L'homme clé - Jean-Yves Hocher, directeur général délégué de Crédit Agricole SA et directeur général de Crédit Agricole CIB

« La banque est d’attaque pour son développement commercial »

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

C’est probablement le plus beau job que le Crédit Agricole m’ait proposé », confiait hors micro Jean-Yves Hocher, directeur général délégué (DGD) de Crédit Agricole SA (CASA), lors de sa nomination à la tête de CA CIB. Succédant à Patrick Valroff le 1er décembre 2010, il devait faire évoluer la gouvernance de la banque de financement et d’investissement (BFI) du groupe et mener à leur terme les négociations entamées au mois de mai avec le chinois Citic.

Alors que CASA doit annoncer ses résultats semestriels ce 25 août, « le premier trimestre avait été bon, une tendance confirmée au deuxième. CA CIB réalise une performance convenable malgré un contexte devenu turbulent », avance-t-il aujourd’hui : la banque « a poursuivi son travail de développement sur ses points forts, autour d’une gamme de produits compatibles avec le risque qu’elle veut prendre et un fonds de commerce prioritaire fondé sur trois axes : les grands ‘corporates’ - environ 700 clients dont le nombre a évidemment vocation à s’accroître - avec lesquels les deux tiers des revenus sont aujourd’hui réalisés en Europe ; 450 institutions financières ; et les financements d’actifs, CA CIB étant numéro six mondial en financement de projets. Nos métiers de marchés de capitaux (‘fixed income’ et dérivés actions) et de banque d’investissement (‘equity capital market’ et fusions-acquisitions) s’alignent sur les priorités de la banque de financement ».

Celui qui est entré en 1989 comme directeur des affaires bancaires à la Fédération nationale de Crédit Agricole (FNCA) - un poste de lobbyiste souvent réservé aux anciens du Trésor tels que lui - va maintenant devoir démontrer sa capacité à piloter cette BFI reprofilée.

Une holding en banque privée

Outre son expérience en caisse régionale, au Crédit Agricole Charente-Maritime Deux-Sèvres (2001), et en assurance-vie, chez Predica (2006), Jean-Yves Hocher aura couvert quasiment toutes les activités du groupe, de la direction générale de la FNCA (1997) à la fonction de DGD de CASA - d’abord en charge du développement des caisses régionales, des moyens de paiement et des assurances (2008), puis du pôle des métiers spécialisés (2010) avant de piloter la BFI et la banque privée. A chaque fois, il aura laissé sa patte en rapprochant des métiers cousins. « Dans l’assurance, la création d’une société holding était tout à fait nécessaire, s’agissant d’un métier très différent de celui de la banque, explique-t-il. Quant à Crédit Agricole Consumer Finance, le regroupement de deux sociétés de crédit à la consommation (Sofinco et Finaref) qui se faisaient face en France était là aussi indispensable. Il s’avère également une réponse à la loi Lagarde qui a mécaniquement entraîné une baisse de revenus dans le crédit à la consommation. De plus, le rapprochement du crédit-bail et de l’affacturage avait un sens. »

C’est maintenant au tour de l’activité de banque privée du groupe d’avoir sa holding. « Elle verra le jour vraisemblablement d’ici à la fin de l’année, précise le directeur général (DG) de CA CIB. Notre banque privée internationale a très bien traversé la crise. Ses revenus sont stables et recèlent un potentiel de croissance important. Implantée en mode majeur au Luxembourg avec un rayonnement européen, en Suisse avec un prisme mondial, ainsi qu’à Monaco, l’activité s’exerce aussi au sein de la BGPI (Banque de gestion privée Indosuez) en partenariat étroit avec les caisses régionales. En fédérant ces filiales de CA CIB et de CASA au sein de Crédit Agricole Private Banking, nous renforcerons l’identité du métier et pourrons créer une architecture (informatique, risques, etc.) unique. Cette organisation répond bien aux demandes des autorités de régulation. » La nouvelle holding sera filiale de la BFI, les liens organiques existant déjà (pour la gestion de trésorerie par exemple) et de nouveaux pouvant être tissés, tandis que les caisses régionales disposent depuis l’automne 2009 de la marque « Crédit Agricole Banque Privée ».

