Allen & Overy veut renforcer ses capacités en droit américain

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Plutôt que de viser une fusion, le cabinet britannique souhaite recruter aux Etats-Unis, désormais le plus important marché juridique mondial.

Le marché mondial du droit des affaires est en pleine restructuration, sous l’effet de la crise. Pour Wim Dejonghe, global managing partner d’Allen & Overy, cabinet du « Magic Circle » britannique, cela ne fait pas de doute. « Pas moins de 96 fusions entre cabinets d’avocats ont eu lieu en 2012 dans le monde et elles devraient être encore plus nombreuses en 2013, sur fond de recul du marché. L’activité dans notre secteur a baissé légèrement depuis le début de la crise en 2008, alors qu’elle augmentait de 7 % à 8 % par an auparavant », souligne ce francophone d’origine belge, à la tête du cabinet depuis 2008.

Les raisons de cette baisse sont clairement identifiées pour Wim Dejonghe : des opérations de fusion et acquisition moins nombreuses depuis 2008, des flux de capitaux en baisse et une pression sur les honoraires plus forte qu’auparavant, les entreprises n’hésitant plus à faire jouer la concurrence. Résultat, le chiffre d’affaires des cabinets d’avocats est sous pression. Même une firme comme Allen & Overy, qui se place au neuvième rang mondial du classement de Global Legal Business (voir tableau), est affectée. Son chiffre d’affaires 2013, clos fin avril, a stagné, s’établissant à 1,189 milliard de livres sterlings.

Le spécialiste en droit bancaire et financier pourrait-il donc être intéressé par un rapprochement avec un autre cabinet, à l’instar de certains de ses concurrents ? « Nous pourrions examiner une fusion. Nous dépassons toutefois la taille critique, pour le moment. Le principal avantage d’une fusion est qu’elle permet de réaliser des économies d’échelle, en matière d’immobilier et d’informatique notamment », souligne Wim Dejonghe. La fusion peut aussi permettre de grandir plus vite à l’international. A cet égard, le cabinet de 2.700 avocats est d’ores et déjà très mondialisé. Il possède 42 bureaux implantés dans 29 pays. Pas moins de 14 bureaux ont été ouverts dans 11 pays au cours des cinq dernières années.

Cependant, Allen & Overy est surtout très présent en Europe, qui représente 72 % de son effectif mondial. Pour le reste, l’Amérique représente 8 % de son effectif, l’Asie 15 %, le Moyen-Orient, 4 % et l’Afrique, 1 %. « Ce qui nous manque, c’est une présence plus forte aux Etats-Unis, qui sont le plus important marché juridique mondial, réalisant à eux seuls la moitié du chiffre d’affaires du secteur », indique le managing partner. Avant d’ajouter: « Nous souhaitons avant tout renforcer nos capacités en droit américain. Nous ne comptons que 300 avocats américains au total contre 1.000 avocats britanniques, alors que le droit américain ne cesse de gagner du terrain dans le monde de la finance, y compris face au droit anglais. Pour financer un projet en Indonésie, par exemple, c’est désormais le droit américain qui est le plus souvent utilisé. »

Cette montée en puissance serait liée à l’état de santé des banques américaines, qui serait meilleur que celui des banques européennes. « Les banques américaines ont amélioré plus rapidement leur bilan et leur capacité de financement », estime Wim Dejonghe.

Financement bancaire en mutation

Sur fond de réglementation de plus en plus stricte à l’égard des établissements bancaires, les modes de financement seraient également en voie de changer. « Le financement bancaire est de plus en plus remplacé par des obligations placées chez des fonds et des investisseurs privés qui sont très actifs sur le marché américain », rappelle-t-il.

« Nous allons augmenter les recrutements individuels, ou d’équipes, aux Etats-Unis et dans le monde », annonce Wim Dejonghe. L’ouverture d’un autre bureau aux Etats-Unis, après celui de Washington en 2011, pourrait également être une piste. Quidd’une fusion avec un cabinet américain ? « Nous pourrions l’envisager, mais cela serait compliqué. Notre système de rémunération est différent, étant basé sur le 'lockstep', c’est-à-dire le partage des bénéfices, alors que celui des cabinets américains est beaucoup plus individualisé. Les conflits d’intérêts peuvent également être potentiellement importants », indique-t-il.

Enfin, Allen & Overy veut se développer dans le contentieux, qui est porté par la crise et les nouvelles réglementations, en matière bancaire notamment. « A Paris nous voulons continuer à nous renforcer en matière de contentieux, en misant sur les recrutements », souligne Wim Dejonghe.

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