Un homme, une équipe

Jérôme Laurre met sa créativité au service des entreprises

le 13/11/2014 L'AGEFI Hebdo

Ce banquier d’affaires a rejoint Aforge Degroof Finance au nom de l’accompagnement global qu’il veut apporter à ses clients.

Jérôme Laurre met sa créativité au service des entreprises
Paul Badaro, analyste chez Aforge Degroof Finance et 3e prix du meilleur mémoire de finance de l’AFTE - Ivan Huet, executive director, Aforge Degroof Finance - Jérôme Laurre, associé gérant commandité, Aforge Degroof Finance - Kevin Allec, ancien élève de l’ENS Cachan, agrégé d’économie et gestion, ancien du Cercle Finance et Stratégie et 1er prix du meilleur mémoire de finance de l’AFTE - Mofdi Gassoumi, executive director, Aforge Degroof Finance
(Pierre Chiquelin)

Un rendez-vous Place de l’Opéra à 7 heures du matin : Jérôme Laurre a trouvé une solution pour concilier son agenda chargé et notre demande d’entretien. Cet associé-gérant commandité d’Aforge Degroof Finance arrive accompagné d’un élève de l’Ecole normale supérieure (ENS) de Cachan, et très vite, au fond du seul café prêt à nous servir à cette heure, la nuit et le grésillement de la radio se font oublier, la discussion s’anime. Jérôme Laurre parle désintermédiation, shadow banking et se prête avec simplicité à toutes les questions... La situation illustre bien la personnalité originale de notre interlocuteur, sa passion à s’exprimer sur les sujets financiers, aiguisée par un va-et-vient permanent entre recherche et monde des affaires, et aussi... une propension à partager ses idées et son temps.

Le plaisir de l’échafaudage intellectuel remonte aux années d’études à l’ENS de Cachan. « ‘L’outil n’est rien, l’acteur est tout’, ai-je commencé par entendre dans cette grande maison, se souvient Jérôme Laurre. J’y ai compris l’intérêt primordial de garder son esprit critique pour faire œuvre de créativité. »

L’innovation appliquée aux fonds propres

L’innovation représente la clé de voûte de son parcours, appliquée notamment aux fonds propres des entreprises. Dans les années 90 chez Indosuez, il initie la régularisation des cours de Bourse des sociétés cotées à travers l’utilisation de techniques optionnelles. « Nous avons alimenté la doctrine de l’Autorité des marchés financiers sur l’utilisation des dérivés par des sociétés pour leurs rachats d’actions », résume Jérôme Laurre. Plus tard chez Barclays, il invente et répand une technique de rachats d’actions selon un mécanisme automatique évitant aux entreprises le risque juridique de délit d’initié, tout en leur assurant un prix avec décote. Autre exemple, pour couvrir les engagements des entreprises en stock-options et leur éviter le portage des titres, notamment en France, il a utilisé des ventes à réméré. « Quand j’ai rencontré Jérôme en 2012, sa réputation le précédait sur le secteur de l’‘equity capital market’ : de nombreuses structures qu’il a mises en place entre 2005 et 2009 ont marqué le marché, relate Ivan Huet, executive director. La plupart des grands groupes les ont adoptées et les banques concurrentes n’ont pas toujours su l’imiter. »

Cette ébullition intellectuelle détermine Ivan Huet, après sept ans passés chez Morgan Stanley et Goldman Sachs, sur les marchés de capitaux, à rejoindre Jérôme Laurre chez Aforge Degroof Finance. Car celui-ci a quitté Barclays, qui a perdu à ses yeux de son dynamisme et son état d’esprit collégial après le rachat par Lehman Brothers, pour d’abord fonder sa propre société de conseil, puis rejoindre la banque Degroof.

