Peut –on sauver la zone euro ? Dans son dernier livre, Michel Aglietta, professeur d'économie à Paris Ouest Nanterre et conseiller scientifique au Cepii et Groupama-Asset Management, tire la sonnette d'alarme : « En cette fin d'année 2011, la crise financière européenne a pris une dimension catastrophique», écrit-il dès les premières lignes. Les racines de la crise sont à chercher, selon lui, dans les défauts génétiques de l'euro, une construction inachevée. Et dans les « divergences de compétitivité » entre une Allemagne engagée dans une course aux excédents commerciaux et les autres Etats membres grevés par des déficits commerciaux grandissant. Cette tension est « exacerbée par les aberrations d'une finance privée laissée hors de tout contrôle », vitupère le professeur. D'où son plaidoyer vibrant pour une « union fédérale des pays de l'Europe devenue indispensable ». Ce fédéralisme reposerait sur trois piliers « indissociables », nous explique Michel Aglietta : « faire de l'euro une monnaie complète en modifiant le mandat de la BCE » afin qu'elle joue le rôle de prêteur en dernier ressort ; « construire une gouvernance économique par l'élaboration des budgets faisant dialoguer le niveau européen et les instances législatives nationales ; mutualiser les dettes publiques dans un puissant marché financier d'obligations communes (eurobonds) ». Laurent Chemineau