Entretien avec... Stefan Isaacs, gérant du fonds obligations corporate chez M&G

« Les banques françaises ne jouissent plus du bénéfice du doute »

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Pensez-vous que les critiques adressées aux banques françaises soient justifiées ?

Historiquement, les banques françaises ont bénéficié d’un sentiment positif de tout le monde. Or la crise de l’Eurozone a changé cette perspective. Alors qu’au départ, le marché avait le sentiment qu’il s’agissait d’une crise périphérique et qu’une ligne était tracée entre les pays « forts » à l’image de la France, l’Allemagne ou encore les Pays-Bas, cette ligne a littéralement explosé et a entraîné dans son sillage l’image des banques françaises, créant de ce fait une sorte de level playing field au sein des banques européennes. A cette crise s’ajoutent aussi les nouvelles exigences en matière de capitaux découlant de Bâle III. Et de ce point de vue, la plupart des banques hexagonales ont des niveaux de capitalisation bien au-dessous de ce qui est acceptable. Contrairement au passé, elles ne bénéficient plus aujourd’hui du bénéfice du doute.

Comment jugez-vous leur exposition à la dette des Etats périphériques de la zone euro ?

L’exposition des banques françaises à la dette souveraine et aux administrations publiques reste importante : par exemple, les expositions de Crédit Agricole, BNP Paribas et Société Générale sont de l’ordre de 20 % à 30 % en regard de ces institutions. Ce qui représente cinq fois le Core Tier one equity de Société Générale et sept à huit fois celui des autres françaises citées. On ignore aussi quelle est leur réelle exposition à la dette souveraine grecque : les banques françaises, à l’image d’autres établissements en Europe, ont décidé de valoriser un certain nombre d’obligations grecques au titre d’actifs de niveau 3, des actifs peu liquides valorisés au bilan des banques, mais non communiqués au marché.

Pensez-vous que la France connaîtra à terme des problèmes de financement ?

Le niveau des credit default swaps à cinq ans a progressé pour atteindre 170 points de base, ce qui est largement supérieur à ce que les banques françaises ont enregistré au cours de ces deux dernières années. Selon nous, si ce spread continue à s’écarter, cela va naturellement poser des problèmes de financement pour ces établissements bancaires.

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