Forte de 30 milliards d’euros d’actifs sous gestion, la banque belge avait en effet décidé, en 2012, d’élargir son champ d’intervention en France. « La banque Degroof travaille depuis 140 ans dans la gestion de patrimoine pour des patrons dont le ‘cash’ est immobilisé dans l’entreprise et qu’il faut aider à diversifier leurs risques et préparer la succession ou la revente », explique Jérôme Laurre. Tous les métiers de la banque d’affaires allaient être rassemblés dans la nouvelle entité Aforge Degroof Finance. « L’idée de Jérôme et des banquiers arrivés avec lui a été de développer un dispositif véritable de banque d’affaires avec, en plus des fusions-acquisitons, une offre en dette et actions, la force de frappe de la banque Degroof permettant de servir un large spectre de clientèle, indique Mofdi Gassoumi, executive director. La capacité du groupe à placer ses solutions sur les marchés m’apparaissait déterminante. » De fait, la banque est membre fondateur du réseau ESN sur les actions midcaps et sur la dette, elle dispose d’une bonne capacité de placement au Benelux et au Luxembourg. En France, elle a noué un partenariat avec Octo Finances.

Partager et transmettre

Opération phare conduite avec Jérôme Laurre et les équipes d’Aforge Degroof, le financement innovant d’Assystem : l’ETI dont la capitalisation s’élève à environ 400 millions d’euros a levé l’été dernier 160 millions d’euros en convertibles hybrides, d’ordinaire réservées aux grands groupes. « Nous avons travaillé avec toutes les parties prenantes, l’instrument relevant à la fois de la convertible, de l’hybride et de la dette, relate Ivan Huet. Cette solution en capital très peu dilutive, remboursable à 7 ans à la main de l’entreprise, moyennant un taux de 4,5 %, n’aurait sans doute pas été possible dans une banque traditionnelle, où les spécialistes travaillent en silos. »

Au-delà de ses entreprises clientes et de son équipe, Jérôme Laurre insuffle ses idées à des communautés plus larges. « J’ai eu la chance, dans ma vie, de faire des études passionnantes et d’exercer un métier de banquier qui l’est tout autant. Je souhaite favoriser à mon tour les opportunités d’avancer pour les plus jeunes. » C’est dans cet esprit qu’il a créé « Cercle Finance et Stratégie » en 2011. « Depuis trois ans, dans le cadre du Think Tank, nous menons chaque année, sous la direction de Jérôme, des travaux de recherche sur des thèmes d’actualité, comme la désintemédiation, la finance d’entreprise, la finance publique, explique Kevin Allec, ancien élève de l’ENS. Il nous fait gagner du temps en nous faisant rencontrer des experts du secteur et nous fait partager sa finesse de réflexion en nous orientant vers des sujets d’actualité. » S’il a largement utilisé les modèles pour ses montages, Jérôme Laurre récuse le tropisme trop mathématique des formations économiques et entend apporter aux brillantes recrues de l’ENS une prise concrète sur la vie des affaires et des entreprises.

Mais aller de l’avant, ce peut être aussi s’impliquer dans les débats que soulève l’état délicat des finances françaises. La dette de la France, une faillite politique, tel est le titre sans détour de son ouvrage à ce propos, publié chez Nuvis. Jérôme Laurre s’en prend aux chiffres – proposant par exemple d’exprimer les déficits publics en pourcentage des recettes et non pas seulement par référence au PIB – et parle en même temps d’éthique – la responsabilité des politiques devrait être engagée sur les déficits publics –, les deux démarches allant encore de pair...

Aider des patrons, dont le ‘cash’ est immobilisé dans l’entreprise, à diversifier leurs risques et préparer la succession ou la revente
Son parcours

Jérôme Laurre, 49 ans. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Cachan, agrégé d’économie et gestion, titulaire d’un MBA de la Leonard Stern School of Business de New York University.

1994 : crée le département Strategic Equity d’Indosuez.

1997 : responsable du département Strategic Equity pour l’Europe de BNP Paribas.

2001 : crée l’activité Strategic Equity aux Etats-Unis de BNP Paribas.

2004 : directeur des activités de Strategic Equity et d’Equity Capital Market pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique de Barclays.

2009 : crée Beyond Solutions, société de conseil financier indépendante spécialisée dans les marchés de capitaux actions.

2011 : président-fondateur du Think Tank Cercle Finance et Stratégie.

2013 : associé gérant commandité, banquier conseil auprès des grandes entreprises chez Aforge Degroof Finance.

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