Les fonds de capital-investissement à l’affût de nouvelles affaires

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Dans un marché ultra concurrentiel, les acteurs américains rivalisent d’ingéniosité pour tirer leur épingle du jeu.

Sortant des sentiers battus, Blackstone a acquis une part minoritaire de Crocs.Jin Lee/Bloomberg

Avec 568 opérations d’un montant total de 66,2 milliards de dollars (48 milliards d’euros) et 124 nouveaux fonds levés représentant 58,7 milliards de dollars, selon la photographie réalisée par Prequin au 19 mars, 2014 débute sous de bons auspices pour les acteurs du capital-investissement aux Etats-Unis. Le temps est maintenant à la course aux investissements, avec l'appétit croissant des fonds qui cherchent à faire fructifier leurs liquidités (voir le tableau). En témoignent les LBO (leveraged buy-out, acquisition par effet de levier) en cascade dans Giant Interactive (3 milliards de dollars), Gates Global (5,5 milliards) ou Ortho Clinical Diagnostics (4,15 milliards), pour ne citer que les plus importants. Parmi les grands du private equity, Carlyle, qui a racheté TCW à Société Générale en 2013, se positionne comme l’un des fonds les plus actifs. Les professionnels se veulent confiants. Mais la compétition est rude et les fonds n’ont jamais été aussi nombreux. Preqin enregistre 2.084 fonds sur le marché en janvier 2014 contre 1.561 en 2010, soit une hausse de plus de 33 % en quatre ans. Or, les occasions d’investir les montagnes de capitaux disponibles (dry powder), estimés à 1.077 milliards de dollars fin 2013, sont rares. Le dry powder a dépassé son plus haut niveau de 2008, lorsqu’il s’élevait à 1.056 milliards de dollars (lire l’entretien). De quoi attiser une concurrence déjà exacerbée. 2013, année difficile pour investir  Le marché actions est peu propice aux opérations : les sociétés de capital-investissement évitent d’acheter au plus haut. « 2013 a été favorable aux sorties, mais une année difficile pour investir, en particulier aux Etats-Unis, déclare William Conway, un des fondateurs et dirigeants de Carlyle. C'est le revers de marchés publics solides et des taux d'intérêt bas. » De même, le président de Blackstone, qui a investi 20 milliards de dollars en 2013, reconnaît que « maintenir ce niveau a été difficile ». Selon lui, « il est frustrant pour les équipes de poursuivre des cibles et de ne pas surenchérir, mais nous devons éviter que cette frustration ne conduise à surpayer les actifs ». La frénésie des années 2007-2008 a, semble-t-il, laissé des traces dans les esprits et pèse d’ailleurs toujours sur les sorties, malgré le dynamisme des introductions en Bourse. Dans ce contexte tendu, les fonds de capital-investissement s’organisent.Contraints d’innover pour dénicher des cibles, nombre d’acteurs cherchent à faire valoir leur expertise. Candice Szu, senior vice-président chez Carlyle explique ainsi que les sociétés du private equity doivent « faire la différence, sinon vous êtes juste celui qui paie le plus cher ». Stephan Thomas, ancien associé d’Ernst & Young et intervenant au MBA de Berkeley-Columbia, constate que depuis cinq ans les grands du secteur, comme Blackstone ou TPG, ont mis en place leurs propres groupes de conseil interne. Chez TPG, explique-t-il, une cinquantaine d’experts interviennent sur des fonctions très spécialisées (vente, finance, prix) pour améliorer la performance des entreprises rachetées. « C’est un des leviers pour générer un meilleur multiple de sortie, l’autre consistant à saisir les cycles industriels au bon moment », ajoute Stephan Thomas. Image de marque et innovation À cet égard, l’image de marque devient un avantage critique pour sortir du lot : 98 % des acteurs du capital-investissement sont aujourd’hui convaincus de l'importance de bâtir des marques fortes et une solide réputation, selon une enquête publiée en février 2014 par Backbay Communications et Pitchbook. Un atout pour remporter plus de deals et lever de nouveaux fonds pour 92 % d’entre eux, et pour attirer et garder les talents pour 81 %. Mais également un moyen de se différencier. Comme le reconnaît John Gabbert, fondateur et patron fondateur de Pitchbook, « nous avons vu beaucoup de sociétés de capital-investissement mettre l'accent sur la spécialisation en matière d'image de marque, que ce soit sur des secteurs spécifiques, une expertise opérationnelle ou leur façon de trouver et structurer leurs transactions ». Certains acteurs optent pour une spécialisation accrue, comme en témoigne le succès de Vista Partners installée dans la Sillicon Valley et qui, forte de son expertise sur le cloud, investit exclusivement dans les logiciels. Mais d’autres fonds n'hésitent pas à sortir des sentiers battus pour conclure des opérations plus atypiques. C’est ce que note Bain dans son rapport annuel qui identifie trois sources de diversification en 2014 : les transactions secondaires, les partenariats minoritaires et le deal-sourcing proactif, ciblant des opérations de plus petite taille par exemple. À l’instar de Blackstone qui vient d'acquérir une part minoritaire de Crocs pour 200 millions de dollars. À l’affût, les sociétés de capital-investissement se veulent aussi prudentes. Le signe d’un retour à la modération après les valorisations excessives de 2008. « Même si les sociétés de 'private equity' vont continuer la chasse aux aubaines, prévient David M. Rubinsten, co-dirigeant de Carlyle, les retours ne seront pas aussi élevés à l'avenir que dans le passé. »

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