Fusions-acquisitions

Les small et midcaps hésitent encore à se lancer dans la bataille

le 08/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Rothschild, BNP Paribas et Lazard conseillent l’essentiel des transactions sur les sociétés valorisées moins de 500 millions d’euros.

Le marché des small et midcaps n’a jamais été aussi schizophrène. « D’un côté, quelques pépites continuent à être achetées à des prix très élevés, de l’autre, dans un environnement de croissance molle, le marché reste faiblement animé », commente Bruno Stern, cofondateur de Leonardo. Les perspectives de croissance des entreprises françaises qui évoluent au gré de l’activité économique ne suffisent pas à répondre aux attentes de rendement des acquéreurs financiers. « Sur certains dossiers, il arrive qu'il y ait paradoxalement plus de fonds prêts à financer l'entreprise en dette qu’à l'acheter », regrette Bruno Stern. Compte tenu de l’instabilité fiscale et réglementaire de ces deux dernières années, les vendeurs ne se précipitent pas non plus. « Si les fonds d’investissement ont profité du regain d’intérêt pour les introductions en Bourse pour réaliser un certain nombre de sorties, qui de ce fait n’ont pas donné lieu à des transactions M&A, il existe aussi des facteurs bloquants spécifiques au marché français », confirme Grégoire Buisson, fondateur d'Epsilon Research. Dernier sujet d’inquiétude en date pour les professionnels : la loi Hamon applicable depuis le 1er novembre 2014. Elle introduit de nouvelles obligations d’information des salariés en cas de cession de PME de moins de 250 salariés qui pourraient compromettre la confidentialité des opérations et en allonger les délais.

Les boutiques très présentes

Après le creux de 2013, le segment des small et midcaps s'est pourtant repris. Selon Thomson Reuters, le marché des fusions-acquisitions européennes de moins de 500 millions de dollars est passé de 199 milliards d’euros en 2012 à 181 milliards en 2013 et 208 milliards en 2014. Un rebond en valeur plus qu'en nombre d'opérations. A 15.224, celui-ci est toujours en retrait de 7 % par rapport à son niveau de 2012. L’indice Argos Soditic, témoigne, lui, d'une belle progression des valorisations des sociétés « midmarket » (entre 15 et 150 millions d’euros) non cotées de la zone euro ayant fait l’objet d’une prise de participation majoritaire. Les multiples payés par les acquéreurs sont passés de 7,5 à 8,6 fois l’Ebitda entre fin 2013 et mi-2014, avant de retomber à 8 fois avec la chute des marchés actions.

En France, les données collectées par L’Agefi (opérations bouclées en 2014) montrent que Rothschild reste la banque la plus active sur le marché français du conseil en M&A aux small et midcaps. « Transactions R [l’équipe de Rothschild dédiée aux small et midcaps, NDLR] a profité d’un premier semestre très actif, porté par des LBO tels que Bio7 ou Arkopharma. Le deuxième semestre a été animé par des opérations plus industrielles telles que la cession de CWI à l’américain Assurant », souligne Laurent Buiatti, managing director chez Rothschild. Viennent ensuite BNP Paribas, Lazard et Société Générale, puis DC Advisory. Malgré l’avantage que leur donne leur réseau, les banques ne cessent de voir leurs parts de marché grignotées par les boutiques. Parmi les deals remarquables, DC Advisory a été conseil de Carlyle pour l’acquisition de Homair Vacances, de PAI Partners pour celle d’UPS, d’Eurazeo pour les opérations portant sur Asmodée et sur Colisée. Leonardo, également très présent aux côtés des fonds, a accompagné plusieurs belles opérations comme Corialis, IMV Technologies, Bio7 et Asmodée (côté Montefiore). Quant à Lincoln International, il a été conseil dans la vente du britannique Eurocamp à Homair Vacances, ainsi que dans la cession du suédois Autotube à MGI Coutier. De fait, les opérations transnationales sont de plus en plus nombreuses, y compris parmi les small et midcaps. Pour stimuler sa croissance, le gestionnaire français de centres d’appels Teleperformance a acquis Aegis aux Etats-Unis. Et en octobre, Jacquet Metal Service a annoncé se renforcer en Amérique du Nord avec l’acquisition du canadien Rolark. « Les taux d’intérêt très bas ouvrent de nouvelles perspectives de croissance sur les marchés américains », relève Diane Bruno chez Mandarine Gestion. La gérante explique qu’« aux conditions actuelles, la plupart des acquisitions réalisées aux Etats-Unis  par des ‘small caps’ cotées européennes devraient se révéler relutives dès la première année ».

« Il y a cinq ans, moins de 10 % de nos missions étaient menées à l'international, contre près d'une sur deux aujourd'hui », constate aussi Mickael Fitoussi chez InExtenso Finance. Depuis le rapprochement en 2013 de MK Finance et de Deloitte, le mouvement s’est accéléré car les équipes bénéficient désormais du réseau international du groupe d’audit. InExtenso Finance a notamment conseillé les actionnaires du laboratoire français Phyto Actif pour son rapprochement avec la société catalane de parapharmacie Diafarm.

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