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Le capital-investissement s’approprie la démarche ESG

le 13/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Les fonds dédiés commencent à considérer l’investissement responsable comme un facteur de réduction des risques et de création de valeur.

Le capital-investissement s’approprie la démarche ESG
(Fotolia)

Encore accessoire il y a seulement quatre ou cinq ans, la prise en compte des problématiques ESG (environnement, social, gouvernance) est désormais incontournable pour les acteurs du capital-investissement. L’entrée en vigueur de la loi « Grenelle II » a poussé les sociétés de gestion françaises à se saisir du sujet. Depuis la publication des décrets d'application en avril 2012, les sociétés cotées ainsi que toutes les sociétés non cotées de plus de 500 salariés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires doivent publier un reporting RSE (responsabilité sociétale des entreprises) détaillé, et ces informations doivent obligatoirement être revues par un tiers indépendant (à partir de 2016 pour les sociétés non cotées).

« Les fonds de capital-investissement ont intérêt à adopter une approche ESG même lorsqu’ils investissent dans une petite entreprise. Le jour où un groupe soumis aux obligations de la loi Grenelle sera candidat à son rachat, il posera nécessairement des questions sur ses pratiques environnementale, sociales et de gouvernance », prévient Olivier Millet, président du directoire d’Eurazeo PME. Le président de la commission ESG de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) se souvient qu’en 2008, lorsqu’il a commencé à défendre le sujet au sein de l’association des professionnels du capital-investissement, ces derniers étaient pour le moins dubitatifs. « Désormais, la commission ESG créée en février 2013 regroupe une centaine de membres et c’est l’une des plus actives », se félicite-t-il. Parmi ses réalisations, la mise en place d’un guide de reporting ESG considéré comme acceptable par la profession. De quoi transformer la prise de conscience en action effective. L’année dernière, plus de 50 sociétés de gestion françaises ont ainsi accepté de transmettre leurs données ESG sur l’exercice 2013 et le premier rapport consolidé de l’Afic a pu être édité. « C’était une première au niveau mondial. L’ambition pour 2014 est qu’il y ait au moins une centaine de répondants », lance Olivier Millet.

« Il ne s’agit pas simplement de quelques cases à cocher mais plutôt d'un regard complémentaire porté sur la performance des entreprises », assurent Emilie Bobin et Sylvain Lambert chez PwC. De leur poste d’observation privilégié, les consultants remarquent qu’ils sont de plus en plus sollicités pour « faire l’état des lieux des pratiques ESG des entreprises dans lesquelles les fonds investissent et pour aider ces derniers à mettre en place des programmes d’amélioration avec les équipes dirigeantes ». Concrètement, « nous traduisons les indicateurs tels que le taux de turnover, l’accidentologie ou le taux d’absentéisme par exemple en coût financier, ce qui nous permet d’être mieux entendus par les dirigeants des entreprises et de combiner ainsi progrès social et création de valeur », précise Sophie Flak, directrice de la RSE d’Eurazeo. En outre, alors qu’auparavant, seules les prises de participations majoritaires donnaient lieu à ce type de due diligence, c’est désormais aussi le cas des investissements en minoritaire, voire en mezzanine. La dernière étude menée par PwC dans 18 pays confirme le phénomène au niveau mondial : 71 % des sociétés de gestion interrogées effectuent désormais des due diligence ESG au moment d’une acquisition et 50 % par la suite.

Réduction des risques

Les professionnels de l’investissement adoptent notamment l’ESG dans un souci de réduction des risques. « On ne sait pas encore démontrer que l’ESG crée de la valeur. En revanche, cette démarche fait partie d’une bonne gestion des risques », commente Stéphane Bergez, managing director chez ActoMezz, l’équipe mezzanine d’ACG Capital. « Il nous est arrivé de refuser un investissement dans une PME du secteur agroalimentaire car nous n’étions pas à l’aise avec leurs contrôles internes », poursuit-il. Par ailleurs, « l’une des PME que nous accompagnons a gagné un appel d’offres de L’Oréal qui demandait une évaluation EcoVadis (une plate-forme de notation RSE, NDLR). Or nous l’avions déjà depuis trois ans. » Contrairement à la plupart des fonds de private equity, Stephane Bergez considère le levier comme faisant partie des critères  ESG. « Nous nous engageons, dans le règlement de notre fonds, de fonds à ne pas dépasser un certain niveau de levier », explique-t-il. Au risque de rater des opportunités ? « Peut-être, mais nous n’avons pas envie de nous associer à un dirigeant prêt à accepter un levier de 5 ou 6 fois l’Ebitda pour sa société. Dans ces cas-là bien souvent, il suffit d’un retournement de conjoncture pour pour mettre l'entreprise en difficulté », rétorque-t-il.

Dernière motivation, mais pas des moindres : pour séduire les investisseurs, les fonds doivent désormais montrer patte blanche. « Lorsqu’elles sont en 'roadshow', les sociétés de gestion rencontrent de plus en plus d’investisseurs qui les soumettent à des questionnaires ESG et certains, notamment les fonds de pension nordiques, mènent des entretiens poussés », relate Emilie Bobin. « Nos clients cherchent des investissements responsables et exigent une grande transparence de l’information », souligne Jérôme Delmas, directeur général de Swen Capital Partners. La filiale d’Ofi Asset Management (AM) et de Federal Finance a d'ailleurs développé son propre outil de collecte des données ESG, en partenariat avec eFront. OFI AM va jusqu’à décerner des « ESG best practices honours » aux sociétés de gestion de private equity et d’infrastructure mettant en œuvre les pratiques ESG les plus « remarquables ». Antin Infrastructure Partners, Ardian et Qualium Investissement ont ainsi été distinguées l’an dernier. 

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