L’HOMME CLE, Christophe Bavière, président du directoire d’Idinvest

« Le flux de dossiers est extrêmement dynamique »

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

« Le flux de dossiers est extrêmement dynamique »
Christophe Bavière, président du directoire d’Idinvest.
(DR)

Quel point commun entre la plate-forme de commerce de chaussures Sarenza, le service de musique en ligne Deezer, le fabricant de doudounes Moncler ou encore le site de rencontres Meetic ? Une seule et même société, Idinvest Partners, présidée par Christophe Bavière, qui a permis à ces aventures entrepreneuriales de financer leurs projets et de se faire un nom. « Notre métier est de sélectionner les meilleures entreprises et de les accompagner pour les aider à croître plus vite que la moyenne », synthétise le président. Depuis sa création en 1997, la société d’investissement a ainsi financé plus de 3.500 petites et moyennes entreprises (PME). Un rythme qui ne devrait pas ralentir. « Le flux de dossiers est extrêmement dynamique. L’accompagnement des PME européennes, qui constituent notre cible, par le secteur du non-coté va persister. Sur la seule activité de capital-innovation, nous recevons près de 2.000  dossiers par an et en finançons entre dix et vingt », relate Christophe Bavière.

Dans cet environnement, « depuis cinq ans, nous avons fait évoluer notre modèle en élargissant considérablement les outils de financement des PME, cette tendance ayant vocation à se poursuivre », ajoute cet amateur de voile. Les encours d’Idinvest, qui atteignent aujourd’hui 5,5 milliards d’euros contre 2,5 milliards en 2010, devraient dépasser « prochainement » les 6 milliards. Alors que la société était à l’origine uniquement présente sur les fonds de fonds et sur le capital-innovation, ces pôles représentent

respectivement environ 50 % et 25 % des encours. Dans le capital-innovation, « Nous levons aujourd’hui des fonds institutionnels, avec qui co-investissent nos FCPI (fonds commun de placement dans l’innovation, NDLR), et avons développé trois secteurs (digital, cleantech, santé), dont le dynamisme est impressionnant. Dans le ‘digital’ par exemple, les ‘fintech’ connaissent un véritable essor et pourraient même un jour devenir un secteur à part entière », considère Christophe Bavière. Dans les fonds de fonds, « le modèle a beaucoup évolué, s’enrichissant désormais de fortes proportions de transactions secondaires et d’opérations pointues de co-investissement, et repose à 80 % sur des mandats dédiés sur mesure pour de grands institutionnels », explique-t-il.

Idinvest a ajouté une corde à son arc en développant depuis 2007 des financements dans la dette privée, allant aujourd’hui de la mezzanine à la dette senior en passant par l’unitranche. Dans le contexte actuel de désintermédiation, « le besoin de financement des PME est indéniable », estime ce père de trois enfants. La société d’investissement a par ailleurs été sélectionnée cette année pour gérer l’un des deux fonds Novi, véhicule créé par des institutionnels de la place parisienne pour financer des PME et entreprises de taille intermédiaire françaises.

Un accès privilégié en Chine

Christophe Bavière a accompagné les virages stratégiques de la société depuis ses débuts. Après un passage chez BNP Paribas et à la Caisse des dépôts en tant que trader, le financier rejoint en 1990 le groupe Allianz. Il y occupera différentes fonctions d’investissement et de management avant de prendre la direction, en 2001, de la branche capital-investissement en France, AGF Private Equity, qu’il ne quittera plus. Lorsque l’assureur allemand se sépare en 2010 de l’entité, Christophe Bavière met en œuvre un management buy-out (MBO) avec le concours de l’ensemble des managers, parmi lesquels Benoist Grossmann, membre du directoire. Le MBO est alors soutenu par un acteur du capital-investissement, le groupe Idi, et se rebaptise Idinvest.

Si, à l’origine, les capitaux étaient apportés largement par Allianz, l’assureur a continué à investir dans les fonds d’Idinvest, mais ne pèse plus que 20 % dans les nouveaux encours. La part des institutionnels évolue aujourd’hui autour de 75 %, contre quelque 20 % pour les family offices. « Le solde est apporté par des groupes industriels, qui représentent un atout énorme en termes de réseaux, de mises en contact avec des cibles potentielles et de connaissance des secteurs », souligne Christophe Bavière. Depuis 2010, « nous avons multiplié les contacts avec des groupes français d’envergure internationale (Total, Air Liquide, Lagardère, EDF …). Notre objectif dans les cinq prochaines années est de nouer des liens avec des entreprises industrielles d’origine étrangère. Le timing est bon, il y a aujourd’hui une vraie reconnaissance de la technologie française », juge le dirigeant, ajoutant avoir mis en place un réseau à travers l’Europe pour mieux toucher ces investisseurs, et également permettre de sélectionner les meilleures entreprises sur un périmètre élargi. Basé à Paris, Idinvest a ainsi ouvert au cours des cinq dernières années des bureaux de représentation à Munich, Francfort, Madrid, Dubaï et Pékin.

Dans une logique d’ouverture, Idinvest a d’ailleurs annoncé en juillet le lancement d’une plate-forme visant à favoriser des investissements chinois dans des PME européennes à travers ses activités existantes. « Dans un contexte de croissance économique modéré en Europe, l’un des moteurs de développement pour les PME est la croissance à l’international dans des pays tels que la Chine. Ce programme offrira aux entreprises financées un accès privilégié sur ce marché », explique Christophe Bavière. Cette plate-forme vise 300 millions d’euros d’ici fin 2015 pour un objectif final d’un milliard d’euros. Parmi les autres axes de développement des PME françaises, le dirigeant mise sur l’innovation disruptive, « un domaine d’excellence en France, qui permet de capturer la croissance », ainsi que sur les opérations de croissance externe.

Le rôle des acteurs du non-coté va s’accroître
La part de nos investisseurs hors de France augmente
55 collaborateurs (70 en incluant les consultants et les contrats temporaires), contre 25 il y a quatre ans.

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