FORMATIONS EN FINANCE

GRANDES ECOLES La BFI attire encore

le 24/10/2019 L'AGEFI Hebdo

En dépit du succès des Gafa, les jeunes diplômés continuent à rêver de carrières dans la finance.

GRANDES ECOLES La BFI attire encore

A seulement 24 ans, le parcours professionnel de Claire Noat est déjà bien tracé. Après plusieurs stages dans des banques de financement et d’investissement (BFI) – Société Générale, JPMorgan, HSBC, Goldman Sachs –, la jeune femme, en dernière année du MSc Financial Markets de l’Edhec, sait ce qui l’attend après son diplôme. « J’ai une offre de poste chez Goldman Sachs à Londres en ‘sales trading’ électronique, à partir de septembre 2020, raconte-t-elle. Mes stages ont été un accélérateur dans ma prise de décision car on est ‘dans le bain’ du métier. Mais pour parvenir aux stages, il faut un réseau et, sur ce point, celui des alumni de l’Edhec m’a beaucoup aidé. » Maria Rueda Salazar, de la promotion 2018-2019 du mastère spécialisé ingénierie financière de l’emLyon, est quant à elle en train de faire ses premiers pas dans le M&A. « Je viens d’être recrutée par une banque d’affaires à Lyon. Ce métier est élitiste, le réseau compte beaucoup. Pour y percer, les grandes écoles sont d’une aide précieuse », confie cette Colombienne. Comme beaucoup d’étudiants qui se destinent à des carrières en finance, Claire Noat et Maria Rueda Salazar ont choisi une école de management renommée pour y suivre une formation spécialisée qui leur a permis, non seulement d’acquérir le savoir technique propre à ces activités, mais aussi d’obtenir les clés qui ouvrent les portes des métiers de la BFI, en France et à l’international. Parmi les 414 diplômés de la filière Financial Economics de l’Edhec en 2018 (constituée à 55 % d’étudiants internationaux), plus de la moitié ont choisi de démarrer leur vie professionnelle dans 29 pays différents de leur pays d’origine. Les diplômés français ont été 42 % à suivre cette voie.

« Aujourd’hui, cette filière, qui se déroule sur deux années d’études, compte environ 800 étudiants au total, indique Laurent Deville, qui en est le directeur, 340 en première année, et 460 en seconde année. Nous avons 50 % d’étudiants internationaux dès la première année. Ils viennent d’Europe, d’Asie (Chine, Singapour, Taiwan, Inde), d’Amérique du Nord et latine et d’Afrique. » Malgré les annonces de suppressions d’emplois (Deutsche Bank, Commerzbank, la Société Générale…) et la vague d’automatisation qui déferle dans le secteur, l’intérêt pour les métiers financiers demeure intact. « Nous avons eu 586 candidats pour la promotion 2019-2020 du ‘master in finance’, et 113 étudiants admis », déclare Gérard Despinoy, directeur exécutif de ce master à l’Essec. A l’ESCP Europe, le mastère spécialisé en finance a suscité « plus de 600 candidatures, affirme Philippe Thomas, directeur académique du programme. La promotion 2019-2020 compte 89 élèves d’un âge moyen de 23 ans. » « Nous avions auparavant deux masters spécialisés en finance que nous avons décidé de réunir en une seule formation, sous la forme d’un MSc in Finance, explique pour sa part Jean-Pascal Brivady, professeur directeur académique de ce MSc. Nous avons reçu plus de 500 candidatures et la promotion 2019-2020 rassemble finalement 140 élèves pour 9 mois de scolarité et un stage d’une durée minimale de 4 mois. Il y a deux choix de spécialisation : en finance d’entreprise et en finance de marché. ». Même le M&A, métier connu pour ses horaires difficiles et ses week-ends de travail, continue à séduire les financiers en herbe : « Le M&A est très cyclique et même si l'année 2019 est un peu moins favorable, les étudiants ne sont jamais indifférents à ce métier et je ne vois pas de perte d'intérêt chez eux. Le M&A reste une valeur sûre !», assure Marc Vermeulen, professeur affilié en finance à HEC.

Ecosystème

Les diplômes tricolores accueillent toujours un nombre important d’élèves venus de l’étranger. « Nous avons 53 français, 24 Chinois, 8 Indiens et 28 élèves de 17 autres nationalités », détaille Gérard Despinoy, de l’Essec. « Nos 50 % d’internationaux sont plutôt européens, relève Philippe Thomas à l’ESCP Europe, c’est l’ADN de notre programme, dont une partie se déroule à Londres ; ils viennent de Suisse, de Belgique, du Luxembourg, d'Allemagne... Les candidats chinois ont été moins nombreux cette année, nous en avons trois dans la classe. ». Quant à l’EMLyon, « 35 % sont des internationaux non francophones dans le MSc in Finance, avec 20 nationalités représentées, principalement issues d’Inde, de Chine, et d’Afrique francophone, dit Jean-Pascal Brivady. Nous accueillons aussi des participants d’Europe de l’Est et du Nord, et du continent américain. » Selon le professeur de l’EMLyon, « les programmes français en finance sont attractifs, notamment par rapport aux cursus anglo-saxons. L’écart de coût avec un diplôme américain est de 50 % et il est de 30 % avec un diplôme britannique. » Mais le facteur économique n’est pas le seul à prendre en compte. « L’attrait de notre formation repose sur l’approche pédagogique, un contenu de haut niveau, les perspectives professionnelles et la qualité de l’écosystème », ajoute-t-il.

