Un homme, une équipe

Avec Mathias Burghardt, Ardian tisse sa toile dans les infrastructures

le 18/09/2014 L'AGEFI Hebdo

Les partenariats noués au fil des années avec des grands groupes industriels ont rendu ce Franco-Argentin incontournable sur le marché européen.

Avec Mathias Burghardt, Ardian tisse sa toile dans les infrastructures
Amir Sharifi, director - Léonarda Orani, analyst - Tobias Gewolker, director - Laurent Fayollas, managing director - Mathias Burghardt, managing director, responsable de l’investissement en infrastructure, membre du directoire d’Ardian France - Benoît Gaillochet, managing director - Juan Angoitia, managing director - Lorraine d’Halluin, senior investment manager / Absents de la photo : Andrew Liau et Stefano Mion, managing directors - Michael Reuther, director - Marion Calcine, Alexis Ballif, Thierry Denoyel, Rosario Mazza, Elise Nemirowski, senior investment managers - Gonzague Boutry, Federico Gotti-Tedeschi, Daniele Rizzolini, investment managers
(Pierre Chiquelin)

Lorsqu’en 2005, Mathias Burghardt arrive chez Axa pour développer les investissements en infrastructure du groupe, il fait figure de pionnier. Neuf ans plus tard, le marché a décollé, les fonds gérés par Ardian (anciennement Axa Private Equity) atteignent 3,5 milliards de dollars et dans les classements des gérants de fonds infrastructure, son équipe occupe la troisième place au niveau européen et la quatrième au niveau mondial.

Au fil des années, les levées de fonds sont devenues de plus en plus importantes, passant de 200 millions d’euros en 2005 à 1,1 milliard en 2007, puis 1,75 milliard l’an dernier. Et la prochaine s’annonce déjà. « Nous investissons actuellement le fonds de troisième génération mais il va probablement s’épuiser en 2015. Il faudra alors commencer à en lever un nouveau », confie Mathias Burghardt. En tout, l’équipe de ce diplômé de l’ESCP issu d’une famille de diplomates, qui a fait ses armes dans le financement de projets au Crédit Lyonnais et chez HSBC, a désormais à son actif une vingtaine d’investissements répartis dans six pays. Le chemin parcouru depuis l’investissement dans Sanef en 2005 se mesure aussi à l’aune de la diversité des projets. Après avoir surfé sur la vague des privatisations d’autoroute, Ardian a injecté des capitaux dans la gestion des déchets, le traitement des eaux, l’énergie renouvelable, la distribution de gaz et dernièrement les aéroports.

Investir à long terme

Mais si l’équipe infrastructure d’Ardian a nécessairement grossi avec le développement de l’activité, Mathias Burghardt tient à ce qu’elle conserve une cohésion aussi forte qu’à ses débuts. « Ces dernières années, on a vu beaucoup d’équipes se monter mais aussi un bon nombre se défaire, explique-t-il. Notre défi est de conserver un groupe soudé avec des personnes qui ont des expériences, des expertises et souvent des origines différentes. » De fait, l’équipe, désormais composée d’une vingtaine de personnes, est très stable. « En tout, nous avons eu deux départs, l’un il y a cinq ans, l’autre il y a deux ans, précise Mathias Burghardt. Il est très important que chacun puisse s’engager personnellement à long terme car notre métier consiste justement à investir à long terme. »

Le noyau dur de l’équipe date de l’origine. « Je travaille avec Laurent Fayollas et Benoît Gaillochet depuis près de quinze ans », indique Mathias Burghardt qui a rencontré le premier au Crédit Lyonnais – alors la plus grande banque de  financement de projet – et côtoyé le second d’abord au Crédit Lyonnais puis chez HSBC. « Benoît et moi faisions du financement maritime au Crédit Lyonnais, et nous avons voyagé quelques années entre la Norvège et la Grèce », se souvient  Mathias Burghardt. Quant à Andrew Liau, il a rejoint Ardian à Paris en 2009, « mais nous le connaissions depuis plusieurs années car nous avions eu l’occasion de travailler ensemble sur plusieurs opérations », poursuit-il.

