Paul-François Fournier, directeur exécutif de la direction de l’innovation de Bpifrance

« Apporter de la cohérence dans l’écosystème de l’innovation »

le 06/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est l’innovation pour la banque publique d’investissement ?

Jusqu’à aujourd’hui, l’innovation dans les entités « historiques » de Bpifrance (Oseo, CDC Entreprises, FSI, FSI Régions) était organisée autour de trois piliers : les aides et financements en prêts à l'innovation (« bas de bilan ») ; les investissements directs ; le soutien en fonds de fonds de capital-innovation. Le premier axe se décline toujours entre aides aux programmes R&D des PME (subventions, avances remboursables, prêts à taux zéro) et prêts individuels à l'innovation (amorçage, croissance, préfinancements CIR, etc.) ; et les projets collaboratifs, que nous gérons pour le Programme d’investissements d’avenir (PIA, 35 milliards d’euros provisionnés en 2010). Tous ces soutiens représentaient 700 millions d’euros en 2013 (3.000 entreprises), que nous souhaitons porter à un milliard en 2014. Avec une « perte » d'environ la moitié des montants pour le contributeur public, à comparer aux quelques 5 milliards d'euros du Crédit d'impôt recherche (CIR)...

Par ailleurs, nos 30 investisseurs spécialisés gèrent les investissements directs de Bpifrance dans l’innovation (114 millions investis en 2013) avec : les fonds dans les sciences de la vie (InnoBio et Biothérapies Innovantes et Maladies Rares dans le cadre du PIA), Ecotechnologies (PIA), et le fonds Ambition numérique (PIA).

Avec ces deux missions, notre direction a déjà réuni les professionnels des quatre anciennes entités pour assurer la cohérence dans l’accompagnement des entreprises innovantes. Bpifrance investit d’autre part, sous la direction de Daniel Balmisse, les programmes de fonds de fonds issus : du Fonds national d’amorçage (600 millions d’euros dont 300 souscrits par le FNA, pour 16 fonds partenaires déjà actifs, dans le cadre du PIA) et de France Investissement (2,5 milliards à ce jour, dont 550 millions souscrits par Bpifrance, avec 40 fonds partenaires actifs dédiés à l'innovation).

Comment comptez-vous améliorer le dispositif ?

Dans le cadre du plan gouvernemental pour l’innovation présenté le 4 novembre, nous avons lancé le plan Nova, avec trois priorités. Tout d’abord, une simplification pour les entreprises : passage de 15 formulaires à un dossier pour la demande d’aides (démarche similaire pour la qualification « entreprise innovante ») ; réduction de moitié des délais de décision pour les programmes collaboratifs du PIA (à trois mois pour les programmes « accélérés » de moins de cinq entreprises et 15 millions d’euros). Deuxième priorité, l’accompagnement des entreprises avec : un espace start-up Bpifrance ; un programme d’accélération baptisé « Ubi I/O » à San Francisco pour huit start-up qui souhaitent s'installer aux Etats-Unis ; la formation de nos 120 chargés d’affaires financement au monde du capital-investissement afin qu'ils puissent orienter les start-up au mieux… Nous financerons aussi des structures d'accélération de l'innovation privées (portées par des entrepreneurs et ayant un modèle rentable) dans le cadre d’un fonds dédié de 200 millions lancé pour le programme French Tech et le PIA 2*.

Troisièmement, nous voulons assurer la continuité dans la chaîne de financement avec une augmentation de 100 millions des aides directes à l’innovation et de 120 millions supplémentaires pour soutenir l’innovation non technologique, ainsi que la création d’une bourse aux nouveaux entrepreneurs et une formation de nos chargés d’affaires sur l’innovation non technologique. Avec en complément : un prêt pour l’amorçage renforcé de 75.000 à 100.000 euros sachant qu’il est généralement abondé d’autant par les régions ; un nouveau prêt « amorçage investissement » proposé au moment de la levée de capital d’un montant équivalent à 50 % de celle-ci (jusqu’à 0,5 million) afin de renforcer la trésorerie et de proposer de l'effet de levier sur la levée du fonds ; un prêt pour l’innovation porté de 1,5 à 3 millions d’euros avec des taux bonifiés par une garantie de la Banque européenne d’investissement (BEI) dans le cadre du partenariat signé l’an dernier. Tout ça en parallèle d’un nouveau prêt à l’industrialisation des pôles de compétitivité (PIPC) lancé en décembre et, pour la partie fonds propres, du fonds Large Venture de 500 millions d’euros que nous avons lancé en octobre afin d’accompagner (via des tickets de 10 à 50 millions) des entreprises innovantes à un stade plus avancé où seuls des fonds anglo-saxons prenaient le relais jusqu’alors.

Dans quel contexte arrivent ces 300 millions d’euros supplémentaires en 2014 ?

Nous avons essayé de « flécher » ces moyens, avec Nicolas Dufourcq, en nous inspirant de ce qui se fait de bien aux Etats-Unis ou en Israël. Bpifrance sera aussi opérateur en 2014 de la mise en œuvre des sept ambitions du programme d’innovations de rupture identifiées par la commission Lauvergeon (avec déjà un premier appel à projets en décembre), et gestionnaire du fonds de fonds multisectoriel de 600 millions d’euros destiné à soutenir des thématiques d'avenir (cloud, big data…) dans le cadre du PIA 2. Dans un univers de forte concurrence et de mondialisation, nos sociétés évoluent de telle manière que l’innovation devient une porte de sortie de crise évidente en termes de croissance et de créations d'emplois.

Entre les particuliers/contribuables/Etats, les industriels et les institutionnels: qui doit financer l’innovation selon vous?

On peut regarder les différents modèles. Aux Etats-Unis, l’écosystème est remarquable, avec pour principales différences: un investissement majeur des fonds de pension; la présence de grands industriels des technologies très actifs dans le soutien et le rachat des start-up; un marché boursier également très dynamique pour des sorties aux différents stades de maturité. En Israël, le dispositif a d'abord été porté par le secteur public, avant de passer le relais au privé. On note une vraie fierté des Israëliens et, surtout, une ouverture des start-up à l’international dès la création du fait de la taille très limitée de leur marché intérieur. Ces deux modèles sont une source d'inspiration forte pour la France.

*Le PIA 2 a été adopté dans la Loi de finances 2014 pour 12,2 milliards d’euros (dont 2,2 milliards proviennent du premier PIA).

A lire aussi