Coup de froid sur l’emploi à la City

le 10/09/2020 L'AGEFI Hebdo

Les recrutements dans la finance londonienne sont suspendus à l’évolution de la pandémie.

Coup de froid sur l’emploi à la City
(AdobeStock)

Le coronavirus a infecté l’économie britannique. Au deuxième trimestre, le PIB du Royaume-Uni a chuté de plus de 20 %, soit la pire performance parmi les grandes économies développées. Dans un tel contexte, les grandes banques de la City ont dû provisionner massivement durant le premier semestre et restent sous pression pour réduire leurs coûts. HSBC a ainsi décidé de réarmer son plan de suppression de 35.000 emplois sur trois ans, après avoir décidé de mettre en pause cette initiative durant la pandémie.

Selon l’agence de recrutement Robert Walters, seule une dizaine d’établissements financiers aurait procédé à des licenciements secs. Dans le quartier d’affaires de Canary Wharf à Londres, 43 % des entreprises ont placé une partie de leurs salariés en chômage partiel, tandis que 20 % ont eu recours au dispositif de départs volontaires. « Ce n’est pas une crise bancaire mais une crise sanitaire mondiale, rappelle Sam Walters, directeur des services professionnels au sein de Robert Walters. Les élections générales de décembre 2019 et la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) un mois après avaient donné un coup de pouce à l’emploi. En avril, tout s’est effondré. » L’activité de recrutement semble néanmoins avoir connu un léger rebond en juin, principalement dans les activités de support : « Au vu de la réussite du télétravail, les entreprises bancaires ont repris confiance et ont recommencé à recruter », indique Sam Walters. Même constat au sein de l’agence de recrutement Morgan McKinley : le nombre d’emplois vacants dans la finance a décliné de 66 % entre mars et juin cette année comparé à la même période en 2019. Mais en juin, l’agence a constaté une hausse de 72 % des postes : « Les dirigeants de banques et les responsables d’activités doivent continuer à planifier l’avenir de leurs établissements », avance Hakan Enver, managing director de l’agence de recrutement. Le nombre de postes en comptabilité et reporting a progressé à hauteur de 22 % au sein des institutions financières en mai et juin, selon Robert Walters. Les postes technologiques continuent aussi à avoir le vent en poupe : « Au cours des trois dernières années, le nombre de postes ‘high tech’ dans les banques a progressé de 46 % à Canary Wharf, constate Sam Walters. Pour les mois de mai et de juin, nous avons constaté une hausse de 23 % sur une année. »

Une fin d’année incertaine

Le recrutement à distance a parfois constitué une difficulté. « Le processus de collecte des références des candidats s’est avéré beaucoup plus long que d’habitude, explique Hakan Enver. Les entreprises croulaient sous les procédures administratives suite aux différents plans gouvernementaux. » Dans ce contexte inédit, les jeunes diplômés en recherche de stage ou d’un travail ne semblent pas avoir trop souffert : « Les entreprises ont repoussé ou réduit  la durée des stages d’été pour nos diplômés, observe Olivier Bossard, directeur exécutif du MSc Finance à HEC Paris. Mais les responsables RH de nos partenaires d’embauches sont toujours pleinement déterminés à accueillir les diplômés auxquels ils avaient fait des offres. Jusqu’à présent, seules trois entreprises ont reconnu qu’elles ne seraient pas en mesure d’honorer leurs engagements. » Le directeur exécutif remarque que, jusqu’à présent, les banques d’investissement ont joué un « jeu très fair-play » avec les diplômés de HEC : « Certaines d’entre elles, comme Citibank, suggèrent même de faire des offres à tous leurs stagiaires d’été cette année, dans une démarche de solidarité vers laquelle j’essaie d’amener d’autres banques d’investissement. »

Directeur du master of science « Financial Markets & Investments » de Skema Business School à Sophia Antipolis, Tarek Amyuni a constaté les conséquences de la pandémie sur les choix géographiques de ses élèves : « Nos étudiants étaient cette année beaucoup plus enclins à rester en France qu’à partir à l’étranger. » Mais pour les diplômés, les embauches se sont poursuivies : « L’un d’entre eux a été recruté en avril en plein Covid-19, explique le professeur de finance. Son accès aux plates-formes IT et aux plates-formes de ‘pricing’ a été beaucoup moins sophistiqué qu’au bureau et il lui a sans doute été plus difficile de se faire remarquer dans un environnement de télétravail. Il reste cependant enchanté de pouvoir être à Londres et de retourner en entreprise à la rentrée. »

Les professionnels du recrutement s’interrogent désormais sur la trajectoire de l’emploi et les modalités de travail pour le dernier trimestre de l’année : « Les mois d’automne devraient permettre de déterminer l’étendue de la reprise, explique Hakan Enver. La perspective d’un Brexit dur reste une menace maîtrisée dans la mesure où les banques ont mis en place depuis longtemps des plans B. En revanche, la perspective d’un autre confinement pourrait signaler un nouveau coup d’arrêt de l’activité. » Dans ce contexte fluctuant, l’évolution des rémunérations n’est pas non plus tranchée : fin mars, l’autorité de supervision prudentielle, la PRA, avait incité les dirigeants à renoncer au versement de bonus en cash et leur avait demandé de réévaluer les politiques de rémunérations variables durant les prochains mois afin de préserver leur capital. En dépit de cet appel à la modération réglementaire, certains professionnels pourraient bénéficier de bonus substantiels : dans une étude publiée en août, le cabinet Johnson Associates estime ainsi que les opérateurs de marché spécialisés dans le fixed income dans les principales banques de financement et d’investissement mondiales pourraient voir leurs bonus bondir de 25 % à 30 % sur un an, tandis que les spécialistes actions pourraient engranger une hausse de 15 % à 20 % de leurs rémunérations variables.

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