Fusions-acquisitions

Les investisseurs chinois s'imposent dans les opérations tricolores

le 08/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Ils sont désormais armés pour intégrer des transactions déjà engagées, proposer des prix imbattables et tenir des batailles boursières au long cours.

En 2014, la montée en puissance des groupes chinois dans les fusions-acquisitions tricolores n’est pas passée inaperçue. Si les volumes engagés restent relativement modestes – moins de 4 milliards d’euro, selon Dealogic, à comparer aux 13 milliards engagés par les sociétés américaines pour acquérir des cibles françaises –, les opérations sont toutefois emblématiques. Au point de raviver des fantasmes sur l’expansionnisme de la Chine. Notamment quand le deuxième constructeur automobile chinois, Dongfeng, est entré au capital de PSA à hauteur de 14 %. D’un côté, l’apport de 800 millions d’euros de capitaux frais – couplé à un apport similaire de la part de l’Etat – a apporté un bol d’air au groupe automobile en difficulté. De l’autre, les dirigeants de Dongfeng n’ont pas fait mystère de leur intention de « retirer de cet investissement des bénéfices – technologiques et autres – qui [vont leur] permettre de développer [leurs] propres voitures ». Plus récemment, le consortium Symbiose, qui réunit Shandong Hi Speed et le fonds Friedmann Pacific, a acquis 49,99 % du capital de la société d’exploitation de l’aéroport Toulouse-Blagnac qui, comme le rappellent opportunément certains prétendants éconduits, abrite une partie des usines d’assemblage d’Airbus. Enfin, le conglomérat Fosun a désormais toutes les chances d'emporter Club Med après le retrait de l'OPA du consortium mené par Andrea Bonomi (lire aussi l'entretien).

Pour accompagner le développement de leur économie, les entreprises chinoises ont besoin de monter en gamme et d’acquérir des technologies industrielles. Leur intérêt pour des actifs européens et américains est donc logique. Aux Etats-Unis, Lenovo a racheté Motorola et la division serveurs d’IBM (5 milliards de dollars en tout) en janvier 2014. En France, China Huaxin Post & Telecom a acquis la branche d’Alcatel-Lucent dédiée aux équipements et services pour les entreprises. De quoi permettre à certains de leurs concurrents basés en Chine de se renforcer grâce aux transferts technologiques. « Les investissements asiatiques, et en particulier chinois, étant devenus plus compliqués aux Etats-Unis, ces flux ont tendance à se reporter vers l’Europe », ajoute Olivier Pécoux, directeur général de Rothschild. A en croire le « Dragon Index », élaboré par le fonds d’investissement A Capital, la France est devenue, devant le Royaume-Uni, le premier pays d’accueil pour les investissements chinois sur le Vieux Continent au premier semestre 2014.

Selon Dealogic, les banques conseils de groupes chinois à l’initiative d’acquisitions en Europe en 2014 sont Morgan Stanley, suivie de HSBC, Macquarie et Rothschild. « Les acheteurs chinois ont bien intégré les dynamiques des processus M&A, en particulier l’importance qu’accordent les vendeurs à la certitude d’exécution et au respect des calendriers. La crédibilité de leurs offres s’est renforcée et la conséquence logique en est l’accroissement du nombre de transactions qu’ils remportent », indique Alban de la Sablière, managing director chez Morgan Stanley.

Des acquéreurs à capitaux publics

Ces investissements, encore exclusivement en provenance de groupes à capitaux publics, prennent la plupart du temps la forme de prises de participations minoritaires. Il y a quelques années, les entreprises chinoises ciblaient surtout le secteur des matières premières ; aujourd’hui, les groupes visés sont de plus en plus diversifiés. « Le fonds d’investissement chinois Hanfor a examiné avec intérêt le dossier DomusVi, le promoteur immobilier BCL a signé un partenariat de long terme avec Pierre & Vacances, le fonds souverain Safe a tenté sans succès d’acquérir le centre commercial Beaugrenelle à Paris, et les investisseurs chinois regardent les services financiers un peu partout en Europe », énumère un banquier. « Les services financiers sont très réglementés en Chine. Investir dans ce secteur en Europe est une opportunité de développement dans la continuité de leur métier », souligne, quant à lui, Olivier Pécoux.

Début 2014, l’Etat portugais a ainsi conclu la privatisation du premier assureur du pays Caixa Seguros à l'hyperactif Fosun pour un milliard d’euros. Autre exemple : si, jusqu’à présent, seuls les grands hôtels comme le Shangri-La ou le Peninsula attiraient les investisseurs chinois, le fonds américain Starwood Capital a annoncé en novembre qu’il cédait Groupe du Louvre, le numéro deux de l’hôtellerie économique en France (Campanile, Première Classe, Kyriad, Tulip Inn…), à Jin Jiang International. « Le groupe hôtelier chinois a fait preuve d’une grande agilité en s’imposant dans le jeu alors même que le processus de cession était en cours », souligne Olivier Pécoux.

Lorsqu’une acquisition présente un intérêt technologique, les acquéreurs chinois n’hésitent pas à mettre le prix. Pour sa prise de participation minoritaire dans l’aéroport de Toulouse, le consortium Symbiose a accepté de débourser 308 millions d’euros, le valorisant ainsi 18,4 fois son Ebitda 2013 quand le prix de marché pour un tel actif se situe généralement plutôt entre 14 et 16 fois l’Ebitda.

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