L'enquête

ETI, les billets de trésorerie doivent encore convaincre

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

La Place de Paris cherche une alternative au financement court terme bancaire pour ces entreprises. Mais les obstacles sont nombreux.

Trader au sein d’une société d’investissement parisienne. Bloomberg

Après l’accès au marché obligataire, la Place de Paris souhaite développer des moyens de financement court terme alternatifs pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI). « Le constat est clair et partagé par tous, note Hervé Labbé, président de la commission financement de l’AFTE (Association française des trésoriers d’entreprise). Ces sociétés sont confrontées à une problématique de financement court terme en raison d’une réglementation plus contraignante du côté des banques. Le marché des billets de trésorerie nous a semblé être le canal le plus intéressant, d’autant qu’il fonctionne bien pour les entreprises qui l’utilisent. » Principalement employé par de grandes multinationales, il offre plusieurs avantages. D’abord, sa souplesse : la taille des programmes est en effet modulable en fonction des besoins de l’entreprise sur des maturités allant de un jour à un an. Il est par ailleurs transparent car le montant des programmes et leurs conditions sont publics. Surtout, il est particulièrement compétitif par rapport au financement bancaire, offrant de l’ordre de 50 à 150 points de base de moins en fonction de la maturité et de la qualité de l’émetteur.  Enfin, ces titres de court terme disposent d’un acheteur naturel avec les fonds monétaires. « Ils pourraient constituer une source de diversification intéressante en complément des billets de trésorerie des grandes entreprises, des émissions bancaires ou des titres d’Etat à court terme qui composent aujourd’hui notre univers d’investissement », confirme Xavier Gandon, spécialiste investissement gestion monétaire chez BNP Paribas AM.  Néanmoins, ce canal de financement rencontre, pour l’heure, un certain nombre d’obstacles. « L’intérêt de ce type d’investissement va dépendre de la taille des émissions et de la liquidité des titres », nuance Xavier Gandon. Les fonds risquent de ne pas pouvoir investir parce que leur emprise dans chaque émission est limitée. Or, les besoins des ETI sont, pour la plupart, réduits. Pour ces professionnels, la taille de programme minimum serait de 200 à 300 millions, alors que le secteur tend à se concentrer avec des fonds toujours plus importants en taille. L’encours de ces fonds dépasse souvent le milliard d’euros. « Pour que ce soit significatif en termes de diversification, il faut pouvoir investir des tickets de quelques dizaines de millions au minimum », note Xavier Gandon.  Mais avant tout, pour les sociétés de gestion, c’est l’opportunité de ces investissements qui est un véritable casse-tête. Sauf lorsque les entreprises sont cotées, l’information est en effet difficile à trouver, et peu remise à jour. Le travail d’analyse est donc plus complexe. « Pour les émissions de quelques dizaines de millions d’euros, il ne sera pas intéressant pour un fonds monétaire d’engager des ressources en analyse, affirme Mikaël Pacot, président du groupe de travail monétaire de l’AFG. D’autant plus si ces émetteurs ne sont pas récurrents sur le marché.  Barrière de la notation L’autre barrière importante au développement de ce marché est celle de la notation, condition nécessaire pour pouvoir émettre (ce qui n’est toutefois pas nécessaire si la société possède un produit coté sur un marché réglementé ou si l’émission est garantie par une entité cotée). Or, ces entreprises ne veulent généralement pas passer sous les fourches caudines des agences de notation pour des raisons de coût et de temps, mais aussi car elles considèrent l’exercice comme trop intrusif. Et même si elles acceptent d’être notées, elles risquent de se trouver en-dehors de l’univers d’investissement des fonds monétaires. « Du fait de leur taille, la plupart risque d’être notée sous A2-P2 qui est la notation minimale éligible  », indique Mikaël Pacot. De fait, la notation court terme attribuée par les grandes agences de notation est dérivée de la note long terme. Hervé Labbé milite pour le développement d’un modèle d’appréciation du risque à court terme adapté aux entreprises de taille moyenne. Un moment évoquée, l’utilisation de cotation par la Banque de France ne semble plus d’actualité. Pour contrer l’obstacle de la notation, la création d’un OPCVM spécifique est également envisagée. « Il s’agirait d’un nouveau fonds crédit court terme intégrant une part de billets de trésorerie avec des notations inférieures à BBB- », indique Hervé Labbé. Une alternative semble néanmoins tenir la corde et répondre aux contraintes des investisseurs : la création d’un véhicule bénéficiant d’une garantie forte, permettant un rehaussement du crédit et qui mutualiserait les besoins de plusieurs ETI. Cette structure aurait vocation à revenir sur le marché de façon récurrente. « Le travail d’analyse serait facilité et nous aurions des tailles suffisantes pour investir dans nos fonds », souligne Mikaël Pacot. Vu les nombreux obstacles à franchir, il n’est pas étonnant que cette initiative de développer les billets de trésorerie auprès des ETI reste à l’état de projet. Un nouveau groupe de travail, piloté par l’AFTE, devrait être constitué. L’association des trésoriers compte en outre sur le soutien d’une dizaine d’ETI éligibles (car cotées) pour donner de la visibilité à ce marché auprès de ces entreprises. 

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