Les développeurs d’API au cœur du réacteur

le 04/02/2021 L'AGEFI Hebdo

Pour accompagner l’ouverture de leurs systèmes d’information, les banques et les assureurs recrutent des architectes et développeurs amenés à jouer un rôle de plus en plus central au sein des DSI.

Les développeurs d’API au cœur du réacteur
(AdobeStock)

Les API – traduisez « interfaces de programmation d’application » – existent depuis la création de l’informatique. Mais depuis cinq ans, l’« apéisation » des systèmes d’information (SI) s’est imposée comme l’un des enjeux prioritaires pour les directions informatiques (DSI) des établissements financiers. Il faut dire que ces interfaces d’intermédiation sont aujourd’hui partout. « Derrière chaque site internet, application ou service, il y a des API qui permettent d’accéder aux informations relatives aux contrats, de consulter les remboursements, de télécharger une pièce d’identité ou de procéder à une signature électronique », explique Hervé Thoumyre, directeur de la direction de l’expérience clients et des systèmes d’information de CNP Assurances.

Pour mettre en musique cette nouvelle stratégie, les DSI ont musclé leurs équipes de développement. « Au sein de notre guilde de 400 développeurs, 80 travaillent sur les API. Il y a cinq ans, ils n’étaient que 5 », confie Anne Rebuffel, responsable ressources humaines en charge de la DSI d’Axa, qui recrute chaque année entre 150 et 200 développeurs, 20 % d’entre eux étant affectés au développement des API. Certaines DSI ont même revu leur mode d’organisation. « En janvier 2018, face à la nécessité de constituer un catalogue d’API standards sur tous les périmètres de notre SI, nous avons lancé un programme qui a débouché sur la création d’un centre de solutions API, indique Jean-Marie Pédeau, son responsable. Cette structure de gouvernance emploie 7 experts ayant vocation à définir et piloter la stratégie d’‘apéisation’ auprès de la centaine de développeurs d’API. »

Dans les DSI qui ont pour la plupart basculé en mode agile, ces derniers sont partout. « Dans chaque ‘pizza team’ dédiée à un produit, vous avez un ‘product owner’, parfois un ‘UX designer’ (expérience utilisateur, NDLR) et un spécialiste de la cybersécurité, et au moins un développeur d’API », précise Vincent Banyuls, directeur de l’édition logicielle d’Informatique Banque Populaire, qui en a recruté une trentaine ces deux dernières années. C’est dans ce contexte qu’Igor Ponchel, 30 ans, a rejoint en 2018 le groupe comme développeur logiciel après avoir travaillé pendant trois ans dans une SSII (société de services en ingénierie informatique). « Mon travail au quotidien consiste à produire des applications pour les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires qui consomment toutes des API pour accéder au SI des différentes entités, confie ce diplômé du master 2 Miage de l’université Paul Sabatier à Toulouse. La dernière que j’ai développée permet à un conseiller d’initier un dossier de financement pour un crédit immobilier en lui faisant gagner un temps précieux. »

Des profils ciblés

L’agilité des organisations infuse aussi les stratégies de recrutement. « Vous ne trouverez nulle part des annonces indiquant que la DSI d’Axa recrute un développeur d’API, assure Anne Rebuffel. Nous ciblons des ingénieurs informatiques qui doivent tous être capables de développer des API, mais aussi de travailler sur de l’algorithme, de la ‘data’ ou du ‘front’, l’affectation des missions se faisant en fonction de nos besoins et des appétences et compétences de chacun… » Pour enrichir ses équipes de développement d’API, la DSI de Caceis privilégie deux types de profils. « Nous recrutons des juniors en sortie d’école d’ingénieurs ayant une excellente maîtrise de java et .net, fait savoir Mohamed Chinbou, responsable du département d’architecture et innovation au sein de l’IT. Nous avons également besoin de ‘tech leads’ pour encadrer les plus jeunes et travailler en collaboration avec l’équipe qui supervise l’architecture API. » Une équipe composée de profils sensiblement différents. « S’y côtoient des architectes, qui disposent d’une bonne vision de notre SI et de fortes compétences en matière de sécurité informatique, et des experts techniques orientés ‘open source’. Tous ont au minimum cinq ans d’expérience », note Mohamed Chinbou.

C’était le cas de Bilal El Bahri lorsqu’il a rejoint en 2018 le programme API de CNP Assurances comme ingénieur d’études et développement. « Avec mes collègues du centre de solutions API, je mets au point des librairies, rédige des préconisations de ‘process’, assure la mise à jour du portail développeur et publie des tutoriels. L’objectif est de faciliter le déploiement des nouvelles normes et préconisations auprès des équipes intervenant sur les API », confie cet ingénieur de 34 ans diplômé de l’Istia d’Angers qui anime aussi la communauté API en organisant chaque mois un échange sur Skype autour d’une bonne pratique, d’un retour d’expérience…

 Ces développeurs ne sont pas comme les autres. « En plus d’être de bons techniciens, ils doivent aussi bien comprendre les fonctionnalités de l’application sur laquelle ils travaillent, et les usages qui en seront faits par le conseiller commercial ou le client final, souligne Vincent Banyuls. Ils doivent en outre être dotés d’un solide esprit analytique, faire preuve de curiosité et d’agilité, et parler le même langage que les ‘products owners’, qui sont pour la plupart d’anciens banquiers ou collaborateurs de la maîtrise d’ouvrage. »

Bilal El Bahri apprécie la position que lui offre son métier. « J’ai la chance d’avoir une vision globale sur la composition et la complexité du SI et, grâce aux interactions avec les différentes équipes, une bonne connaissance des métiers et services que nous mettons à la disposition de nos clients et de nos partenaires. » Ce positionnement privilégié ouvre d’ailleurs le champ des possibles, comme le reconnaît Hervé Thoumyre : « Un passage par les API constitue une étape intéressante dans un parcours professionnel pour devenir architecte, ‘tech lead’ ou développer de nouvelles expertises dans la cybersécurité ou la signature électronique. Elle peut aussi conduire à des postes de management d’équipes ou de projets. »

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