Dossier La Défense

Les banques françaises délaissent le quartier central des affaires

le 05/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Sur fond de crise, le projet de « Cité financière » n’a pas séduit. Société Générale va réduire de moitié sa présence à La Défense.

Trois ans après son annonce, le projet élyséen de faire de La Défense la « Cité financière » de Paris semble avoir du plomb dans l’aile. Dévoilé en avril 2009 par le président de la République Nicolas Sarkozy, il ambitionnait de faire de La Défense un pôle d’excellence financier, à l’image de la City, à Londres. Aujourd’hui, le secteur de la finance y conserve, certes, un poids important. « Les banques représentent toujours un petit tiers des emplois et des surfaces occupées, soit environ 64.500 emplois et 1,5 million de m2de bureaux », indique Philippe Chaix, directeur de l’Etablissement public d’aménagement de La Défense Seine Arche (Epadesa). Toutefois, « le poids des banques est resté stable depuis trois ans », constate Philippe Chaix qui préfère désormais qualifier La Défense de « quartier d’affaires » plutôt que de « Cité financière ». « La finance demeure une composante importante, mais aux côtés d’autres activités telles que l’énergie et le conseil ».

Sur fond de crise financière, La Défense n’a pas séduit les établissements bancaires, bien au contraire. Cherchant à réduire leurs coûts, les banques françaises ont été attirées par d’autres quartiers de la région parisienne, en plus lointaine banlieue. BNP Paribas a ainsi opté pour la Seine Saint-Denis (93). Le groupe Crédit Agricole SA a mis le cap sur Montrouge (92), pour y regrouper une partie de ses activités, dans des immeubles répartis au sein d'espaces verts, sur le modèle du campus. Pour rejoindre cette commune, la banque d’investissement du Crédit Agricole doit quitter d’ici à 2014 ou 2015 ses bureaux de La Défense. Or 6.000 collaborateurs y travaillent, dans quatre immeubles - dont les deux principaux sont le 9 avenue Paul Doumer et Ex-Libris -, qui s’étendent sur 100.000 m2au total. Egalement basée à La Défense, sa filiale, le courtier Cheuvreux, qui emploie 386 personnes, doit aussi partir. Les raisons de cette désaffection ? « Alors que les banques cherchent à réduire leurs coûts, La Défense souffre d’un problème d’attractivité. Le prix du mètre carré y demeure élevé, à environ 590 euros en valeur faciale, alors qu’à Montrouge, le prix du mètre carré est d’environ 340 euros, et à Saint-Denis, de 300 euros. Or cet argument du prix est fondamental, au vu de la superficie occupée par les banques », souligne Monique Bénisty, du cabinet de conseil MBE.

D’autre part, le concept de La Défense, basé sur de grandes tours, semble bien éloigné du modèle du campus, fondé sur des immeubles bas - permettant de s’organiser en vastes open spaces -, et répartis sur une grande superficie, actuellement en vogue dans les banques pour regrouper leurs activités.

« Une question de prix »

Société Générale, premier employeur et occupant de La Défense avec 25.000 collaborateurs répartis sur 400.000 m2de bureaux, n’échappe pas à ce phénomène. La banque a annoncé, il y a quelques mois, son projet de construire un campus sur son site de Val de Fontenay (Val de Marne), qui compte actuellement 5.500 personnes. « Ce campus, qui doit être achevé fin 2015, accueillera 5.500 collaborateurs travaillant actuellement à La Défense dans des activités de back et middle-office », explique Jean-Marc Castaignon, directeur de l’immobilier du groupe Société Générale. Pourquoi diminuer ainsi sa présence à La Défense ? « Il s’agit avant tout d’une question de prix, indique Jean-Marc Castaignon. Nous sommes à la recherche d’économies, et le prix du mètre carré est deux fois moins cher à Val de Fontenay. »

A La Défense, Société Générale est propriétaire de ses trois tours (Alicante, Chassagne, Granite), ainsi que de l’immeuble Basalte, dont la construction est en voie d’achèvement. Celui-ci va accueillir toutes ses activités de marchés, qui sont actuellement localisées dans les tours et emploient 3.500 collaborateurs. La banque est en outre locataire de 220.000 m2de bureaux. Pour réaliser des économies, elle compte les quitter : « A terme, d’ici à 2015-2016, nous ne serons présents à La Défense que dans nos trois tours et dans l’immeuble Basalte. Nous ne compterons alors plus que 14.000 collaborateurs au total dans ce quartier. » Que vont devenir les 11.000 autres collaborateurs travaillant aujourd’hui à La Défense ? Outre les 5.500 transferts de postes à Val de Fontenay, d’autres solutions seraient actuellement à l’étude, dont le développement d’un site à Bois-Colombes (92) où Société Générale vient de s’installer.

 

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