Sylvain Broyer

Sylvain Broyer

Adjoint au Chef économiste, responsable des prévisions de Natixis

 
Adjoint au chef économiste. Sylvain Broyer a rejoint en 2000 la gestion de portefeuilles puis la banque d’investissement de la Caisse des Dépôts et Consignation, devenue NATIXIS. Il y a occupé à Francfort les fonctions d’analyste fixed income puis d’économiste zone euro, spécialiste de l’économie allemande. En 2007 il est nommé chef économiste Europe, puis adjoint au chef économiste responsable des prévisions depuis 2008. Docteur en économie des Universités de Francfort et de Lyon, Sylvain Broyer a été allocataire de recherche du programme Europe du CNRS (1995-1997). Il a travaillé au Wissenschaftszentrum Berlin (WZB), puis à la chaire de théories économiques à l’Université de Francfort.
 
 

Les marchés se posent la question de savoir si les banques européennes achèteront des titres de dettes publiques après que la Banque centrale européenne les ait noyées sous 489 mds de liquidités, à 1% sur trois ans. La réponse est au mieux mitigée. Il est possible que les banques européennes se laissent séduire par ces carry trades d'un genre nouveau ; c'est le pari que fait la BCE pour justifier son refus de prêter directement aux Etats. Il est surtout possible que les banques européennes remboursent les dettes qui arriveront à maturité l'année prochaine : à 1% la liquidité, l'opération serait des plus rentables vu l'explosion des coûts de refinancement pour les dettes senior bancaires depuis un an (de 100 à 500 pb selon les pays), voire des plus nécessaires pour assainir les bilans alors que le cours des valeurs bancaires est toujours au plus bas. Mais ce n'est pas la bonne question. La vraie question est de savoir si les banques allemandes vont à nouveau acheter de la dette italienne ou espagnole avec ces liquidités. Et malheureusement, la réponse est clairement négative. Sur les marchés, les banques européennes sont aujourd'hui sanctionnées selon la qualité des titres publics qu'elles détiennent. Le graphique ci-dessus l'illustre bien : les fonds monétaires américains ont retiré 140 Mds de financements en dollars aux banques françaises depuis cet été, sur les doutes relatifs au triple A français. Parallèlement, ils prêtent plus aux banques allemandes et surtout hollandaises, dont les finances publiques domestiques leur semblent être plus sûres. Une banque allemande n'a aujourd'hui aucun intérêt à acheter autre chose que des titres allemands. La liquidité BCE n'y change rien. La détention des titres publics par les non-résidents est en recul partout depuis la crise (de 71 à 66% sur la dette française en un an, de 70 à 65% sur la dette allemande en trois ans). Quand cette part ne baisse pas (Espagne, Italie), c'est parce que la BCE se substitue aux investisseurs étrangers.Un tel renforcement du biais domestique des investisseurs signifie que la déconstruction financière de la zone euro a démarré. La circulation de l'épargne est moins fluide, alors qu'un coefficient nul de rétention faisait le plus éclatant succès de l'euro avant la crise. Ceci empêche toute re-convergence des taux d'intérêt à long terme entre pays membres de la zone euro. Un des fondements de Maastricht est en train de céder. Le danger d'éclatement de la zone euro s'est accru.

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