Deux hommes, une équipe

Amethis Finance normalise le private equity en Afrique

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

A la tête d’une équipe plurielle, Luc Rigouzzo et Laurent Demey investissent les entreprises de croissance avec des fonds privés.

Amethis Finance normalise le private equity en Afrique
Laureen Astrid Kouassi-Olsso, directrice d’investissement - Abel Rossignol, associate - Laurent Demey, managing partner - Nadia Moukaddem, associate - Frank Ndiyo, associate senior - Luc Rigouzzo, managing partner - Khady Koné-Dicoh, directrice d’investissement - Jean-Sébastien Bergasse, 38 ans, directeur d’investissement Hamada Touré, 37 ans, directeur d’investissement Aurélie Pujo, directrice juridique - Eric Ouedraogo, directeur financier Absent : Jean- Thomas Lopez, directeur d’investissement
(Pierre Chiquelin)

Investir sur le long terme en Afrique, mais aussi faire vivre un réseau entre les entrepreneurs de la vieille Europe et ceux de la jeune Afrique : tels étaient les objectifs d’Amethis Finance lors de son lancement en 2011 par Luc Rigouzzo et Laurent Demey. « Toutes nos expériences antérieures nous ont démontré l’importance du temps en Afrique. Nous souhaitions donc lancer un fonds d’investissement en capital-développement de long terme, intervenant en minoritaire, et diversifié dans tous les secteurs (sauf les matières premières et les mines) », explique Laurent Demey, managing partner. Un fonds à capitaux privés, avec des actionnaires impliqués dans une démarche de de rentabilité, car « l’Afrique est aujourd’hui une terre d’investissement privé ». Le dernier credo ? « Etre des financiers responsables dans le privé comme nous l’avons été dans le public », ajoute Luc Rigouzzo, managing partner, qui souligne l’importance de la prise en compte de critères ESG dans les sociétés investies –  sans aller jusqu’au « social impact » de certains acteurs. Dans Amethis, il y a d’ailleurs Afrique, Méditerranée, et Ethique.

L’aventure est rendue possible grâce à un partenariat avec Edmond de Rothschild Private Equity, qui a permis de lever 500 millions d’euros sur une base essentiellement privée (une rareté en Afrique, où les fonds publics nationaux et multilatéraux dominent). 56 investisseurs, dont des family offices et 36 industriels français, marocains et européens, adhèrent au projet, « ce qui offre aux sociétés africaines investies un accès à un réseau de partenaires fantastique ». Autre originalité, Amethis intervient en capital, quasi-capital et dette.

Le fonds vise des entreprises d’une valeur de 50 à 200 millions d’euros, leaders dans les secteurs fournissant des biens et services aux populations urbaines (principalement financier, agro-industrie, télécoms et grande distribution) et en forte croissance. Le fonds entend obtenir des taux de rentabilité interne supérieurs à 20 %. « Un objectif raisonnable, puisque c’est inférieur au rendement moyen de nos opérations », remarque Luc Rigouzzo. Car trois ans après son lancement, Amethis a constitué une équipe de 15 personnes et investi dans 7 sociétés, dont Chase Bank, une banque au Kenya, PétroIvoire, un distributeur de produits pétroliers et gaz en Afrique de l’Ouest, UTB Bank, une banque au Ghana, en dette, et Vélogic, entreprise de transport et logistique à l’île Maurice et dans l’Océan Indien.

Sur le terrain

Pour constituer l’équipe, Luc Rigouzzo et Laurent Demey, qui ont chacun 20 ans d’expérience sur le continent, ont souhaité la pluralité. « Nous sommes tous à la fois Africains et Européens, les Français d’origine de l’équipe ont travaillé essentiellement en Afrique et un peu en Europe, et les membres de l’équipe d’origine africaine ont tous démarré leur carrière en Europe dans des institutions prestigieuses avant de s’investir sur le continent ! », lance Luc Rigouzzo. Par exemple, Khady Koné-Dicoh, Ivoirienne, a travaillé sept ans à des fusions et acquisitions pour Société Générale à Paris ; Eric Ouedraogo, Burkinabé, est un ancien de Rothschild ; Hamada Touré est Sénégalais mais dispose d’une solide expérience au Nigeria ; et Jean-Thomas Lopez a été directeur général adjoint d’un groupe industriel camerounais pendant sept ans.

