Les avocats d’affaires en ordre de bataille

le 14/05/2020 L'AGEFI Hebdo

Création de « task forces », « closings » dématérialisés, gestion des urgences… les cabinets d’affaires ont réagi pour répondre aux besoins de leurs clients du secteur financier.

Les avocats d’affaires en ordre de bataille
(AdobeStock)

A l’annonce du confinement, les entreprises se sont mises au télétravail à marche forcée. Certains cabinets d’avocats d’affaires parisiens ont cependant vu la vague déferler et pris les devants, à l’instar de la firme Herbert Smith Freehills. « Comme nous avons des bureaux en Chine, en Espagne ou encore en Italie, qui avaient déjà été confrontés à cette situation, nous avons vu très vite la problématique se profiler en France, témoigne Frédéric Bouvet, managing partner du bureau parisien. Nous avons donc créé une ‘task force Covid-19’ à Paris avant même l’annonce du confinement, et nous avons fait en sorte de mettre le bureau en mode ‘remote’ en 24 heures. Dès le dimanche 15 mars, nous avons donc prévenu les équipes afin qu’elles puissent passer prendre ce dont elles avaient besoin au cabinet, et nous sommes officiellement passés en télétravail le lundi soir. »

Présents, même à distance

Le déploiement du dispositif hors les murs s’est également déroulé de manière fluide. « Dès la semaine précédant l’annonce du confinement, nous avons pris des mesures pour faciliter le travail à distance d’une grande partie de nos effectifs, et avons assuré la transition avec seulement quelques personnes sur place, explique Vincent Desoubries, associé. La structuration de notre comité de management autour de quatre grands pôles – finances, RH, transformation et ’risk management’ – nous a permis d’anticiper et de nous rendre opérationnels à distance de manière quasi immédiate. » « Notre réorganisation interne par groupes, plus pertinente pour assurer un management de proximité, est un véritable atout actuellement, complète Mirouna Verban, associée. Cela permet un suivi plus direct, combiné à des cercles de discussion transverses. »

Depuis le début de la crise sanitaire, des closings ont été réalisés de manière totalement dématérialisée. Le bureau de Paris du cabinet McDermott Will & Emery en a notamment réalisé plusieurs via la plate-forme de vidéoconférence Zoom. « Cela nous a demandé beaucoup de préparation en amont car la plate-forme Docusign, sur laquelle nous devions signer, nécessite de suivre un ordre très précis dans les documents, qui sont horodatés, souligne Grégoire Andrieux, managing partner. Mais avec tous les acteurs concentrés derrière leur écran, le gain de temps a finalement été considérable. A tel point que l’on envisage de tenter à nouveau l’expérience post-confinement. »

De quoi permettre aux avocats d’affaires de rester malgré tout opérationnels. Et de continuer ainsi à répondre aux besoins de leurs clients, notamment bancaires et financiers, eux-mêmes en première ligne pour remplir leurs missions auprès de leurs propres clients dans un environnement mouvant et incertain. Entre « task forces » dédiées et publication d’e-bulletins, de notes et de newsletters, les cabinets ont redoublé d’efforts et d’initiatives pour les rassurer et maintenir le lien. « Les choses bougent très vite et cela génère du stress chez nos clients, constate Sami Toutounji, associé chez Shearman & Sterling. Le défi pour nous n’est pas tant de leur faire comprendre qu’ils ont besoin de nous, mais de rendre les sujets abordables et de répondre à leurs questions de la manière la plus efficace possible. »

Besoin d’éclairage

La cascade d’ordonnances prises en application de la loi d’urgence du 23 mars 2020 a notamment donné du fil à retordre aux établissements financiers, qui ont énormément sollicité leurs avocats à ce sujet. « Ces nouvelles règles ont été adoptées rapidement. Un fort sentiment d’urgence relatif à ces changements s’est donc greffé sur tout le suivi classique des opérations », relate Hervé Letréguilly, associé chez Shearman & Sterling. Du côté de McDermott, qui traite essentiellement avec des investisseurs et des fonds de dette, ce sentiment d’urgence s’est également fait ressentir. « Nous avons dû répondre immédiatement à des problématiques nouvelles pour nos clients, glisse Grégoire Andrieux. Les questions ont été nombreuses, notamment en ce qui concerne le mise en place du chômage partiel et des prêts garantis de l’État, la trésorerie, le portefeuille… »

Outre cet éclairage relatif aux mesures d’urgence, les banques ont également sollicité leurs avocats pour la revue d’un certain nombre de contrats avec leurs clients existants, ou pour la distribution des dividendes. « Cet environnement qui change tous les jours préoccupe nos clients, confirme Mirouna Verban. Nous savons par ailleurs que nous allons très vite être mobilisés sur des questions fiscales liées à des opérations de restructuration et de recapitalisation. » « Nous recevons beaucoup de demandes portant sur les tenues d’assemblées au sein des groupes bancaires cotés, ajoute pour sa part Hervé Letréguilly. De manière générale, les banques cherchent également à comprendre les contraintes qui pèsent sur leurs clients ‘corporate’. Cela va donc au-delà des sujets qui les concernent directement. Il y a un vrai souci d’obtenir de l’information et de la comprendre. » 

 

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