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Qu’est-ce que la Finance à Impact Positif ? Un accélérateur pour le développement durable ?

Société Générale
le 17/11/2017

Qu’est-ce que la Finance à Impact Positif ? Un accélérateur pour le développement durable ?

L’ancien secrétaire général aux Nations Unies Ban Ki-moon a laissé transparaître ses émotions lors de son discours de 2011 devant l’Assemblée générale. Ce fut l’occasion pour lui d’énoncer une liste d’enjeux planétaires auxquels il nous faut faire face, rappelant ainsi la pression croissante pesant sur la terre, l’énergie ou l’alimentation. Il s’est appuyé sur le témoignage de villageois à Kiribati qui lui avaient fait part de leurs inquiétudes liées aux changements climatiques. Une jeune fille terrifiée lui avait même demandé ce qu’elle allait devenir.

Il se tourna alors vers son auditoire et déclara : « C’est à vous, chers dirigeants, chefs d’Etat, gouvernements ... que je m’adresse aujourd’hui et à qui je pose cette question. Que pouvons-nous faire ? Comment pouvons-nous aider les populations de ce monde en crise à trouver la paix, garantir la justice et leur amener de la prospérité ?

Ban Ki-moon a publié une grande partie de la réponse en 2015. Les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies déterminent précisément les résultats à atteindre, d’ici 2030, pour éviter un désastre. Un budget annuel estimé entre 5 et 7 billions de dollars est requis pour parvenir aux objectifs établis en matière d’énergie verte, d’assainissement de l’eau, de systèmes sanitaires et d’agriculture responsable. Pour mettre ce chiffre en perspective, la valeur totale du montant de capital-risque engagée approche les 200 milliards de dollars annuels.

Un mois plus tard, un second document sera publié. Le Manifeste pour l’Impact Positif des Nations Unies dévoile le moyen de réunir ces billions. Il explique la manière dont les investisseurs et les financiers peuvent augmenter leur impact positif sur la société. Le Manifeste détermine les règles d’un langage commun de l’investissement pour l’humanité.

Ce document est essentiel pour l’investissement éthique. Pendant des années, le secteur de la finance a parlé d’un code de comportement responsable. Le résultat est une longue liste d’initiatives : financement mixte, obligations vertes, reporting utilisant le système du « triple bilan », etc. La nouvelle initiative sur la Finance à Impact Positif est un concept générique qui couvre chacune de ces initiatives.

« Il ne faut pas se méprendre », avertit Denis Childs, à l’origine, il y a près de 15 ans, des principes de la Finance à Impact Positif chez Société Générale. « La Finance à Impact Positif se distingue de l’investissement à impact lancé par JP Morgan et Rockefeller il y a quelques années. L’investissement à impact est destiné aux investisseurs à but non lucratif et s’attache aux fonds propres plutôt qu’à l’endettement. Il s’agit là d’un concept relativement limité alors que la Finance à Impact Positif s’ouvre plus largement aux entreprises et investisseurs soumis à des contraintes de rentabilité. » En fait, l’objectif est d’encourager l’investissement à but lucratif à travers de bonnes actions. « L’impact » positif doit être clair et mesurable. De même que les rendements.

« Pour parvenir à rassembler les billions nécessaires à l’atteinte des objectifs des Nations Unies, il faut obtenir l’implication de tous » affirme Denis Childs. « Cela doit devenir un concept prédominant et doit donc offrir autant de rendement que d’autres types d’investissements ». La Finance à Impact Positif comprend des prêts, obligations, fonds propres, dettes mezzanine et titres financiers de tous types. L’impératif étant d’avoir un impact sur l’un des trois piliers suivants : environnement, sociétal et gouvernance.

La Finance à Impact Positif pose des critères rigoureux. Les impacts négatifs doivent être identifiés et compensés. Par exemple, une ferme éolienne peut générer une électricité propre tout en réduisant les émissions de carbone. Cependant, la construction des turbines peut sous-entendre l’abattage de portions de forêts pour faire place à des routes ; constituer une menace pour les oiseaux ; créer de la pollution sonore ; des déplacements de population... il faut donc tenir compte de ces impacts et mettre en place des mesures telles que l’installation de réflecteurs pour éloigner les oiseaux, et compenser les dommages sur la biodiversité.

La transparence est au cœur de la Finance à Impact Positif. Il doit y avoir à la fois une méthodologie permettant d’enquêter sur chaque projet et également une communication claire sur les résultats à toutes les parties prenantes. Il est important de noter que la méthodologie et les indicateurs clés de performance ne sont pas uniques et standardisés. Les institutions devront adopter les méthodes et indicateurs les plus adaptés à leurs activités.

Les organisations doivent être sincères et honnêtes dans leurs rapports. Les évaluations devraient se fonder, selon les termes du document de l’ONU énonçant les principes, sur « les impacts effectivement générés ». L’exagération des réalisations est, hélas, bien trop fréquente et surnommée « greenwashing ». La philosophie de la Finance à Impact Positif exige de comptabiliser aussi bien les bons que les mauvais impacts.

La performance des actions ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) prouve qu’une démarche éthique est compatible avec d’excellents résultats. Entre 2007 et 2016, l’indice MSCI-ESG a surpassé l’indice MSCI marchés émergents de près de 50%. Au mois de juillet, la caisse nationale des retraites du Japon, qui compte 1,3 billion de dollars sous gestion, a annoncé qu’elle commencerait à suivre les trois indices ESG sur une petite partie de son portefeuille. S’inspirant de l’esprit  de la Finance à Impact Positif, Société Générale a élaboré une gamme complète de solutions. La banque accompagne ainsi ses clients, entreprises et investisseurs, dans tous les domaines de la finance. Cela comprend notamment la création de « notes à impact positif » pour les investisseurs qui souhaitent participer au mouvement, au lancement d’obligations vertes et à impact positif, de même que la promotion de véhicules électriques au travers de sa filiale ALD Automotive.

« En vérité, la Finance à Impact Positif reste peu connue », déclare Denis Childs. « Il y a encore beaucoup de choses à faire. Nous avons entrepris une « tournée » afin de promouvoir l’initiative et sommes déjà allés au Maroc où ce fut un succès. Les prochaines destinations sont l’Afrique du Sud et les Pays-Bas. »

L’objectif est d’établir un nouveau cadre pour les entreprises en redirigeant des billions de dollars vers des projets capables de régler les crises planétaires les plus urgentes. C’est là un objectif ambitieux. Mais comme l’a dit Ban Ki-moon, nous n’avons pas le choix, s’exprimant ainsi : « Sauver notre planète, sortir les populations de la pauvreté, favoriser la croissance économique… il s’agit là d’un seul et unique combat. Nous devons faire les liens nécessaires entre changement climatique, ressources limitées en eau, pénuries d’électricité, santé mondiale, sécurité alimentaire et émancipation des femmes. La solution à l’un de ces problèmes doit être une solution pour tous. »

La Finance à Impact Positif nous offre les outils pour participer à la création d’un monde meilleur. Ce projet a désormais besoin de publicité, de soutien et d’une adhésion vigoureuse pour devenir réalité.

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