Agences de notation, troisième !

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour la troisième fois depuis le début de la crise financière, l’Europe rouvre le chantier des agences de notation (lire L’Evénement page 10). Si l’on avait l’assurance que cette fois-ci sera la bonne, l’ultime réforme, on passerait volontiers sur ces bégaiements peu glorieux. Mais tout indique que les principales critiques adressées aux agences n’ont pas encore, en Europe, trouvé leurs réponses définitives.

N’en concluons pas trop vite que rien n’a été fait. En matière de transparence de leurs méthodes et de lutte contre les conflits d’intérêts par exemple, les mesures déjà prises par les régulateurs, tout comme les contrôles et les services d’analyse crédit mis en place par les investisseurs, ont amélioré la situation qui prévalait avant la crise. Quant aux procédures de publication des notes, la bourde de Standard & Poor’s concernant celle de la France est certes dommageable mais ne doit pas occulter le fait que le calendrier des agences est plutôt prévisible, quoiqu’améliorable. Quant à la qualité des notations, constatons qu’elles font au fil du temps moins l’objet de débats passionnés. Là encore, le dialogue entre émetteurs, agences et investisseurs a relativisé certaines différences d’approche au profit de tous.

Reste les sujets qui fâchent. Celui du rapport des agences avec les souverains en est un. Disons-le tout net, la Commission a été sage en ne suivant pas le commissaire Michel Barnier dans sa volonté d’interdire sous certaines conditions la notation souveraine. C’était la voie la plus sûre de mettre à mal une forme de liberté d’opinion en Europe et aussi de mettre le feu aux marchés, ne serait-ce qu’en cas de simple soupçon sur la qualité de crédit d’un émetteur souverain. Dans des marchés libres, la dissimulation ne fait que nourrir la méfiance. De surcroît, cette mesure extrême ne toucherait pas au fond du sujet, toujours pas vraiment traité, qui tient à la dépendance des investisseurs à l’égard des notations. On ne peut à la fois vouloir, comme c’est encore le cas, imposer aux investisseurs la notation comme critère quasiment obligé et se réserver de les en priver en telle ou telle circonstance.

Agir par un dépoussiérage patient des textes, à commencer par ceux de la BCE, pour faire en sorte que l’importance de la notation y soit le plus possible relativisée, serait de meilleure politique. Les Etats-Unis ont ouvert une voie que l’Europe doit suivre. Favoriser l’émergence de nouvelles agences, comme le propose la Commission, par un système de rotation va également dans le bon sens. Rien n’est pire qu’un oligopole public sinon un oligopole privé. L’argument qui consiste à prédire une baisse de la qualité de la notation est à relativiser. D’ailleurs, le renforcement des normes prudentielles laissant prévoir moins de financements bancaires et plus de financements de marché porte à penser que le marché de la notation a de beaux jours devant lui. De quoi permettre à de nouveaux acteurs d’apparaître et de relancer une saine concurrence sans fragiliser exagérément les champions historiques.

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