La banque Lazard plus que jamais poussée à se construire un avenir

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Le groupe franco-américain mise sur sa marque pour développer des relais de croissance au Brésil, en Afrique et en Chine.

La banque Lazard plus que jamais poussée à se construire un avenir

Le fonds d'investissement dirigé par Nelson Peltz et Edward Garden, Trian Fund Management, étant entré à hauteur de 5,1 % à son capital, la banque Lazard, cotée à New York depuis 2005, n’a pas d’autre choix que de remplir ses objectifs financiers : outre l’augmentation de sa marge opérationnelle de 25 % en 2014, le groupe veut réduire son compensation ratio (frais de personnel sur revenus) à 55-59 % contre 62 % à fin mars, et réduire ses autres frais de 16 % à 20 %. Mais la banque d’affaires, bâtie sur l’axe Paris-Londres-New York, doit aussi se trouver des relais de croissance. Aujourd’hui, ses bureaux dans les pays émergents, c’est-à-dire hors d’Europe et d’Amérique du Nord, représentent 8 % de ses revenus, tous métiers confondus (fusions-acquisitions, conseil en restructuration de dette et aux gouvernements, gestion d’actifs), alors que le volume d’affaires reste faible sur le Vieux Continent. Pour Trian, Lazard est « une entreprise de services financiers de premier plan mondial avec une marque de grande valeur ».

Des recrues de poids

C’est bien ce qui lui a permis d’attirer Henrique Meirelles, président de la banque centrale du Brésil sous la présidence Lula. Installé à São Paulo, celui-ci devient directeur de Lazard en Amérique latine. Il y a quelques mois, Andrés Velasco, ministre des Finances du Chili jusqu’en 2010 et ancien conseiller notamment du Fonds monétaire international, est pour sa part devenu senior advisor de la banque. Ces recrues de poids viennent renforcer la stratégie sud-américaine du groupe. « Beaucoup de zones émergentes connaissent une activité M&A (fusions et acquisitions, NDLR) en forte progression, avec d'une part des entreprises locales ambitieuses et soutenues par la puissance publique et d'autre part des grandes entreprises occidentales qui viennent y chercher un relais de croissance, expose Matthieu Pigasse, directeur général de Lazard France. Cette activité s'appuie essentiellement sur les banques de conseil, à la fois présentes localement et avec un réseau mondial. C'est dans ce cadre que nous venons de prendre le contrôle à 100 % de notre activité brésilienne, jusqu'alors exercée avec nos partenaires locaux. » Depuis huit ans, Lazard était présente dans le pays via une coentreprise avec la boutique locale Signatura, dont les deux fondateurs restent les patrons opérationnels de la branche brésilienne. Le groupe conserve en revanche son partenariat avec la banque d’affaires régionale MBA dans six autres pays, dont l’Argentine et le Chili. « La décision d’aller plus loin dépend de la maturité de l’activité et de ses perspectives de développement, explique une source proche de la banque à New York. C’est aussi une question de personnes et d’opportunité. » Le groupe, qui travaille aussi avec un partenaire local au Mexique, juge son maillage actuel suffisant en Amérique latine.

Conseil aux Etats

L’Asie et l’Afrique comptent aussi. « L'Afrique est une zone prioritaire pour nous, avance même Matthieu Pigasse. Notre marque y est très forte. Elle s'appuie sur une présence ancienne à travers notre activité de conseil aux gouvernements, que nous avons exercée dans plus des deux tiers des pays africains, francophones et anglophones. » Face à quelques boutiques spécialisées, Lazard est l’une des rares banques encore actives dans le conseil aux Etats pour restructurer leur dette, les accompagner lors de privatisations ou gérer leurs relations avec les agences de notation. Sa culture d'« indépendance », ses gènes français et sa proximité avec le Club de Paris (chargé de résoudre les difficultés de paiement des pays endettés) sont aussi des atouts en Afrique face aux grandes banques purement anglo-saxonnes. « Une trentaine de banquiers travaillent sur le continent, notamment dans le secteur financier, l'énergie, les télécoms, etc. », indique Matthieu Pigasse. Lazard pourrait aussi étoffer ses troupes pour consolider ses positions alors qu’elle n’a pas de bureaux sur le continent.

La Chine concentre enfin ses efforts, après avoir été quelque peu délaissée. « Nous avons désormais une présence forte, qui s'appuie notamment sur deux banquières expérimentées et complémentaires, assure Matthieu Pigasse. Yan Lan (ex-Gide Loyrette Nouel à Beijing, NDLR) est devenue notre responsable locale il y a un an tandis qu’Amélie Négrier (associée de Lazard) apporte son savoir-faire en M&A et assure depuis Beijing la coordination avec le reste du groupe. Ensemble elles dynamisent nos activités. » Après Hong Kong et Pékin, la prochaine étape logique devrait être Shanghai.

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