Marc Briand, responsable gestion taux chez Mirova

« A prix identique, nous privilégions l’obligation verte »

le 16/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Dans le cadre d’une gestion ESG (environnement, social et gouvernance), l’analyse et l’investissement en actions se différencient-ils de ceux en obligations ?

L’approche dans l’analyse est la même pour les actions et pour les obligations. Ce travail est effectué en interne par notre équipe de 11 analystes extra-financiers. L’approche ESG va apporter des informations complémentaires sur le risque de l’émetteur qui seront très utiles pour le porteur obligataire. C’est d’autant plus important, par rapport aux actions que les obligations ont un comportement asymétrique. Si l’émetteur fait défaut, le porteur d’obligations perdra une partie, voire la totalité, de son investissement. D’où l’intérêt d’avoir une approche plus fine des risques de l’émetteur.

En quoi, les « green bonds » sont-ils de bons véhicules d’investissement pour les investisseurs ESG ?

Nous avons soutenu ce marché depuis ses débuts en investissant dans les premières émissions de la Banque mondiale, de la Banque européenne d’investissement, de la région Ile-de-France, d’Air Liquide ou plus récemment d’EDF. Le principal intérêt de ces émissions est de désigner précisément les projets qui seront financés grâce aux fonds levés. Des projets rentables dans l’environnement ou à connotation sociale. Dans ce cadre, nous allons engager un véritable dialogue avec l’émetteur sur ces projets. Surtout, son travail ne s’arrête pas à l’émission et se poursuit tout au long de la durée de l’obligation, au travers de reportings sur l’utilisation des fonds et l’avancement des projets. Cela nous permet d’expliquer plus précisément aux souscripteurs de nos fonds notre démarche et les raisons pour lesquelles nous investissons dans telle ou telle obligation. Autre élément important, outre la note extra-financière, le green bond bénéficiera d’une notation propre.

Comment valorisez-vous ce type d’obligation ?

Cette valorisation va être le résultat combiné de l’analyse financière de l’émetteur et du titre et de l’analyse extra-financière. Toutefois, dans un marché encore naissant, il est difficile de jauger finement les spreads de ces obligations. L’important est que les émetteurs de ce type de valeur ne se montrent pas trop gourmands au risque de déstabiliser ce marché. A prix identique entre une obligation d’un même émetteur fléchée et non fléchée, nous aurons tendance à privilégier le green bond, avec des pondérations deux à trois fois plus importantes dans nos portefeuilles. Au final, la part des green bonds représente déjà 9 % ou 10 %. Mais il faut dire que le marché reste limité pour le moment, notamment du côté des entreprises.

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