Bien sûr, Jean-Yves Hocher est par ailleurs mobilisé par un autre rapprochement, plus structurant encore pour CA CIB, celui de ses deux courtiers : Cheuvreux et CLSA. Avec l’entrée à leur capital de Citic Securities (Citics). « D’un côté, nous avons une maison de courtage sur l’Europe, rappelle-t-il. De l’autre, un courtier deux fois plus gros sur l’Asie. Avec, pour l’un et l’autre, leurs prolongements aux Etats-Unis. » A l’évidence, les objectifs communs que leur avait fixés le plan stratégique de CA CIB en septembre 2008, malgré leurs premières concrétisations l’an dernier, ne suffisaient pas.

Une fusion dans le courtage

Le 9 juin, CA CIB et Citics ont conclu un accord : la troisième mouture d’un laborieux projet. La première visait à créer une BFI axée sur le courtage actions et dérivés, avec une offre sur les marchés de capitaux. Combinant ses forces avec les métiers de la filiale internationale du courtier chinois basée à Hong Kong, CA CIB prétendait à la majorité du capital. La deuxième, en décembre, justifiait de prolonger les négociations exclusives jusqu’au 30 juin 2011 pour constituer une « plate-forme globale de courtage de premier plan et une banque d’investissement sur la région Asie-Pacifique », les deux partenaires détenant « chacun une participation équivalente » d’une holding regroupant CLSA et Cheuvreux, les métiers d’ECM (equity capital market) et de fusions-acquisitions en Asie de CA CIB avec les activités de courtage institutionnel et de banque d’investissement de Citic Securities International (L’Agefi Hebdo, 16 décembre 2010). Finalement, au 31 décembre prochain, Citics versera 374 millions de dollars - « avec une plus-value qui entrera directement dans les fonds propres de CA CIB », souligne le DG français - pour détenir 19,9 % de CLSA et de Cheuvreux. Si les deux groupes « confirment leur volonté de poursuivre les discussions afin d’explorer d’autres domaines ou formes de coopération dans l’avenir », on est loin des ambitions de départ. Le français n’entrera pas au capital de Citics, déjà coté à Shanghai, lors de son introduction à la Bourse de Hong Kong en septembre. Et rien n’indique pour l’heure une montée ultérieure du chinois dans ce qui doit devenir « un leader mondial du courtage, doté d’une solide présence locale permettant de mieux servir les clients et investisseurs partout dans le monde », selon les termes de Jean-Yves Hocher, avec « CA CIB pour piloter le projet ».

Les deux courtiers vont fusionner. « Le patron de l’ensemble », dévoile-t-il, sera Jonathan Slone, PDG de CLSA, également à la tête du pôle EBD (equity, brokerage & derivative) qui rassemble CLSA, Cheuvreux et GED (global equity & fund derivatives) depuis le départ de François Simon au printemps 2010. Jean-Claude Bassien, alors nommé PDG de CA Cheuvreux (L’Agefi Hebdo du 22 juillet 2010), lui rapportera en tant que global COO (chief operating officer). Les synergies de coûts et de revenus attendues ne seront communiquées que lorsque les contours de l’entité commune, dont le nom n’est pas encore connu, auront été soumis aux personnels, tant bousculés depuis la crise. Néanmoins, Jean-Yves Hocher souligne que ce projet va permettre « un alignement plus formel des métiers de CA CIB qui sont en lien avec le courtage, en particulier ‘global equity capital market’ ». La réorganisation de la banque, en phase de finalisation, est conçue pour cela. « Le comité exécutif est au complet, indique le DG. Depuis la mi-février, un renouvellement partiel de l’équipe dirigeante avait été entamé. Une phase d’adaptation de l’organisation s’achève pour chacun des métiers. Ainsi, au dernier trimestre, la banque sera dans une configuration stable, réformée, et d’attaque pour son développement commercial. » Reste que les investissements nécessaires pour créer un courtier global, notamment avec une équipe digne de ce nom à Londres et un système d’information unifié, pèseront sur les résultats de CA CIB.

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