Acofi a bouclé cet été un fonds de prêts aux collectivités locales

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion et de conseil en investissement a opté pour une démarche dynamique, en partant du besoin des investisseurs pour aller vers les emprunteurs.

Après avoir lancé en 2012, avec Groupama AM, un fonds dédié aux prêts immobiliers seniors, la société de gestion Acofi s’est positionnée cet été sur les prêts aux collectivités territoriales en s'associant à Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels (groupe Crédit Mutuel Arkéa). Doté de 120 millions d'euros grâce au concours de six investisseurs, le fonds commun de titrisation (FCT) Predirect Filo a investi dans un portefeuille de créances de 19 collectivités françaises. Ces prêts amortissables, à taux fixe, d'une durée de quinze ans et d’un montant unitaire moyen de 20 millions, représentent un rendement net prévisionnel de 3,45 % pour les investisseurs.

« Invest-to-lend »

Si Arkéa Banque avait déjà créé un FCT pour financer 170 millions d'euros de prêts aux collectivités locales fin 2012 (avec Tikehau IM pour la gestion), « la démarche est ici tout à fait différente des traditionnelles opérations ‘originate-to-distribute’, insiste Thibault de Saint Priest, associé-gérant d’Acofi et directeur général d’Acofi Loan Management Services (ALMS). Avec la disparition de Dexia et la lente montée en charge de la Sfil, nous avons pensé qu’il pourrait y avoir un besoin non couvert sur les prêts aux collectivités en 2013. Nous avons établi la liste des collectivités éligibles selon des critères que nous avons présentés en amont à nos investisseurs, avant que ces collectivités ne soient approchées par Arkéa Banque pour bénéficier d’un financement aux conditions proposées par le fonds ».

« Suivant cette logique de l’épargne qui précède le crédit (‘invest-to-lend’), nous avons donc filtré les 39.000 collectivités françaises, avec le concours d’experts et de l’agence de notation Public Evaluation System (PES) qui possède d’importantes bases de données sur le secteur et a créé un modèle de recherche spécifique », précise explique Nolwenn Simon, directrice générale adjointe d’ALMS. Ainsi, 750 acteurs ont d’abord été considérés comme éligibles selon cinq critères : situation en France métropolitaine, marge de manœuvre budgétaire (ressources/dépenses de gestion), capacité d’autofinancement, solvabilité (dette/dépenses de fonctionnement), service de la dette, niveau de mobilisation de la fiscalité locale.

« Mais, ne pouvant les solliciter directement via un FCT en raison du monopole bancaire, nous avons fait appel à un établissement de crédit avec Arkéa Banque, qui leur a proposé le financement à la fin du mois de février, poursuit Nolwenn Simon. La demande initiale atteignait 400  millions d'euros, mais s'est réduite ensuite avec le retour des banques sur ce marché des prêts aux collectivités, et donc le resserrement des ‘spreads’ fin avril. » Au bout du compte, 64 collectivités se sont manifestées et, après examen approfondi et avis du comité des risques du fonds, 19 ont été retenues pour un total de 120 millions de prêts. Cette démarche dynamique, partant de la demande des investisseurs, explique notamment pourquoi Arkéa Banque n’a pas conservé une part des prêts dans son bilan comme elle l’avait fait avec 20 % du montant pour son précédent FCT - les deux FCT lui permettent quand même de « désintermédier » plus de 30 % de ses nouveaux flux vers le secteur public, sur une production totale de 600 à 700  millions d'euros par an désormais.

Du côté des emprunteurs, on trouve des communes de plus de 10.000 habitants, des communautés urbaines, communautés d'agglomération et départements situés sur tout le territoire métropolitain mais pas de régions, qui ont accès au marché obligataire, ni de communautés de communes, trop récentes. Du côté des prêteurs finaux, les investisseurs, qui avaient donné un accord de principe en début d’année, sont composés de cinq assureurs, dont Suravenir, et d’un autre institutionnel. La levée de ce fonds fermé est intervenue en deux tranches, en juin et en juillet, et simultanément à l’acquisition des prêts auprès d’Arkéa Banque.

Les prêts aux collectivités présentent généralement divers avantages : une faible volatilité, qui compense par ailleurs une moindre liquidité, l’accès à des cash-flows longs, stables et prévisibles générés par un sous-jacent identifié et maîtrisé… Il n’est du coup pas certain que, selon l'offre bancaire et avec des besoins de désendettement des collectivités, il y ait une place durable pour les prêteurs alternatifs sur ce marché. Mais des besoins de diversification d’actifs convergeant entre les banques et les autres institutionnels devraient offrir d’autres terrains de jeu à Acofi. « Les récents aménagements réglementaires sur les fonds de prêts directs à l'économie vont contribuer à faire émerger une nouvelle offre de financement de la part de prêteurs alternatifs », conclut Thibault de Saint Priest.

A lire aussi