Pour qu’une nouvelle personne rejoigne l’équipe, elle doit être cooptée. « Les décisions sont prises de façon collégiale. Il est très important que nous soyons sûrs que la greffe va prendre », détaille Benoît Gaillochet. Parmi les six membres les plus « seniors » de l’équipe, cinq sont de nationalité étrangère ou ont une double nationalité. Laurent Fayollas est le seul à avoir un profil franco-français. Mathias Burghardt est franco-argentin, Benoît Gaillochet franco-suisse, Andrew Liau anglo-canadien, Stefano Mion italo-américain et Juan Angoitia espagnol.

Andrew Liau est aujourd’hui basé à Londres mais, en 2009, a commencé par travailler à Paris pendant un an. « L’idée était que je comprenne la façon de travailler de l’équipe. Une telle intégration est essentielle

pour les personnes qui doivent ensuite travailler à distance », estime-t-il. Même avec des bureaux à Londres, à Francfort et à Milan, la flexibilité et la disponibilité sont de mise. En moyenne, les membres de l’équipe infrastructure d’Ardian passent ainsi un ou deux jours par semaine à l’étranger. « Vous pouvez très bien être basé à Londres et être responsable d’investissements en Espagne et au Luxembourg », illustre Andrew Liau.

Cohésion

Pour préserver la cohésion de l’équipe, chaque projet est constitué de personnes différentes. « Ainsi, tout le monde peut être amené à travailler avec tout le monde », décrit Benoît Gaillochet. Les nouveaux investissements et les actifs en portefeuille font l’objet de réunions régulières « d’abord en petite équipe puis avec une équipe élargie et une fois par semaine avec l’ensemble de l’équipe, ajoute-t-il. La méthode de travail est véritablement collégiale et du plus junior au plus senior, chacun a l’occasion d’apporter sa contribution ».

Concrètement, l’activité de ces professionnels de l’infrastructure se répartit en trois volets : les relations avec les investisseurs, l’investissement et la gestion des actifs en portefeuille. « Notre temps se répartit différemment selon le moment du cycle d’investissement, à savoir si nous sommes en période de levées de fonds ou d’investissement, précise Laurent Fayollas. Aujourd’hui, l’équipe est principalement concentrée sur les investissements. » Parmi les derniers en date figure l’acquisition de l’aéroport londonien de Luton aux côtés de l’opérateur aéroportuaire espagnol Aena, une opération qui témoigne de la volonté d’Ardian d’être plus actif au Royaume-Uni. « Nous souhaitons aussi continuer à investir dans le secteur aéroportuaire dans le cadre de partenariats avec des industriels en Europe et notamment en France », explique Mathias Burghardt. La prise de participation dans Vinci Park (37,5 %) bouclée en juin dernier, aux côtés de Crédit Agricole Assurances (37,5 %) et Vinci (qui en conserve 25 %), atteste quant à elle l’importance des relations de long terme nouées avec les industriels et les institutionnels. C’est déjà avec Crédit Agricole Assurances (également avec Albertis et la Caisse des dépôts) qu’Axa avait investi dans Sanef à l’époque de la privatisation des autoroutes françaises en 2005. Quant à Vinci, il a choisi Ardian pour l’accompagner dans la construction de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux. « Il est très important pour nous de participer à la construction de nouvelles infrastructures et non pas seulement d’acquérir des infrastructures existantes car c’est ainsi que nous construisons des relations de confiance avec des industriels », souligne Mathias Burghardt.

Mathias Burghardt, managing director, responsable de l’investissement en infrastructure, membre du directoire d’Ardia
Pierre Chiquelin
Son parcours

Mathias Burghardt, 49 ans, diplômé de l’ESCP.

1989 : Crédit Lyonnais, financement de projet en Italie et en Espagne.

2001 : HSBC, responsable des activités de financement de projet en France.

2005 : Axa Investment Managers, création de l’activité d’investissement en infrastructure.

2007 : Ardian (anciennement Axa Private Equity), responsable de l’investissement en infrastructure, membre du directoire d’Ardian France.

Construire des relations de confiance avec des industriels

A lire aussi