Les banques islamiques s’immiscent dans les financements à long terme

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Des parts de marché sont à prendre. Ces acteurs alternatifs ont des atouts, mais les conditions ne sont pas encore toutes réunies.

Alors que les grands établissements européens se montrent de plus en plus timorés en matière de financement de l’économie mondiale, les banques islamiques pourraient devenir une alternative, principalement en ce qui concerne les projets à long terme qui répondent à une exigence de la charia (ensemble d’interprétations juridiques et éthiques des écritures sacrées souvent considéré comme la « loi islamique ») : l’adossement à un actif tangible. Quelques rares grandes entreprises se sont déjà laissé tenter au cours des dernières années à l’instar de General Electric qui a émis, fin 2009, un sukuk (titre proche des asset-backed securities et de la titrisation) de 500 millions de dollars en Malaisie ou de Goldman Sachs cet automne pour 2 milliards de dollars. Toutefois, même si le marché des sukuk est en forte progression, passant de 11 milliards de dollars en 2005 à 50 milliards en 2010, « il reste minuscule par rapport au marché de dette conventionnelle, représentant environ 1,4 % du total des volumes et légèrement moins en termes de frais (1,3 %) », explique Ryan Ayache, analyste chez Deutsche Bank et auteur d’une étude récente sur les perspectives de la finance islamique. Mais il rappelle également le potentiel de développement dont dispose cette finance qui pourrait voir ses actifs doubler d’ici à 2016.

Les possibilités ne manquent pas. Rien que dans les six pétromonarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les projets d’infrastructures dépassent les 2.000 milliards de dollars. Le printemps arabe, en ouvrant la voie du pouvoir à des partis islamistes, pourrait aussi lever un obstacle au développement de la finance islamique, jusque-là bridée par les autorités en place qui y voyaient plutôt une menace. Au Maroc par exemple, les quelques produits financiers islamiques sont jusque là commercialisés sous le label « produits alternatifs » afin d’éviter toute allusion religieuse.

Une solution en devenir

Les occasions fournies aux acteurs de la finance islamique ne se limitent pas aux pays à forte population musulmane. Dans les pays occidentaux, l’austérité budgétaire et les difficultés des banques laissent une place à prendre. Néanmoins, ce mouvement de substitution ne se fera pas subitement. « Même si, dans l’ensemble, les grandes entreprises françaises, premiers émetteurs obligataires européens, connaissent les solutions de financements islamiques, le blocage actuel des marchés rend leur mise en œuvre difficile, explique Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace. Mais dès que les marchés auront retrouvé un peu de sérénité, elles ne devraient pas manquer d’être sensibles aux options offertes par la finance islamique comme source de financement complémentaire. » Cela d’autant plus que les investisseurs du Golfe ont renforcé leurs participations dans certains grands groupes.

Par ailleurs, il faudra un certain temps aux banques islamiques pour pouvoir efficacement concurrencer les établissements en place. Le financement de projets de long terme notamment, compte tenu de leur complexité et des risques spécifiques qu’ils comportent, nécessite une expertise pointue. De plus, « les montages islamiques demeurent souvent plus onéreux à mettre en place que les structures conventionnelles car ils sont plus complexes et manquent encore souvent de standardisation », note Foued Bourabiat, avocat au cabinet Herbert Smith ParisLLP. Un obstacle qui n’est toutefois pas infranchissable à moyen terme.

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