General Electric coupe dans la finance en France

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Le conglomérat américain arrête la production de prêts à l’habitat et l’investissement immobilier pour compte propre.

eff Immelt, le directeur général du groupe dans le monde,a fixé l’objectif : se recentrer sur l’industrie. Andrew Harrer/Bloomberg

General Electric (GE) avance doucement vers l’objectif qu’il s’est fixé : recentrer son activité sur l’industrie et, d’ici à fin 2015, réduire à 30 % la part des services financiers dans ses bénéfices, contre 47 % à l’heure actuelle. Ce programme a été initié dès 2009. Mais Jeff Immelt, le directeur général du conglomérat américain, ne l'a réellement formalisé qu'en 2013. L’annonce récente de l’introduction en Bourse prochaine de sa banque de détail américaine, dont il espère se séparer définitivement sous deux ans, concrétise cette démarche.

Face à une stratégie pensée au sommet, la direction générale en France se voit contrainte de réduire la voilure sur certains de ses métiers financiers. Chez GE Money Bank, l’entité dédiée au financement des particuliers, on préfère parler en France d’« adaptation » lorsqu’il est question du désengagement de certaines activités. En matière de financements à court terme, GE Money Bank compte privilégier le crédit automobile au détriment des prêts personnels non affectés. Sur le volet long terme, elle entend arbitrer progressivement l’activité de prêts immobiliers (3,2 milliards d’euros d’encours gérés en extinction) au profit de la consolidation de crédits (3,7 milliards d’euros d’encours concernant en très grande majorité des prêts immobiliers assortis d’une hypothèque), un héritage de Royal Saint-Georges acquis en 2004.

Trois PSE successifs

 

Sur ce créneau, GE Money Bank estime avoir une carte à jouer. « Le marché immobilier arrive à maturité : nous avons là une fenêtre de tir qui ne se retrouvera pas de sitôt », explique François Kliber, son directeur général commercial. Aussi, pour « s’adapter aux besoins du marché », la banque a fermé 17 agences commerciales en 2013 pour n’en garder que 10 dans les principales villes françaises et a rapatrié une partie des effectifs sur sa plate-forme nantaise. La tension est palpable du côté des salariés après trois plans de sauvegarde pour l’emploi (PSE) successifs en 2011, 2012 et 2013. Ce dernier, jugé le plus important depuis 2001, concerne environ 180 personnes. Partiellement critiquée sur son fond et sur sa forme, la réorganisation ne se fait évidemment pas sans susciter quelque inquiétude. A vendre, Money Bank ? Non, répond-on en France pendant que le siège américain ne fait aucun commentaire. GE Money Bank n’est pas la seule entité à devoir opérer des choix.

Pour sa part, depuis 2009, GE Capital Real Estate France gère son portefeuille d’actifs immobiliers en extinction. « Cela ne nous empêche pas d’investir dans nos immeubles afin d’effectuer les travaux nécessaires à leur relocation en vue d’une meilleure vente », précise toutefois Emanuele Dubini, à la direction du métier en France et en Italie. La société compte se défaire de ses investissements d’ici à 2018. A ce jour, il lui reste un encours d’1,8 milliard d’euros, soit environ 150 actifs financés, pour la plupart, sur les fonds propres de sa maison mère. L’activité s’éteindra donc progressivement alors que GE Real Estate a décidé en 2012 de se recentrer sur le financement en immobilier d’entreprise (entrepôts, centres commerciaux, bureaux). Prêt à s’engager sur cette nouvelle voie, Emanuele Dubini entend disposer d’un encours de 2 milliards d’euros à la fin 2015 (prêts et rachats de portefeuilles de dettes). Ce changement de cap, reflet d’une décision prise au niveau mondial, s’est accompagné d’un plan de départ volontaire qui a pris fin en février 2014 et d’une simplification de l’organigramme (dont la rationalisation d’un certain nombre d’entités juridiques).

C’est sur GE Capital, l’entité couvrant, en France, les activités de financement aux entreprises que General Electric met davantage l’accent. Il s’agit de l’affacturage (Facto France), du crédit-bail mobilier (Equipement finance) et de la location longue durée (Fleet Services). A elles trois, elles représenteraient environ 60 % du produit d’exploitation des activités financières de General Electric en France (1,8 milliard d’euro au total). L’affacturage, sous la marque GE Capital Facto France, est présenté comme étant son cœur de métier. Le montant des factures achetées s’élève à 33 milliards d’euros sur un marché total de 200 milliards d’euros. Cette part de marché de 16,5 % le positionne au troisième rang derrière Crédit Agricole Leasing & Factoring et BNP Paribas Factor. « Nous sommes un acteur majeur de l’affacturage et nous mettons en avant l’innovation en nous spécialisant de plus en plus par grands secteurs d’activité », fait valoir Patrice Coulon, directeur général délégué de GE Capital France (lire l’entretien).

Pilotage au niveau mondial

 

Dans le crédit-bail mobilier, les ambitions sont fortes. GE Capital Equipement Finance fait part d’un encours de 740 millions d’euros qu’il entend porter à un milliard d’euros d’ici deux ans. Bien que GE Capital Fleet Services ne soit pas dans le trio de tête des acteurs de la location longue durée, il n’en demeure pas moins le cinquième loueur multimarque en France avec une flotte de plus de 53.000 véhicules financés (auxquels s'y ajoutent 17.000 en gestion seule). Cependant, cette activité n’est pas mise en avant au niveau du groupe. « C’est l’exemple même d’une activité qui subit les injonctions venant du siège. Lorsqu’un métier n’est pas privilégié, il faut réduire la voilure, faire des coupes. Toutes les décisions sont pilotées par métier au niveau mondial », fait remarquer un observateur averti. 

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