Le brouillard s’insinue dans les NAO 2021

le 24/09/2020 L'AGEFI Hebdo

Les partenaires sociaux du secteur bancaire auront bien du mal cette année à discuter des budgets d’augmentations salariales tant le contexte est inédit et l’avenir incertain.

Le brouillard s’insinue dans les NAO 2021
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« Compliquées », « sans visibilité »... : les négociations annuelles obligatoires (NAO) qui vont démarrer dans la banque déroutent les syndicats. D’autant que, tous secteurs confondus, les budgets prévisionnels d’augmentation pour 2021 divergent selon les cabinets de conseil. Chez Deloitte, ils s’établissent à 1,5 % pour les employés, techniciens et agents de maîtrise, et 1,7 % pour les cadres (contre des enveloppes de respectivement 2 % et 2,3 % octroyées cette année). Plus optimiste, l’enquête Salary Budget Planning de Willis Towers Watson avance un taux d’augmentation d’au moins 2,4 %, selon la moitié des DRH (contre 2,3 % cette année).

Dans le secteur bancaire, cependant, le report des remboursements de crédit des clients professionnels jusqu’à six mois sans frais dans le cadre de la crise sanitaire laisse planer l’incertitude. « Les banques ont multiplié leur coût du risque par 2, 3, voire 4, mais nous savons que beaucoup d’entreprises seront en difficulté, reconnaît Luc Mathieu, secrétaire général de la CFDT banques et assurances. Seront-elles en mesure de rembourser leurs prêts ? Nous sommes dans l’expectative. »

Difficile de savoir ce qu’il sera raisonnablement possible de négocier dans ces conditions. D’autant que les situations sont très diverses. Tant d’une banque à l’autre – « sur le premier semestre, les résultats de BNP Paribas ont été plutôt bons, ce n’est pas le cas de la Société Générale », rappelle Luc Mathieu – qu’au sein même des différents groupes, comme l’expliquait Clémence Lesage, en charge des rémunérations chez Société Générale CIB, lors d’un colloque organisé le 9 juillet sur le thème « Individualisation ou uniformisation des pratiques RH ». « Nous n’avons pas encore de visibilité sur l’impact de la crise sanitaire d’ici à la fin de l’année, disait-elle alors. Nous prévoyons des résultats globalement décevants au niveau du groupe, mais nous avons des activités qui ont réussi à se maintenir, voire à ‘surperformer’. Et ces équipes-là ont des attentes. » Un casse-tête pour la responsable qui, sans avoir de solution définitive, évoquait un équilibre à trouver entre la reconnaissance des équipes performantes et le maintien d’une certaine solidarité à l’égard des autres.

Des signaux au rouge

La prime Pepa (prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, dite « Macron »), ajoute à la confusion car elle est modulable, cette année, en fonction des conditions de travail liées à l’épidémie. Chez BNP Paribas, par exemple, les collaborateurs sur site ont obtenu 400 ou 800 euros, selon le nombre de jours de présence. « C’est une prime de risque plutôt qu’une prime de participation à l’effort de guerre, juge Luc Mathieu. Mais les collaborateurs en télétravail se sont mobilisés comme les autres, dans des conditions souvent difficiles. Sans même toujours bénéficier, dans le cas des nouveaux télétravailleurs, des dispositions prévues dans les accords existants concernant, par exemple, la prise en charge de certains frais. » De quoi, dit-il « altérer davantage le contrat social entre les salariés et leur employeur ».

Dans la branche Crédit Agricole, les signaux pré-NAO sont au rouge. « Nous attendions la ‘prime Covid’ car 85 % des agences sont restées ouvertes et les services des sites ont fonctionné normalement, rapporte Samuel Mathieu, secrétaire général adjoint du Syndicat national de l’entreprise Crédit Agricole (Sneca). La direction nous a opposé une fin de non-recevoir, ce qui ne présage rien de bon. » Ses revendications ? Au minimum compenser l’inflation pour maintenir le pouvoir d’achat des salariés. Mais l’augmentation des risques dans les caisses régionales – que le syndicat attend surtout pour les exercices 2021-2022 – devrait peser lourd dans la négociation, concède-t-il, par ailleurs très inquiet du coup de rabot attendu sur l’intéressement (lire ‘La parole à’).

Les prochaines NAO seront d’autant plus contraintes qu’« elles ne porteront pas uniquement sur les salaires », analyse Franck Chéron, associé conseil capital humain chez Deloitte. Celui-ci anticipe « une discussion plus globale avec le corps social autour de l’emploi ». Frédéric Guyonnet, président national du SNB CFE-CGC, l’admet : « Nous savons d’ores et déjà qu’il y aura des réductions d’effectifs. Les banques y travaillent et commencent à nous y préparer, même si nous ne disposons encore d’aucune information concrète. »

Dans ce contexte, « il faut trouver de nouveaux angles d’attaque, poursuit-il. Nous n’allons pas nous battre pour 0,2 % d’augmentation générale. Mais nous pourrions par exemple proposer des revalorisations pour les salariés que l’on a fait monter en compétences par le biais d’une formation diplômante, ou négocier des enveloppes spécifiques pour les collaborateurs qui ont travaillé davantage pendant le confinement. Nous pouvons aussi imaginer une revalorisation de salaire pour certains métiers en tension du fait d’un turnover, ou des abondements sur les CPF (comptes personnels de formation, NDLR). »

Difficile, pour l’heure, d’affiner le sujet. « Nous sommes encore sur la gestion du protocole sanitaire », confie un représentant syndical de BNP Paribas. Pour la CFDT, l’épisode à venir s’inscrit surtout dans un moment charnière pour les banques. « Cela fait des années que les directions nous expliquent que les résultats ne sont pas assez bons, constate Luc Mathieu. Tout l’enjeu de ces NAO sera de savoir si l’on est capable, dans cette période de crise, de se parler vraiment ! »

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