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Deutsche Bank s’attaque à ses bonus

le 27/10/2016

Alexandre Garabedian

Payer des banquiers en monnaie de singe ? Deutsche Bank y réfléchit très sérieusement. La banque allemande, qui publie ce matin ses résultats du troisième trimestre, souhaiterait éviter de verser à ses collaborateurs des bonus en cash. Elle pourrait leur proposer, à la place, de recevoir des actions de la structure interne où le groupe a logé tous les actifs dont il ne veut plus. Au fur et à mesure que la banque liquiderait ces portefeuilles plus ou moins toxiques, les salariés pourraient toucher leur part du gâteau.

L’idée n’est pas si saugrenue. Au plus fort de la crise financière, en 2008, Credit Suisse avait déjà payé les bonus de ses banquiers en prêts subprimes. Les intéressés avaient crié au scandale, mais le redressement des marchés financiers leur avait permis quelques années plus tard d’empocher de belles plus-values.

Pour Deutsche Bank, l’occasion est surtout belle de prouver à ses actionnaires que leurs intérêts sont bien alignés avec ceux de ses traders stars. Après la crise financière, et sous la pression des régulateurs, les grandes banques d’investissement ont déjà réformé leur politique salariale en plafonnant les bonus et en étalant leur versement sur plusieurs années. Mais en valeur absolue, le niveau de rémunération des banquiers les mieux payés fait toujours jaser, d’autant plus que la rentabilité structurelle du secteur ne cesse de diminuer. L’an dernier, Deutsche Bank a ainsi attribué 2 milliards et demi d’euros de rémunérations variables à ses troupes, tout en publiant des pertes. Les actionnaires, eux, ont vu la valeur de leur titre plonger de 40% cette année. Or Deutsche Bank va devoir les convaincre de remettre au pot, si la menace d’une énorme amende aux Etats-Unis l’oblige à réaliser une augmentation de capital de plusieurs milliards d’euros. Le renflouement du groupe vaut bien un petit sacrifice.

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