Des analystes crédit à bonne école

le 18/07/2019 L'AGEFI Hebdo

Chargée d’évaluer la solvabilité des grandes entreprises, cette fonction essentielle est un bon tremplin dans une carrière.

Des analystes crédit à bonne école
(Adobe stock)

« L’analyse crédit grandes entreprises ou institutions financières demeure une formidable école pour commencer sa carrière, assure Emmanuel Lecossier, responsable RH en charge des directions fonctionnelles de Crédit Agricole CIB (CACIB). Elle permet d’apprendre vite et de découvrir de l’intérieur les rouages d’une banque. » Des ingrédients qui attirent les jeunes diplômés de la finance vers ce métier très prisé.

Camille Gérard, 26 ans, en a endossé l’habit juste après avoir décroché son master grande école à Neoma Business School en 2017. Deux ans après avoir rejoint la direction des entreprises de LCL, elle mesure sa chance. « Je dispose d’une grande autonomie pour gérer un portefeuille d’une trentaine de grands comptes qui réalisent tous plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires et évoluent dans des secteurs d’activité très différents. Etant également amenée à travailler sur des financements qui vont de l’immobilier aux besoins d’exploitation, en passant par les financements structurés, j’ai vraiment l’impression d’apprendre tous les jours. »

Pour alimenter son « pool » d’analystes crédit, la banque de financement et d’investissement du groupe Crédit Agricole s’appuie sur la mobilité interne. « Pour les postes d’analystes juniors, nous puisons en priorité dans notre vivier de prérecrutement : stages, alternance ou VIE », confirme Emmanuel Lecossier. C’est ainsi que Yousra Chaker est devenue analyste crédit spécialisée dans les LBO chez CACIB. « J’ai été nommée à ce poste en août 2018 après avoir travaillé en apprentissage durant une année comme assistante d’un chargé d’affaires spécialisé dans l’aéronautique au sein du département des financements structurés dans le cadre de mon master 2 banque d’investissement et de marché (BIM) à Dauphine. »

Faire preuve de conviction

Rémunérés autour de 40.000 euros en fixe, avec une part variable qui peut aller jusqu’à 10 %, les analystes crédit grandes entreprises juniors sont en général diplômés d’écoles de commerce ou détenteurs de masters 2 spécialisés dans la finance d’entreprise ou la banque-finance. Pour les profils les plus aguerris aussi, CACIB donne la priorité à l’interne. « Sur des fonctions de responsables d’équipe, nous privilégions les candidats qui, après avoir été analystes crédit junior puis senior, sont partis rejoindre d’autres métiers, et décident de revenir à la direction des risques pour donner une orientation managériale à leur carrière, développe Emmanuel Lecossier. Mais nous pouvons aussi être intéressés par des candidats ayant exercé des fonctions commerciales, qui vont apporter à la direction des risques leur expertise client ou leur savoir-faire en matière de structuration d’opérations financières.  »

Pour exercer ce métier, une bonne connaissance des techniques d’analyse financière est un prérequis. « Il faut aussi de la rigueur et un esprit de synthèse pour analyser la stratégie et le modèle économique d’une entreprise, ajoute Céline Grandfils, responsable du développement individuel pour la banque des entreprises, institutionnels et gestion de fortune à la direction RH Ile-de-France de LCL. Des compétences comportementales comme la curiosité, le dynamisme, l’esprit d’équipe, un bon relationnel ou le sens de la satisfaction client sont également indispensables. » Selon Emmanuel Lecossier, mieux vaut savoir faire preuve de conviction. « Un analyste est en effet amené à prendre position et à défendre ses choix devant les comités de crédit. »

Au quotidien, il travaille main dans la main avec un chargé d’affaires qui lui soumet les demandes de financement de ses clients. « Pour ma part, je travaille en binôme avec une chargée d’affaires qui était elle-même analyste crédit il y a quelques années, confie Camille Gérard. Elle connaît parfaitement mon poste et prend le temps de m’expliquer lorsqu’il y a des points particuliers à retenir ou des clauses juridiques complexes. » Une complémentarité qui ne doit pas faire oublier l’essentiel, comme le rappelle Yousra Chaker : « Les commerciaux ont parfois tendance à présenter leurs opérations sous leur meilleur jour, avec des ‘business plans’ qui se révèlent optimistes, même dans les cas de figure où l’on est censé tester le comportement de l’entreprise dans un contexte dégradé. Lorsque les hypothèses ne nous semblent pas réalistes, il nous arrive de demander des ‘stress tests’ complémentaires. »

Un analyste interagit avec de nombreux interlocuteurs. « Je suis régulièrement amenée à travailler avec le service juridique, l’équipe des financements structurés ou les entités du groupe Crédit Agricole spécialisées dans l’affacturage ou le crédit-bail », confirme Camille Gérard. Yousra Chaker apprécie pour sa part la mise en lumière que lui procure son métier. « Sur les opérations les plus risquées ou qui impliquent des niveaux de levier plus importants, je dois défendre ma position devant le comité de crédit, qui est alors présidé par le directeur général ou le directeur général adjoint. »

Cette exposition privilégiée permet d’ouvrir des portes et d’accélérer les carrières, comme le reconnaît Céline Grandfils : « Généralement, au bout de deux ou trois ans, certains choisissent de s’orienter vers des fonctions de chargé d’affaires entreprises ou les financements structurés. » A plus long terme, il est possible d’évoluer vers des fonctions managériales au sein de la ligne métier entreprises ou dans d’autres entités comme la banque privée, le réseau ou les fonctions supports.

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