DOSSIER Les profils gagnants de la crise

Le jeu de chaises musicales des banques d'affaires internationales

le 18/02/2010

La plupart des établissements bancaires étrangers à Paris ont promu un nouveau dirigeant issu du monde des fusions-acquisitions.

Rares sont les banques étrangères qui n’ont pas changé de patron français en 2009. Seules UBS, vidée d’une partie de ses équipes mais toujours dirigée par Philippe Tibi, et les équipes de fusions-acquisitions de Goldman Sachs, désormais conduites en solo par Jean Raby, semblent être restées à l’écart de ce mercato. Le transfert vers Deutsche Bank de Marc Pandraud (51 ans), emblématique patron de Merrill Lynch France, est l’un des exemples les plus marquants. « Ces onze années passées chez Merrill Lynch ont été passionnantes, mais à la suite de l’acquisition par Bank of America, j’ai pensé que je pourrais être plus utile chez Deutsche Bank, relate le nouveau président de la banque allemande en France, qui chapeaute l’ensemble des activités (banque d’affaires, activités de marché, cash management et gestion privée). Je connaissais bien cette maison où j’avais déjà travaillé de 1995 à 1998, et j’ai été séduit par son ambition de faire partie des toutes premières banques internationales à Paris. »

Place aux « quinquas »

Son prédécesseur Jacques-Henri David, avait atteint, à 65 ans, la limite d’âge, tout comme François Roussely chez Credit Suisse. Nommé vice-président en Europe, ce dernier, ancien PDG d’EDF, a dû abandonner la présidence de l’entité française à Pierre Fleuriot, 56 ans. L’ancien patron d’ABN Amro en France puis de RBS a pu ainsi rebondir après les difficultés rencontrées par son ancienne maison mère.

Chez Morgan Stanley, les dissensions au sommet se sont soldées avec le départ de Patrick Ponsolle. A 65 ans, il est devenu vice-président de Rothschild Europe, laissant la présidence de Morgan Stanley France à René Proglio. Ce banquier de 60 ans, frère d'Henri, nouveau patron d’EDF, était jusqu’à présent le responsable de la banque d’affaires. C’était aussi la fonction d’Eric Coutts lorsqu’il a pris la tête de Citi en France et en Belgique.

« Les établissements étrangers mettent en général des banquiers d’affaires à la tête de leur filiale française, car ils connaissent bien les grandes entreprises et peuvent ainsi rivaliser avec leurs concurrents français, explique Anne de La Rochebrochard, associée du cabinet de recrutement Robert Walters. Leurs collègues des marchés de capitaux sont moins sollicités, même si quelques responsables de filiales ont fait carrière en salle de marché. »

Nouvelles équipes

A cette domination des équipes de fusions-acquisitions s’ajoute un vaste jeu de chaises musicales entre banques internationales. « Elles apprécient un passage à l’étranger ou une expérience dans une autre banque non française, signe d’une bonne connaissance des rouages anglo-saxons, analyse Anne de La Rochebrochard. Les postes de direction sont en effet souvent à cheval entre Paris et Londres, avec un responsable territoire en France et des responsables métiers européens basés à Londres. »

Cette tendance touche aussi des responsables métiers. Olivier Barret a ainsi quitté Morgan Stanley pour Credit Suisse, où il est désormais coresponsable de la banque d’affaires avec Valérie Landon, en remplacement de Philippe Deneux… parti monter l’équipe de fusions-acquisitions de Barclays Capital en France. « Barclays recherchait un banquier pouvant conseiller ses grands clients français dans la mise en œuvre de leurs opérations stratégiques et capable de renforcer la capacité d''origination’ de son équipe de ‘coverage’ (couverture clients : NDLR) spécialisée jusqu'à présent dans les émissions obligataires, le financement et la gestion du risque, raconte ce managing director de 46 ans (L’Agefi Hebdo du 11 février). Cela me permet de mettre à profit mon expérience d'exécution d'opérations de fusions-acquisitions et de banquier 'coverage' acquise chez Calyon puis chez Credit Suisse. »

De même, Teddy Dewitte, le nouveau directeur des activités de fixed income de Nomura à Paris, profite de la volonté de la banque japonaise de construire une nouvelle franchise dans les activités de taux et de change qu’elle n’avait pas reprises lors du rachat de la partie européenne de Lehman Brothers. « Travailler pour Nomura était un pari, mais c’est une aventure extrêmement motivante, car la marque tout comme l’équipe de 'fixed income' sont neuves et en phase de décollage », souligne cet ex-ABN Amro de 37 ans. Victime fin 2008 de la fusion avec RBS, il a été recruté en mars par Nomura avant de prendre la responsabilité du desk de fixed income en juillet, à la faveur du départ de son prédécesseur chez Barclays Capital. Si sa nouvelle équipe est d’une taille plus réduite que l’ancienne, il affirme ne pas avoir perdu au change : « Auparavant, j’avais des responsabilités régionales sur un seul produit, les taux, alors qu’aujourd’hui, je suis responsable d’une équipe dédiée aux seuls clients français mais intervenant aussi sur les crédits et les changes »…

A quelques semaines du mercato 2010, les organigrammes pourraient de nouveau être modifiés dans certaines banques, par exemple chez Nomura à l’expiration des bonus garantis de deux ans des ex-Lehman en banque d’affaires et marchés de capitaux. Mais la plupart des postes clés ne devraient pas changer de titulaire. « Après les licenciements économiques et les fusions, les banques ont recruté l’an dernier de nouveaux 'managing directors' pour préparer la reconstruction, assure Anne de La Rochebrochard. Ces poids lourds, placés à des postes stratégiques, ne vont sans doute pas tout de suite chercher à rebondir ailleurs. »

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