Le London Stock Exchange organise sa riposte

le 18/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Xavier Rolet, son directeur général, dévoile à L’Agefi ses projets et ambitions dans un contexte boursier de concurrence exacerbée.

Le London Stock Exchange (LSE) se serait bien passé d’une telle mésaventure. Le 2 novembre, l’opérateur britannique a décidé de reporter à 2011 la migration de son marché principal (Main Market) vers la plate-forme d’échanges développée par MilleniumIT, société informatique basée au Sri Lanka et rachetée en septembre 2009. Une décision liée à la panne technique dont a été victime sa plate-forme alternative de négociation (MTF) Turquoise, acquise en février 2010, contrainte d’interrompre les échanges pendant deux heures. Loin d’être dramatique, ce report est toutefois embarrassant pour la Bourse de Londres qui mise sur ce nouvel outil pour améliorer sa vitesse d’exécution et ainsi rivaliser à armes égales avec les MTF, tels Chi-X Europe et Bats Europe, qui ont fait tomber le LSE de son piédestal.

Perte de terrain

Depuis l’entrée en vigueur de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF) en novembre 2007, le LSE a perdu du terrain sur l’indice de référence du marché britannique, le FTSE 100. « Fin 2008-début 2009, nous avions environ 88 % de parts de marché, remarque Xavier Rolet, directeur général du LSE depuis mai 2009. Celles-ci sont tombées à 50 % en début d’année pour remonter à environ 63 % à fin octobre. » Résultat : sur son exercice 2009-2010, clos le 31 mars, le groupe a enregistré une baisse de 6 % de ses revenus. De l’aveu de Xavier Rolet, le LSE était quelque peu démuni face à cette concurrence. « Sur le marché britannique, nous souffrions de nombreux handicaps : des outils informatiques anciens et coûteux aux mains de sociétés de services informatiques externes, une activité de compensation peu efficace dont nous n’étions pas propriétaire et, enfin, une structure de coûts élevés », reconnaît-il. La Bourse de Londres n’a donc pas ménagé ses efforts pour améliorer sa compétitivité : baisse des tarifs, réduction drastique des coûts. « Nous avons déjà supprimé 15 % de nos effectifs et allons poursuivre notre politique de discipline budgétaire », avance d’ailleurs Xavier Rolet. Une démarche qui lui a permis, l’an dernier, de générer plus de 11 millions de livres d’économies.

Son principal fait d’armes reste toutefois l’acquisition de Turquoise, un MTF fondé par une dizaine de grandes banques internationales aussi, aujourd’hui le premier dark pool (système de traitement de blocs de titres) en Europe. « Nous continuons de travailler à sa restructuration et à sa progression commerciale, indique Xavier Rolet. Surtout, Turquoise nous donne une envergure paneuropéenne puisque nous offrons maintenant à nos clients un accès à la négociation de plus de 2.000 titres dans 19 pays européens et aux Etats-Unis. En outre, elle constitue un partenariat important avec douze de nos plus grands clients. Enfin, Turquoise nous permet de diversifier davantage notre offre de produits. »

Davantage de diversifisation

La diversification constitue un véritable enjeu pour le groupe britannique, propriétaire par ailleurs de Borsa Italiana depuis 2007. « Notre activité est déjà très diversifiée. Notre division Capital Markets - la cotation et la négociation d’instruments financiers - représente moins de 50 % de nos revenus totaux, souligne le directeur général. De plus, la négociation des actions britanniques représente moins de 15 % du chiffre d’affaires du groupe. Nous avons aussi du succès avec nos activités de post-marché, de services technologiques et de ventes de données. Mais nous voulons nous diversifier davantage. » A cet égard, après avoir étendu son offre sur le fixed income en ouvrant sa plate-forme de négociation obligataire à la clientèle retail, la Bourse de Londres a aujourd’hui plusieurs fers au feu. « Nous avons des ambitions paneuropéennes dans le secteur des dérivés et du post-marché, révèle Xavier Rolet. Nous y travaillons à l’heure actuelle. » Sur le marché des dérivés, le directeur général n’a pas caché, en juin lors de l’International Derivatives Week, vouloir « offrir une alternative crédible à [ses] concurrents européens », en référence aux Bourses des dérivés Eurex et Liffe, respectivement filiales de Deutsche Börse et de Nyse Euronext.

