GÉRANTS - Vive les forts en thème !

le 21/01/2021 L'AGEFI Hebdo

Pour soutenir la croissance de la gestion thématique, les « asset managers » structurent leurs équipes et recrutent des profils très recherchés.

GÉRANTS - Vive les forts en thème !
(Adobe stock)

Portées par une progression annuelle de 30 % des actifs en Europe ces cinq dernières années, les stratégies d’investissement thématiques ont le vent en poupe. « La tendance s’est même accélérée en 2019, avec un boom de 60 % des encours sur un marché qui, avec ses 144 milliards d’euros, représente désormais 4,5 % de la gestion active actions en Europe », note Pierre Moulin, responsable mondial des produits et du marketing stratégique de BNP Paribas Asset Management, qui possède dans son portefeuille une quinzaine de fonds sur des thématiques comme l’innovation, la consommation, la santé, la transition énergétique ou le social.

Pour absorber cette croissance explosive, les sociétés de gestion ont pour la plupart constitué des équipes dédiées. « Aujourd’hui, 41 gérants pilotent nos 14 stratégies thématiques, basées à Genève et Londres, au sein de notre direction de la gestion thématique. Il y a cinq ans, ils n’étaient que 26 », souligne Hervé Thiard, directeur général de Pictet AM France chez qui ce mode de gestion représente désormais un tiers des 180 milliards d’euros d’actifs gérés. Cette volonté de structuration s’est traduite par des politiques de recrutement dynamiques. « Depuis 2019, nous avons accueilli 5 nouveaux gérants afin de renforcer l’expertise de l’équipe sur des thématiques comme l’éducation, l’emploi, le vieillissement de la population ou la technologie responsable , confie Amaury Eloy, directeur des ressources humaines de Sycomore AM. Nous avons également recruté deux analystes ESG (environnement, social, gouvernance), dont l’une possède des compétences en ‘datascience’ qui vont nous permettre de mieux appréhender les enjeux liés à ces technologies responsables. » La société pilote quatre fonds thématiques actions sur les technologies durables, la croissance partagée, le bien-être au travail et la transition écologique et énergétique.

Pour renforcer leurs équipes, les asset managers misent sur des profils internationaux, la gestion thématique étant par définition transverse et mondiale. La plupart des gérants affichent en outre une double expertise en gestion d’actifs et sur la thématique du fonds géré. « Nos gérants thématiques sont aussi des professionnels très aguerris, qui ont entre dix et vingt ans d’expérience, explique Pierre Moulin. Ils ont construit une solide expertise sur leur thème à travers un parcours dans la gestion thématique, les gestions connexes comme le ‘private equity’ ou le ‘principal investment’, ou ont directement participé au développement de l’industrie concernée. »

Etre habité par le secteur traité

Nommé co-gérant du fonds BNP Paribas Energy Transition en septembre 2019 avec son compère depuis vingt ans Ulrik Fugmann, Edward Lees cochait toutes les cases. Après avoir travaillé pendant six ans comme analyste, puis associé chez Morgan Stanley, il rejoint en 2000 Goldman Sachs pour prendre en charge l’activité de gestion thématique. « En 2009, j’ai souhaité donner une orientation plus entrepreneuriale à ma carrière en créant avec Ulrik le ‘hedge fund’ Clear River Capital, puis en 2012 une société de gestion axée sur l’investissement dans les ressources naturelles », confie ce touche-à-tout qui a étudié la physique, les neurosciences, la médecine, la philosophie, l’histoire, les sciences politiques et l’histoire de l’art pendant son cursus à l’université d’Amherst College, et décroché en 2000 le MBA de la Wharton Business School. Un an et demi après avoir rejoint BNP Paribas AM, avec pour feuille de route le développement de l’expertise en gestion thématique, une partie du chemin a déjà été accomplie. Avec son acolyte, Edward Lees a lancé l’été dernier Earth (Environmental Absolute Return Thematic), un fonds dédié à la protection de l’environnement.

Pour évoluer dans cette industrie prospère, la double compétence évoquée plus haut est un prérequis mais elle n’est pas suffisante. « Il faut véritablement être habité par le secteur ou la thématique traités, constate Amaury Eloy. Un bon gérant affiche une curiosité insatiable pour son domaine d’expertise et une vraie volonté d’insuffler de nouvelles idées. A titre d’exemple, Sabrina Ritossa Fernandez, lanalyste ESG dédiée au fonds Sycomore  Happy@Work, est profondément concernée par les droits humains, et a beaucoup œuvré pour les intégrer au cœur de notre processus d’analyse fondamentale des entreprises. C’est aussi sous son impulsion que Sycomore AM a rédigé une politique droits humains qui suit les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, et qui structure notre engagement et notre sélection de valeurs. » « La gestion thématique implique aussi une forte capacité de résistance et de résilience car ce mode de gestion se distingue par des hauts et des bas dans la performance, et un horizon de très long terme », ajoute Pierre Moulin.

De solides qualités relationnelles et des convictions fortes sont également requises pour échanger avec les équipes de gestion, les investisseurs et les distributeurs. « Et comme il faut en plus être capable de ‘digérer’ des contenus très techniques et de travailler avec des modèles quantitatifs, c’est un métier où l’on ne s’arrête jamais d’apprendre, et où on a la satisfaction de contribuer concrètement avec nos décisions d’investissement à l’émergence d’une économie bas carbone plus durable », souligne Edward Lees. Les équipes de gérants se distinguent d’ailleurs par leur très grande loyauté, comme l’observe Hervé Thiard. « Nos 14 stratégies thématiques sont pratiquement toutes pilotées par leur fondateur historique, qui est entouré par des équipes elles aussi très stables. Alors que la plupart de nos fonds ont été créés dès 1995 ou dans les années 2000… »

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