Editorial

Les dérivés enfin encadrés

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

La grande réforme des dérivés voulue par le G20 à Pittsburgh, à l’automne 2009, est enfin en marche en Europe. Ces produits, principalement échangés hors des marchés réglementés, et pointés du doigt comme facteur de propagation et d’aggravation de la crise financière et économique de 2007, ne passeront plus sous les radars des autorités de supervision et de contrôle. Deux étapes majeures viennent d’être franchies en Europe. Les déclarations des opérations aux référentiels centraux ont démarré en février, et la première chambre de compensation a été enregistrée en mars, déclenchant de facto le compte à rebours de la compensation des dérivés de gré à gré standardisés par des contreparties centrales.

Cette réforme est fondamentale pour la stabilité du système financier. C’est une certitude partagée des deux côtés de l’Atlantique, une fois n’est pas coutume en termes de régulation financière, puisque tous les régulateurs ont œuvré à la mise en place d’un nouvel encadrement. La réglementation européenne apporte de la transparence sur un marché jusque-là opaque. Mieux, les transactions sur dérivés seront sécurisées grâce à une palette sophistiquée d’outils, comme les appels de marge, la ségrégation des positions ou encore les règles de discipline de marché en cas de défaillance d’un participant. Avec pour but la diminution du risque systémique.

La mise en place de ce nouveau système est lente, et ne va pas sans à-coups, comme certains acteurs ont pu s’en apercevoir dans les premiers jours du reporting en février (lire notre Dossier page 24). Faut-il s’en étonner ? Il s’agit après tout de procédures inédites, tant pour les contreparties aux opérations, établissements financiers et corporates, que pour ces nouveaux animaux que sont les référentiels centraux, des process exigeant des investissements technologiques et humains considérables. L’exercice est tout autant sans précédent pour les régulateurs, qui procèdent avec prudence. Dans cette réforme, tous apprennent en marchant.

Reste que la réglementation doit prouver qu’elle peut atteindre ses objectifs. Or bien des points sont encore à préciser. Du côté du reporting, une harmonisation est nécessaire. Quant aux chambres de compensation, au-delà des règles micro-prudentielles, elles aussi doivent être dotées d’un plan de redressement et de résolution. Car en confiant à ces nouveaux monstres financiers des milliards de dollars de transactions quotidiennes, en concentrant le marché sur quelques établissements et en renforçant la mutualisation, la réforme pourrait bien faire émerger un nouveau type de risque, tout aussi systémique que celui qu’elle est censée éviter. A ce sujet, l’ouvrage est encore sur le métier. Il ne doit pas être négligé.

A lire aussi