Les banques françaises n’échappent pas au trou d’air obligataire

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Sur le troisième trimestre, BNP Paribas et Société Générale ont accusé des reculs respectifs de 31% et 24% dans leurs activités de trading dédiées

Le siège de la Société Générale à la Défense. Société Générale et BNP Paribas sont en recul dans leurs activités de tradingdédiées. Bloomberg

Incertitudes sur la politique menée par la Réserve fédérale américaine, effet de base défavorable liée à l’annonce en 2012 de rachats illimités d’emprunts d’Etat par la Banque centrale européenne (BCE)…: ces facteurs, qui ont pesé sur les activités de taux des banques au cours du troisième trimestre 2013, n’ont pas épargné les acteurs français. Chez BNP Paribas, les revenus issus du trading obligataire ont ainsi accusé un repli de 31% sur un an (-3% sur le trimestre) à 780 millions d’euros. «Ce recul reflète de faibles conditions de marché […] et une activité réduite des clients, particulièrement dans les activités de taux», commente l’agence de notation Fitch Ratings. Si Société Générale et Crédit Agricole SA ont vu leurs activités fondre de 24% et 20,6% respectivement, Natixis a en revanche affiché une progression de 4%. «Notre plateforme de dettes a connu une bonne dynamique commerciale et nous avons poursuivi notre développement en Asie et aux Etats-Unis», explique Laurent Mignon, directeur général de la filiale de BPCE. «La taille de Natixis dans le 'fixed income', plus modeste que ses pairs, rend son activité plus sensible à des opérations particulières», analyse Cyril Meilland, responsable des banques européennes chez Kepler Cheuvreux.

De meilleures performances relatives

Toutefois, dans un environnement peu porteur, «les banques françaises ont enregistré de meilleurs résultats que les grands établissements américains et européens au sein des marchés de taux par rapport au troisième trimestre de l’an dernier ou au deuxième trimestre de cette année», observe Cyril Meilland. Sur un an, «la plupart des grands acteurs affichent des baisses de l’ordre de 30%», confirme le bureau d’études Oddo Securities. «Nos revenus se sont révélés résistants, marquant un recul de 7% sur le trimestre, contre une baisse de 19% en moyenne au sein du marché», estime Philippe Heim, directeur financier de Société Générale, mettant en lumière «une activité dynamique sur les produits de flux avec une demande soutenue en Europe et une augmentation des besoins de la clientèle Corporate». Comme l’indiquait Citi début octobre, l’orientation des banques françaises sur les actions et plus généralement sur la banque d’entreprise et autres activités de banque universelle a vocation à «adoucir» l’impact des difficiles conditions sur le marché des taux. Selon le bureau d’études, les activités de trading dans le domaine du fixed income, change et matières premières (FICC) n’ont représenté que 11% des revenus globaux de BNP Paribas et Société Générale et 9% chez Crédit Agricole SA, contre 29% et 25% pour Deutsche Bank et Credit Suisse sur le premier semestre 2013. Ces deux dernières banques ont accusé des reculs annuels dans cette activité de respectivement 48% et 42%. «La part de revenus plus faible venant du trading, comparativement aux principales banques européennes présentes dans cette activité, génèrent forcément une moindre performance dans des marchés porteurs et inversement une meilleure résistance dans un environnement difficile», relève Cyril Meilland. En outre, selon le professionnel, «les banques françaises, focalisées sur la réduction de leur bilan en 2012, avaient alors sans doute moins profité des annonces de la BCE».

Cette moindre exposition aux marchés obligataires constitue un point positif pour les banques françaises au regard des nouvelles contraintes réglementaires. «Alors que les banques avaient presque toutes atteint les standards de Common Equity Tier 1 fixés par le marché dans la norme Bâle III, le ratio de levier, qui revient sur le devant de la scène, se révèle plus défavorable aux activités taux, qui nécessitent de disposer d’un large portefeuille d’actifs liquides et à faible rendement, comme les obligations souveraines. Les banques pourraient dès lors être obligées de réduire encore la voilure sur ces activités et accuser une baisse de leurs revenus», avertit Cyril Meilland. Alors qu’UBS avait annoncé l’an passé son quasi-retrait des marchés obligataires, jugés trop consommateurs en fonds propres, Credit Suisse a fait part en octobre de la restructuration de ses activités de taux. Deutsche Bank s’est de son côté engagé en juillet à réduire son bilan de 250 milliards d’euros (12% de ses actifs à fin 2012), visant principalement les activités de dérivés, au prix d’une perte de revenus de quelque 250 millions d’euros... Des annonces d’une telle envergure ne devraient plus intervenir au sein des banques françaises. «Celles-ci ont déjà réalisé un important travail dans ce sens et ne devraient pas fondamentalement modifier leur modèle», estime Cyril Meilland. BNPParibas avait annoncé fin 2011 la suppression d’environ 1.400 postes dans la banque de financement et d’investissement. Société Générale, qui a supprimé 1.450 postes dans ces activités sur la période 2012-2013, fait l’objet de rumeurs sur des réductions d’effectifs additionnelles.

Relance: Un ratio de levier défavorable aux activités de taux

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