Un homme, une équipe

Philippe Dardier prépare les PME à la cote avec Alternativa

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

A la fois Bourse et acteur du financement participatif, la société multiplie les opérations et les projets d’expansion.

Philippe Dardier prépare les PME à la cote avec Alternativa
Nicolas Giannetti, 30 ans, responsable de marché, pôle investisseur , Philippe Dardier, 51 ans, président , Léa Claustre, 28 ans, responsable corporate, pôle émetteur, Evgeny Ivanov, 30 ans, responsable digital, et absents de la photo : Laurent Myara, responsable informatique , Thierry Dettloff, directeur général
(Pierre Chiquelin)

Philippe Dardier croit en l’actionnariat direct pour soutenir les PME. Cet ex-responsable actions et dérivés chez Merrill Lynch et BNP Paribas a mis son expérience au service de cette cause bien avant la mode qui la porte aujourd’hui. Il rejoint Alternativa, qu’il préside depuis deux ans, dès son lancement en 2008, confiant dans le potentiel de ce système multilatéral de négociation reliant investisseurs et petites entreprises. « La Bourse est un lieu de rencontres qui ne doit pas rester réservé aux seules sociétés visibles et établies mais aussi aux projets de croissance », estime-t-il. Aujourd’hui, le retour à un contexte favorable aux marchés actions lui donne raison : la plate-forme a accueilli 12 nouvelles entreprises sur sa cote l’an dernier et cumule depuis ses débuts plus de 30 millions d’euros collectés pour des entreprises réalisant entre 3 et 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2014, la société a atteint l’équilibre, et cette année, ses effectifs devraient passer de 7 à 12 personnes.

Agréé à la fois par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour organiser souscription et négociation d’actions, Alternativa a conçu des règles de fonctionnement adaptées aux petites entreprises avec un faible flottant : destinée à des collectes allant de 250.000 à 5 millions d’euros, la plate-forme propose un marché secondaire avec un cadre de liquidité mensuel limitant la volatilité des cours, des levées de fonds au fil de l’eau, un calcul de la valeur de l’action deux fois par an… Elle se veut ainsi une étape préparatoire à une cotation sur Alternext ou sur l’Eurolist C. De fait, trois sociétés cotées sur Alternativa devraient évoluer prochainement vers des compartiments de marché plus structurés, dont Chabaud et associés sur l’AIM (Alternative Investment Market) à Londres.

Dossiers d’admission ciblés

En même temps, l’outil s’efforce de coller au plus près des attentes des investisseurs, constitués à 60 % de particuliers, à côté de family offices et de banques privées. La société compte 2.000 à 2.200 investisseurs enregistrés à ce jour. Première priorité, la crédibilité de l’investissement est assurée grâce au filtre appliqué par Alternativa sur les dossiers d’admission : ceux-ci, passés au crible d’une vingtaine de critères – chiffre d’affaires minimum, absence de problème chronique, forme de société anonyme, deux ans d’existence minimum… –, sont ensuite remis à un comité d’admission, en même temps que le rapport d’un expert indépendant agréé par l’AMF sur la valeur de l’action. « Nous donnons de la rigueur à la démarche de recherche de fonds propres, problème structurel des petites entreprises françaises », explique Philippe Dardier. Les heureux élus admis à se présenter devant les investisseurs bénéficient ensuite d’un service d’accompagnement, effectué par les trois spécialistes du pôle corporate chez Alternativa. « Nous orchestrons la levée de fonds, dans ses aspects juridiques et financiers, puis nous suivons la cote, et accompagnons la société dans la communication avec les investisseurs, résume Léa Claustre, responsable entreprises. Je passe la moitié de mon temps à rencontrer les dirigeants, car nous pensons que dans une petite entreprise, le management représente environ 70 % de la valeur. »

L’activité est en train de s’étendre au fil de partenariats visant à monter des Bourses régionales où Alternativa réplique son mode opératoire. L’an dernier, un accord a été conclu avec la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon (CCI) pour créer « Place d’Echange ». Celle-ci a accueilli sur sa cote la société Euroglass, fabricant français d’équipements de patinoires à glace (2 millions d’euros de chiffre d’affaires). Alternativa est impliqué aussi dans « Kiosk to Invest », autre structure régionale en forme de Bourse locale lancée en décembre dernier en Normandie et les projets se multiplient. « Toute l’Europe du Sud a des difficultés à lever des fonds propres pour ses sociétés. Les régions seront déterminantes, d’autant que l’Europe favorise la montée en puissance des cotations et des outils de financements régionaux cotés », soutient Philippe Dardier. Un amendement proposé à la loi Macron et visant à doter chacune des treize régions de France d’une place de marché corrobore cette analyse...

Outil informatique maison

Mais Alternativa entend aussi tirer parti de la montée en puissance de la finance participative (crowdfunding), disposant d’un statut spécial de prestataire de service d’investissement (PSI) qui lui permet de lever jusqu’à 5 millions d’euros. « L’intervention d’Alternativa en levées de fonds primaires s’assimile à du ‘crowdfunding’ boursier, explique Philippe Dardier. L’achat de titres vifs, comparé à un investissement via une holding ou une société de gestion, représente pour les particuliers une économie de frais de 5 % à 20 % de la performance. » Sur ces bases, le dirigeant souhaite faire de sa société un partenaire du crowdfunding. « Nous avons déjà coté et offert un cadre de liquidité à une demi-douzaine de projets issus de plates-formes de ‘crowdfunding’, avec lesquels nous avons des partenariats », rappelle Philippe Dardier.

Pour soutenir ces chantiers, l’outil informatique mis au point par Alternativa joue un rôle central. L’investisseur peut y remplir les formulaires de qualification exigés par la directive MIF (Marchés d’instruments financiers) et souscrire des titres de façon totalement dématérialisée. Actuellement, « une refonte globale des systèmes informatiques est engagée », se réjouit Laurent Myara, responsable des technologies. Le projet Alternativa a tout pour captiver ce passionné des systèmes de sécurité et de cryptographie. « Sur les sujets technologiques, nous avons énormément d’obligations réglementaires, cela nous oblige à l’excellence, sachant qu’il y a de multiples projets, montés en collaboration avec le reste des équipes, dans un climat d’effervescence porteur », poursuit ce diplômé de Sup d’Info. Deux personnes, trois bientôt, se consacrent à l’informatique. « En 1995, 25 % de la cote était entre les mains des particuliers, contre 10 % aujourd’hui, souligne Philippe Dardier. Par le numérique, les entrepreneurs et les investisseurs peuvent se réapproprier la finance. » 

« Nous donnons de la rigueur à la démarche de recherche de fonds propres, problème structurel des petites entreprises françaises »
Son parcours
Philippe Dardier. Diplômé de Sciences politiques et de l’ESCP Europe en 1988.
1999 : managing director, equity market, Merrill Lynch.
2001 : responsable Europe en actions et dérivés, Merrill Lynch, Londres.
2003 : directeur du « flow » ventes actions et dérivés, BNP Paribas.
2007 : directeur général, Alternativa.
2012 : président d’Alternativa et membre fondateur de D-Incubator, Paris Dauphine.

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