Face aux changements qui bouleversent les entreprises de la finance, les programmes s’adaptent afin de préserver leur atout le plus fort : leur efficacité en matière d’insertion des jeunes diplômés sur le marché de l’emploi. « Concernant les métiers liés aux activités de marché, nous observons une plus forte demande des employeurs pour une maîtrise des compétences de programmation, note Gérard Despinoy, de l’Essec. Parmi les compétences appelées à être plus recherchées figurent l’analyse de données pour répondre aux exigences du ‘big data’ et une meilleure compréhension des nouvelles utilisations des technologies pour digitaliser des modèles d’affaires afin de répondre au développement des fintech ». A l’Edhec, « nous avons intégré des cours de ‘data science’, de fintech ainsi que des contenus liés à la finance responsable, divulgue Laurent Deville. Nos étudiants s’interrogent sur l’impact que peut avoir l’industrie financière sur la société. Pour y répondre, nous avons par exemple créé un cours de science et finance du climat. » Les formations veulent aussi être à l’écoute des élèves et de leur besoin de prise de recul sur la portée concrète de ces métiers sur le monde qui les entoure. A l’ESCP Europe, en plus de l’intelligence artificielle (IA) « présente dans tous les cours » et de l’augmentation des heures de cours sur les fintech, « nous avons aussi décidé d’aborder davantage la finance positive avec des conférences durant lesquelles des banquiers viennent prendre la parole, explique Philippe Thomas. La technique financière ne suffit plus aux étudiants, ils veulent aussi comprendre l’impact social des métiers de la finance. »

Algorithmes

Un sujet en particulier est sensible pour les formateurs de l’enseignement supérieur. La finance de marché : ce métier devenu algorithmique conserve néanmoins un fort pouvoir d’attraction auprès des jeunes diplômés. « Les métiers de marché sont devenus compliqués en termes de débouchés professionnels ; les volumes d’embauche n’ont jamais retrouvé leurs niveaux d’avant la crise, l’impact de l’IA est très fort, il y a moins de ‘turn over’ chez les professionnels en poste, rappelle Philippe Thomas. Honnêtement, il faut se poser la question de l’offre de formation en France à ces métiers qui représentent aujourd’hui, à Paris et même à Londres, seulement un nombre réduit de financiers alors que les métiers de l’IA font état de besoins élevés en recrutement. »

Dans ce contexte, l’employabilité des élèves dans la finance est une question majeure pour les écoles de management. « Au-delà de l’apport en connaissances techniques, notre préoccupation porte aussi sur l’employabilité et l’intégration de nos élèves sur le marché de l’emploi, confirme Jérôme Troiano, directeur du career centre de l’Edhec. Nous voulons éviter qu’ils s’engagent vers des métiers bouchés ou qui ne recrutent pas. Bien sûr, nous leur disons clairement que le ‘trading’ recrute nettement moins que par le passé, mais il existe malgré tout en finance de marché, des postes en risques, en ‘sales’, ou encore sur les produits structurés ». Tahina Le Goff, issue de la promotion 2018-2019 du mastère de l’ESCP Europe, est parvenue à décrocher, à Londres, un poste dans la salle de marché d’une grande banque d’investissement. « J’y avais déjà fait un ‘summer internship’, précise-t-elle. Le mastère a été décisif pour moi car il m’a permis de passer les ‘assessments’ de recrutement des banques ». L’étape des assessments, ces journées d’évaluation auxquelles les jeunes diplômés sont convoqués pour divers types de tests, est très exigeante dans la finance. « Depuis environ deux ans, les BFI utilisent les entretiens-vidéos pour les recrutements de juniors ; l’IA examine l’attitude du candidat, ses réactions, ses battements de paupière, etc. Nous les entraînons aussi à ce type d’entretien », indique Jérôme Troiano, de l’Edhec. Axel Rhein vient d’intégrer le mastère finance de l’ESCP Europe. Ce Centralien de 23 ans, qui a déjà effectué deux stages en M&A et private equity, postule dès maintenant pour des stages après son diplôme. « Même en étant passé par les classes prépa et Centrale, il est difficile, sans préparation, d’aller loin dans les processus de recrutement des BFI, dit-il. Avec cette formation, je me sens mieux disposé pour les affronter. »

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