BFI

Des périmètres à géométrie variable

le 10/09/2015 L'AGEFI Hebdo

Les BFI s'adaptent au gré de la réglementation. Côté français, le plus gros du travail apparaît réalisé.

Des périmètres à géométrie variable

Al’instar de leurs consœurs européennes, les banques de financement et d’investissement (BFI) françaises ont dégagé des performances solides au cours du dernier trimestre (voir le tableau). « La volatilité accrue a permis un accroissement des transactions, notamment pour les activités actions et de change, confirme François-Xavier Marchand, spécialiste des institutions financières chez Fitch Ratings. Par ailleurs, alors que les BFI françaises ont par le passé procédé à des réductions importantes de leur bilan, elles ont augmenté la taille de leur activité de financement sur le semestre. Elles ont enfin bénéficié d’un coût du risque plus faible, la vente de portefeuilles ayant engendré des reprises de provisions. »

Les contraintes de l’environnement réglementaire imposent de maintenir les efforts à fournir. « Pour les banques britanniques, allemandes, françaises, suisses et italiennes, il reste clairement encore du travail avant d’enregistrer des rendements adéquats », estime le fournisseur de données SNL Financial, ajoutant que les performances sous-jacentes se révèlent souvent dissimulées en raison de différences réglementaires, de charges en capital et d’amendes, ainsi que du fardeau des actifs non stratégiques. Des rendements qui, quelles que soient les mesures prises, mettront du temps avant de revenir aux niveaux d’avant-crise (voir le tableau).

Les banques françaises échappent aux mouvements de réorganisation lancés ou attendus chez plusieurs acteurs européens, à l’image de Royal Bank of Scotland, Credit Suisse ou Deutsche Bank. « Le plus gros de la restructuration a été réalisé au sein du secteur en France », juge François-Xavier Marchand, qui estime que des réductions ciblées pourraient tout de même avoir lieu dans les trimestres à venir. « Les principales banques françaises n’ont pas vocation à changer de cap compte tenu des réductions déjà opérées sur la BFI. Si BNP Paribas et Société Générale ont abaissé leur risque, elles n’ont pas bouleversé leur modèle économique et continuent à s’appuyer sur des savoir-faire historiques. Les acteurs comme Crédit Agricole et BPCE assument, eux, un développement avant tout guidé par la banque de détail en France », analyse Jean-Marc Velasque, associé chez Nouvelles Donnes.

Comme le souligne Olivier Perquel, directeur des financements et solutions de marchés chez Natixis, « les banques européennes, notamment françaises, se sont bien adaptées à la première vague de réglementation (Bâle 3 / LCR*). La deuxième vague (TLAC**, NSFR***, ratio de levier) arrive, laissant les banques dans l’incertitude sur les modalités de leur application ». « Le secteur devra continuer à faire évoluer son modèle, en se spécialisant ou en abandonnant certaines activités en vue de maintenir sa rentabilité. Les réorganisations devraient toutefois intervenir à la marge au sein des BFI françaises », considère le dirigeant de Natixis.

Optimisation des coûts

A contrario de certaines de leurs concurrentes européennes, historiquement très axées sur les activités de marché et d’investissement, les banques françaises ont conservé à travers le temps leur modèle de banque universelle. Depuis la crise, la part de la BFI des principaux acteurs tricolores est restée stable et proche des 30 % (voir les graphiques). Là où un établissement comme Deutsche Bank a vu passer ce poids de plus de 60 % à encore quelque 45 %...

