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Paris offre un nouveau modèle au monde

Société Générale
le 11/01/2018

Paris offre un nouveau modèle au monde

Ce sont les villes qui se trouvent en première ligne de la guerre contre les émissions de carbone. Plus de la moitié de la population mondiale vit en zones urbaines et chaque semaine ce chiffre augmente de 1,5 million de personnes. Les villes produisent 85 % du PIB de la planète et tandis qu’elles n’occupent seulement que 0,5 % des terres du globe, elles produisent 80 % des émissions de carbone.

Quel impact un acteur financier tel qu’une banque peut-il bien avoir sur les villes ? Comment le secteur financier accompagnera-t-il la transition vers des villes plus durables ?

Si une ville dans le monde espère bien pouvoir répondre à cette question, c’est Paris. La Ville lumière ou capitale de l’amour espère désormais devenir la ville du développement durable.

Cette mission a démarré en 2007, lorsque Nicolas Sarkozy alors président de la République, déclarait que Paris allait être la figure de proue du développement progressif du XXIème siècle, qu’elle montrerait la voie en matière de réduction des émissions, qu’elle serait une ville plus heureuse, avec une meilleure intégration sociale des différentes communautés. Les transports publics s’étendraient davantage pour relier les banlieues. La Seine  ainsi que ses affluents serviraient de mode de transport,. Ce serait aussi une ville intelligente (smart city) où les représentants du gouvernement et du secteur privé maîtriseraient et géreraient des données.

La déclaration était osée. Mais Paris sert en effet de laboratoire à des idées dans cette lignée. Pour rappel, il s’agit d’une capitale ancestrale : mélange d’héritage médiéval, de remodelage radical du Baron Haussman entre 1853 et 1870 et berceau d’architectes modernes expérimentaux. L’histoire est donc un obstacle. Contrairement à Shanghai ou à Brasilia, le gouvernement ne peut pas démolir purement et simplement des pâtés de maison entiers et reconstruire à nouveau.

Au cœur du projet se trouve le Grand Paris Express. C’est l’un des plus grands projets de transport d’Europe. Il s’agit de quatre nouvelles lignes de métro totalisant 200 km de long, avec 68 nouvelles gares dont 90 % en souterrain. Selon les prévisions, deux millions de passagers emprunteront ces lignes chaque jour.

Le Grand Paris Express est désormais en construction et prend en compte les critères de durabilité à tous les niveaux.

« C’est notamment la gouvernance qui est intéressante », précise Annick Jager chez Société Générale. « Elle prend en compte de nombreux thèmes tels que l’immobilier, les modes de transport, la reconstruction de banlieues, des pôles de différents types de technologie et des universités. Le principal constat est que nous devons prendre une véritable vue d’ensemble de la manière dont une grande ville évolue ».

Et quel endroit pour déployer ce nouveau mode de réflexion : « un PIB supplémentaire de 100 à 200 milliards est prévu autour de ce vaste projet », souligne Annick. « C’est le second aménagement majeur de Paris après le Baron Haussmann ».

Pour les entreprises travaillant sur le projet, c’est également une occasion idéale pour mettre en évidence leur réflexion autour du développement durable. Christophe Dumas, directeur de l’innovation chez Sogeprom, filiale de Société Générale spécialisée dans l’immobilier, a déclaré : « Dans les appels d’offre, notre nouvelle façon de procéder est de mettre le point de vue humain au centre du projet. Tout d’abord, nous travaillons avec de nombreuses personnes, notamment des sociétés d’ingénierie et des entreprises sociologiques, afin de réfléchir à la manière dont les habitants vont vivre. C’est la première étape de la conception. Ensuite, nous passons à l’aspect technologique ».

Christophe Dumas explique : « Nous ne mettons jamais la technologie en premier dans un projet. C’est l’humain qui passe en premier. Si le projet n’œuvre pas pour la communauté alors il n’aboutira pas ».

Naturellement, la technologie a son importance également. Aussi Sogeprom recherche et noue des partenariats avec des entreprises capables de faire la différence. « Nous entretenons de solides relations avec des start-ups dans le monde du développement durable », rajoute Christophe Dumas. « Mais il ne s’agit pas de trouver le partenaire le plus « séduisant ». Il est question de trouver une technologie réellement utile. Encore une fois, nous assurons des services auprès des habitants, il nous faut donc trouver quelque chose qui augmente l’efficacité par exemple en termes de réduction des déchets ou d’économies d’énergie ».

Penser intelligemment peut suffire. Par exemple, un parking équipé de capteurs intelligents peut aider les conducteurs à trouver une place vide plus rapidement. C’est épatant pour les conducteurs, cela diminue les encombrements et réduit les gaz de combustion.

« Nous avons revu un système de stockage pour l’électricité », a déclaré Christophe Dumas. « En d’autres termes, nous pouvons stocker de l’énergie à partir de panneaux photovoltaïques et l’énergie excédentaire produite par des ascenseurs. Nous pouvons stocker l’électricité pour un usage ultérieur ou la recycler pour d’autres bâtiments ».

Sogeprom est également leader dans les systèmes de biodiversité qui permettent de purifier l’air dans les immeubles.

La finance joue ainsi un rôle clé en faisant passer les innovations du laboratoire à la ville. Parfois il s’agit de trouver le business model optimum pour une technologie de rupture. La mobilité en tant que service en est un bel exemple. « Les utilisateurs peuvent louer des voitures lorsqu’ils en ont besoin », explique Annick Jager de Société Générale. « Mais la grande question est comment cet actif s’intègre-t-il dans un bilan. Quelqu’un doit en être le propriétaire mais qui ? »

Espérons qu’un jour toutes les villes pourront être conçues en s’inspirant des modèles mis au point pour le Grand Paris. L’Afrique, en particulier, a besoin de repenser radicalement la manière dont ses plus grandes agglomérations se développent. Selon certaines prévisions, l’accroissement de la population devrait par exemple propulser la langue française à la première place des langues parlées dans le monde d’ici 2050 – position soutenue par le président Macron. Le nombre d’Africains vivant dans des villes passera de 14 % en 1950 à plus de la moitié d’ici 2050.

Mario Pezzini, directeur du centre de développement de l’OCDE, a annoncé qu’il faudrait avoir une vue d’ensemble de la façon dont les villes sont façonnées, en liant étroitement des questions telles qu’emplois et infrastructures :  « Il n’est pas possible de séparer ces questions … Ce qui est réellement en jeu c’est la manière dont nous créons les conditions et les services, non seulement pour garantir une meilleure qualité de vie, ce qui est crucial, mais également pour créer des opportunités de développement économique … Si nous ne créons pas d’infrastructure, il n’y aura pas d’emplois ».

Le développement urbain durable n’en est qu’à ses débuts. Le projet du Grand Paris n’a qu’une dizaine d’années et les pionniers comme Sogeprom suivent les principes du développement durable depuis six ans environ. D’autres dans le même secteur bataillent encore avec les idées les plus élémentaires.

Paris peut être l’aire de lancement de la philosophie d’une audience mondiale. Au cours des prochaines années, elle tiendra le devant de la scène en tant que ville hôte des Jeux Olympiques de 2024, ainsi que de la Ryder Cup de 2018, entre autres.

Il faudra 30 ans pour achever ce plan d’aménagement mais la philosophie derrière le Grand Paris a pour but de s’assurer que la planète soit prospère pour les siècles à venir.

Sources :

Africa Urbanisation. OCDE.

https://www.theguardian.com/global-development/2016/jun/07/africa-urbanisation-megatrend-needs-to-deliver-growth-says-report

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