Les deux managers se sont réparti les fonctions transverses, et sont lead partners sur les transactions. Les investissements sont sourcés via les réseaux historiques des deux professionnels, les banques locales, et surtout une présence constante sur le terrain. Pour cela, cinq directeurs d’investissements, responsables de zone géographique ou sectoriel pour l’une d’entre eux, parcourent inlassablement le continent. Chacun est responsable de trois tâches : l’origination de projets, l’exécution des dossiers en cours (due diligence, négociations…) et la gestion du portefeuille de sociétés, dont la participation à la gouvernance, via la présence au board, mais aussi des contacts permanents avec le management. « La pluridisciplinarité et la capacité à mener ces trois missions clés sont tout l’enjeu du métier », note Laureen Astrid Kouassi-Olsson, une ancienne de Proparco mais aussi de Lehman Brothers, en charge de tout le secteur financier. De son coté, Jean-Sébastien Bergasse, autre alumni de Proparco, est en charge de l’Afrique de l’Est, « mais aussi des opérations originées depuis Beyrouth ; la communauté libanaise est très active dans l’industrie en Afrique  ». Dernière mission : créer des synergies entre les sociétés du secteur financier. « Nous mettons en relation toutes les banques en portefeuille, dans le but de créer de la valeur ajoutée », affirme Laureen Astrid Kouassi-Olsson.

Collégialité

Tous soulignent l’importance de la collégialité – ces professionnels sont d’ailleurs très impliqués personnellement, puisqu’ils sont tous actionnaires d’Amethis. L’équipe se réunit tous les lundis pour partager « [ses] états d’âme, faire le point sur la prospection... ». Chaque responsable peut convoquer un comité de sélection, où tous participent, stagiaires compris, pour discuter des projets. Mais c’est le comité d’investissement, qui réunit des personnalités extérieures dont deux partenaires de la Compagnie Benjamin de Rothschild, qui donne le feu vert. Les étapes suivantes sont classiques : la période de négociations, avec des due diligence très poussées, et doublées d’une analyse indépendante de cabinets externes, avant la prise de décision. « Nous avons construit la gouvernance d’Amethis à partir de 25 ans d’expérience dans des institutions régulées », confie Luc Rigouzzo.

Enfin, Aurélie Pujo, une ancienne d’Emerging Capital Partners, est le general counsel et compliance officer de l’équipe. Un métier qui l’a amenée à structurer le fonds Amethis et sa gouvernance. Car il est à la fois une investment advisor en France, une Sicav Luxembourgeoise et une société d’investissement à Maurice. Aurélie Pujo intervient également sur les projets : « Je suis impliquée très tôt dans un dossier afin d’apporter les meilleures pratiques pour structurer les opérations. »

Amethis investit sur le long terme, mais a vocation à sortir après six ou huit ans. Quatre types de sorties sont envisagées : la vente aux actionnaires (s’il existe une promesse d’achat dans le contrat), la vente à un tiers, la sortie en Bourse, ou sur le marché secondaire « car un véritable marché secondaire est en train de se développer en Afrique, avec des fonds d’investissements locaux », remarque Luc Rigouzzo. Alors que le portefeuille est déjà investi à hauteur de 40 %, Amethis compte sur deux autres opérations en 2015, et regarde des dossiers au Sénégal et au Nigeria. « La croissance est au Sud et est bénéfique pour nous si nous allons la chercher », conclut Luc Rigouzzo.

Nous avons construit la gouvernance d’Amethis à partir de 25 ans d’expérience dans des institutions régulées
Leurs parcours

-Laurent Demey (à gauche sur la photo), 45 ans, Centrale.

1993-1998 : chargé de M&A, Société Générale.

1998-2000 : directeur général Sogebourse (Abidjan).

2000 -2008 : directeur d’investissement puis CIO, Proparco.

2008-2011 : directeur général délégué, Proparco.

-Luc Rigouzzo (à droite sur la photo), 52 ans.

Ingénieur agronome et DESS Finance de l’ITB.

1989-1995 : AFD puis Proparco.

1997-2000 : principal investment officer, IFC.

2006-2010 : directeur général, Proparco.

2000-2006 : divers postes, Agence française du développement.

2010-2011 : directeur de cabinet, ministère de la coopération.

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