Les activités de marché en danger

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Qui donc accompagnera demain les entreprises françaises désireuses de se financer sur les marchés ? La question n’est pas anodine, alors que, Bâle III oblige, le rôle des marchés dans le financement de l’économie doit s’affirmer rapidement pour compenser le recul annoncé des banques. Si les progrès en cours sur le financement obligataire sont indéniables, dire que l’écosystème de la place de Paris sur le financement en actions est en danger est un euphémisme.

Premiers visés, les courtiers en actions. La directive MIF, avec ses conséquences sur la fragmentation des marchés, ses exigences de meilleure exécution et de meilleure sélection, mais aussi le dégroupage des prestations, a mis à mal ce métier en contraignant les acteurs à une course à l’armement technologique trop coûteuse pour une majorité de brokers (lire notre dossier page 26). Avec, pour corollaire, non seulement une hausse drastique des coûts, mais aussi une baisse des recettes, et surtout la mise en péril des activités de recherche, un métier déficitaire par définition. Face à des gérants toujours réticents à payer la recherche à son vrai prix, et à des acteurs contraints à la rationalisation, difficile de ne pas anticiper un regroupement des activités - qui pourrait bien se faire plutôt à Londres qu’à Paris -, voire la disparition pure et simple d’acteurs trop locaux. A noter aussi que les tentatives de créer des boutiques de recherche indépendantes, hors quelques succès de niche, n’ont pas encore démontré l’émergence d’un modèle économique viable et sûr. Pourtant, jamais le besoin d'analyse indépendante n'a été aussi fort, comme le montre le récent projet de Bloomberg de constituer un service de recherche global sur l'industrie.

Le problème est plus vaste encore : c’est l’ensemble des activités de marché qui pourrait bien sortir diminué des réglementations en cours. Le projet de séparation de la banque de détail et d’investissement, dont on ne sait encore sous quelle forme il sortira du chapeau, aura une grande influence sur leur développement. Quant à la taxe sur les transactions financières, même réduite dans son étendue par rapport aux projets initiaux, elle pourrait bien avoir raison de certaines pratiques, notamment le trading à haute fréquence, mais aussi pousser les flux des investisseurs vers des cieux plus cléments, en Suisse ou au Royaume-Uni - pays tout à fait prêt à les accueillir, comme le Premier ministre Cameron l’a souligné au G20… Cela ne fera l’affaire ni des BFI françaises affaiblies, ni des entreprises puisque les investisseurs pourront faire leur métier à meilleur compte ailleurs. Quand à l’extension de ladite taxe à trois autres pays, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, comme semble le laisser prévoir le récent mini-sommet européen, elle n’est qu’une consolation très secondaire.

Fiscalité, réforme structurelle... A l’heure des choix, les pouvoirs publics devraient garder à l’esprit que le financement de l’économie française passe avant tout par des acteurs locaux puissants.

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