevés, dont les banques doivent disposer pour faire face à une crise de liquidité aigüe pendant un minimum 30 jours.

(3) Risk weighted assets : actifs pondérés en fonction de leur risque.

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