De même, le LSE aurait, selon la presse britannique, entamé des négociations avec des banques américaines et européennes pour créer sa propre chambre de compensation à Londres. Des rumeurs que Xavier Rolet refuse de commenter. « La stratégie du LSE n’est pas forcément très lisible à l’heure actuelle, note Jean de Castries, directeur général d’Equinox Strategy. Or, c’est un enjeu stratégique à l’heure où les Bourses historiques reviennent au modèle en silos. » Le LSE détient déjà la troisième plate-forme de compensation en Europe avec Cassa di Compensazione e Garanzia, propriété de Borsa Italiana. Mais celle-ci n’est, pour l’heure, pas utilisée à Londres. Or, « dans un contexte de concurrence accrue, contrôler ses propres capacités de compensation est un enjeu important qui nous permet de rester compétitifs, reconnaît Xavier Rolet. Nous n’avons pas cette capacité de ‘clearing’ à Londres et le système existant est fragmenté et peu efficace ».

Par ailleurs, le directeur général du LSE n’exclut pas de lancer des activités sur le territoire français, tout en restant volontairement peu disert sur le sujet. « Il n’est pas impossible que nous lancions de nouveaux services à Paris, à condition bien entendu d’y être les bienvenus, concède-t-il. Les PME, en particulier, nous paraissent bien délaissées. » Une manière de riposter à l’initiative de Nyse Euronext qui, en juillet, a annoncé le lancement à Londres d’un nouveau marché d’actions, baptisé Nyse Euronext London, visant à séduire les émetteurs internationaux désireux de se coter au Royaume-Uni.

Tourné vers l’Asie

Enfin, à l’instar de certains de ses concurrents, tels Nasdaq OMX, la Bourse de Londres entend accélérer le développement de son activité de « services technologiques ». « Nous avons commencé de zéro, mais nous progressons, précise Xavier Rolet. Elle a représenté 4 % de nos revenus en 2009, et sa part a augmenté à 8 % cette année. La vente de technologies devient donc une activité importante et elle va être appelée à se développer davantage dans les années à venir. » Une activité qui, outre les revenus additionnels qu’elle génère, doit lui permettre de nouer des partenariats stratégiques avec des opérateurs boursiers étrangers. « C’est un enjeu pour le LSE qui a pris un peu de retard à développer des alliances à l’international et à y vendre ses systèmes », observe Jean de Castries. Le LSE a déjà posé quelques jalons. « Nous fournissons nos services de technologies à des Bourses à travers le monde, à savoir celles de Colombo, Oslo, Johannesbourg et au Caire », indique son directeur général. A l’instar de nombreuses institutions financières, c’est toutefois vers l’Asie que l’opérateur britannique se tourne désormais. « L’Asie est une région clé et elle va continuer à gagner en importance au cours des prochaines années, estime Xavier Rolet. Nous y avons déjà un bon point d’ancrage avec notre bureau à Pékin, notre présence au Sri Lanka et nos partenariats avec des Bourses locales. Ainsi, nous avons récemment signé une lettre d’intention avec le National Stock Exchange en Inde pour travailler ensemble dans plusieurs secteurs. Par ailleurs, avec le Tokyo Stock Exchange (TSE), nous détenons conjointement le Tokyo AIM. » Créée en 2009 sur le modèle de l’Alternative Investment Market (AIM) du LSE - la Bourse dédiée aux valeurs moyennes -, cette coentreprise lancera l’an prochain auprès des investisseurs japonais un nouveau service de négociation sur les obligations de sociétés étrangères. Toutefois, le LSE voit plus grand. « Notre intention est de continuer à élargir notre présence internationale », révèle Xavier Rolet. Une démarche qui doit permettre au LSE de concrétiser son ambition : être l’une des plus grandes Bourses mondiales dans les cinq ans à venir.

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