Dès lors, les banques françaises composent aujourd’hui en optimisant leurs coûts. En vue d’accroître l’efficacité de sa BFI, BNP Paribas prépare un plan dont les contours devraient être précisés à l’issue des résultats 2015. Selon Bloomberg, l’objectif affiché par la banque de la rue d’Antin serait une réduction de 20 % des charges à horizon 2019. Chez Société Générale, un plan de 850 millions d’euros d’économies supplémentaires à horizon 2017 a été annoncé début août. « Le groupe va s’appuyer sur des leviers connus : simplification organisationnelle, amélioration de l’efficacité opérationnelle, gestion de la demande et des fournisseurs externes, et revue et simplification des processus clients. Ces nouveaux efforts donneront une marge de manœuvre accrue pour investir dans la transition numérique et faire face à l’augmentation des coûts réglementaires », développe Didier Valet, directeur de la Banque de grande clientèle & solutions investisseurs de Société Générale, ajoutant que tous les métiers du groupe, dont la BFI, sont appelés à contribuer à ces « efforts de compétitivité ».

Un travail d’anticipation

Aux yeux de Yann Gérardin, responsable du pôle corporate et institutional banking de BNP Paribas, « l’important est de se projeter dans l’avenir ». Car si les banques françaises répondent aujourd’hui aux contraintes réglementaires, un durcissement de certains ratios est possible, avertit François-Xavier Marchand. « La réglementation ne cesse d’évoluer et génère pour les banques un besoin d’adaptation permanente de leur modèle, qui plus est en anticipant. Si les régulateurs laissent un peu de temps aux acteurs pour se conformer aux nouvelles contraintes, le marché demande une réponse immédiate », analyse Yann Gérardin, qui entend continuer à ajuster le modèle de BNP Paribas CIB en anticipant les évolutions des réglementations à venir. « Le modèle statique de la BFI est terminé. La réglementation va continuer à évoluer de façon régulière dans un environnement qui restera compliqué. La flexibilité de l’organisation des banques est appelée à devenir durablement plus prononcée », confirme Olivier Perquel.

Le retrait de certains acteurs pourrait profiter à d’autres. « Cela peut représenter à terme une promesse de meilleure marge, si ce n’est un retour à meilleure fortune sur toutes les activités », estime Jean-Marc Velasque. Dans ce contexte, « nous avons gagné des parts de marché au cours des précédents trimestres, en Europe et aussi en Asie ou aux Etats-Unis », commente Yann Gérardin, qui prévoit de continuer à saisir les opportunités, tout en tenant compte du contexte et des nouvelles réglementations.

Société Générale cherche également à se démarquer. « SG CIB entend tirer parti de la désintermédiation du crédit en Europe après avoir développé ses activités primaires (plate-forme américaine et ‘high yield’) et les solutions ‘originate to distribute’. En parallèle, nous nous sommes mis en ordre de marche pour être parmi les leaders de la révolution des marchés de capitaux et des services post-marchés avec l’intégration de Newedge », revendique Didier Valet, qui mise sur le renforcement des synergies entre la BFI et les autres métiers du groupe.

Chez Natixis, « si l’essentiel de la réorganisation a déjà été réalisé, nous continuerons à adapter notre modèle et notre assise géographique », déclare Olivier Perquel. Alors que le produit net bancaire (PNB) hors de France du pôle de Grande clientèle représente aujourd’hui quelque 50 % de l’activité (dont environ 20 % pour la plate-forme Emea hors France, 20 % pour la plate-forme Amériques et 7 % pour la plate-forme Asie-Pacifique), l’objectif est un développement international sélectif, en vue d’accroître la rentabilité. Parmi les principaux projets de développement, Natixis mise sur ses activités de financements structurés en Amérique latine et sa plate-forme de distribution au Japon.

Toutefois, au-delà de l’aspect réglementaire, le contexte pourrait se durcir. « Les BFI européennes ont pu accroître au cours des dernières années leurs RoE (rentabilité des capitaux propres, NDLR) en profitant d’un environnement globalement favorable à l’activité financière. Plusieurs facteurs, tels que la remontée des taux à venir et la crise chinoise, se profilent et pourraient générer plus de pression sur les banques », prévient Olivier Perquel. Les prochaines saisons de résultats pourraient se révéler moins solides.

*Liquidité à court terme.

**'Total loss-absorbing capacity'.

***'Net stable funding ratio'.

Les banques françaises échappent aux mouvements de réorganisation

Sur le même sujet

A lire aussi