Immobilier de bureau, cap sur les embauches

le 14/06/2018 L'AGEFI Hebdo

Portés par un marché en forte croissance et de nouvelles demandes de la part de leurs clients, les acteurs étoffent leurs équipes de consultants.

Immobilier de bureau, cap sur les embauches
(Pierre Chiquelin)

Pour répondre aux nouveaux besoins de leurs clients à l’heure où l’immobilier d’entreprise se transforme, les spécialistes du conseil immobilier corporate ont besoin de renforcer leurs équipes. « Nous recherchons des candidats dotés de solides compétences techniques dans leur métier, et qui ont envie de s’investir en mode entrepreneurial dans une petite structure, explique Will Woodhead, PDG de Savills France, qui emploie 120 collaborateurs dans l’Hexagone et devrait accueillir cette année, comme en 2017, une quinzaine de nouvelles recrues pour l’ensemble de ses lignes métiers. Nous apprécions aussi les profils qui ont le sens du client, qui préfèrent dire oui plutôt que non, et qui sont capables de travailler en équipe, d’aider leurs collègues, et de faire passer l’intérêt des autres avant le leur. » Mais au moment où la guerre des talents bat son plein autour des jeunes diplômés, attirer ces profils n’est pas toujours aisé. « En ce qui concerne les diplômés des écoles de commerce, il faut se démener pour les faire venir à nous car ils ont tendance à s’orienter naturellement vers les métiers de la finance », observe le patron de Savills France. « Nous n’avons pas d’idées préconçues en matière de profils, affirme de son côté Philippe Perello, associé gérant de Knight Frank France. Nous recrutons les juniors dans des écoles spécialisées comme l’Ecole supérieure des professions immobilières, mais aussi dans les écoles de commerce, ou des universités comme Paris-Dauphine, Sciences-Po... » Bien sûr, le paramètre immobilier, qu’il soit présent dans le cursus académique ou simplement dans la motivation d’un candidat, est important, mais les qualités d’experts sont aussi recherchées. « Nous aimons bien les profils juridiques, confie ainsi Philippe Perello. La dimension juridique est très importante dans nos métiers, le cadre réglementaire qui s’impose à nous étant de plus en plus contraignant. »

Cooptation

Pour attirer des professionnels plus seniors comme des chefs de projets, le réseau et la cooptation sont les premiers leviers qu’activent les cabinets de conseil en immobilier. « Ces deux canaux représentent même 50 % de nos recrutements », reconnaît Philippe Perello, qui a intégré quinze collaborateurs en 2017 et prévoit dix embauches supplémentaires cette année, essentiellement dans les métiers du capital market et de l’agence. C’est grâce à son réseau que Vanessa Perdreau-Moura a rejoint Knight Frank France en décembre 2017, après avoir travaillé pendant 17 ans comme chargée d’études, puis analyste recherche chez Cushman & Wakefield. « C’est mon ancien manager chez Cushman, recruté par Knight Frank France, qui m’a demandé de le suivre pour l’aider à développer le département recherche qu’il était en train de créer », raconte cette diplômée d’un BTS en action commerciale. Après un parcours en finance, Alexandre Négré a choisi de bifurquer vers le métier du conseil en immobilier d’entreprise. « Après l’obtention de mon mastère spécialisé finance à l’ESCP Europe, j’ai commencé par un “summer internship” au sein de la banque d’investissement de Deutsche Bank à Londres, avant d’enchaîner par un stage de six mois en fusions-acquisitions chez Natixis, explique le jeune homme de 28 ans. Après une parenthèse de six mois comme réserviste au sein de l’armée, j’ai décidé de changer d’orientation et de rejoindre en décembre 2017 JLL, qui m’avait été recommandé par des amis qui y travaillaient. Ces derniers m’avaient assuré que j’y retrouverai le même niveau d’exigence qu’en fusions-acquisitions, l’autonomie et le contact clients en plus. »

Six mois plus tard, les promesses semblent tenues. « J’organise mon agenda comme bon me semble », souligne Alexandre Négré, consultant au sein de l’équipe petites et moyennes surfaces du département agence de JLL. Le matin, après sa revue de presse qui récapitule les levées de fonds, il appelle ses clients afin de savoir s’ils ont eu le temps de jeter un œil à la sélection d’offres envoyée la veille. Le reste de la matinée est consacré à la prospection par téléphone ou sur le terrain afin de repérer des emplacements de bureaux libres. L’après-midi est plutôt dédié aux visites. « Ce que j’aime, c’est la dimension de conseil et le fait de pouvoir accompagner les clients, depuis la définition du cahier des charges jusqu’à la signature du bail », précise le jeune consultant. La capacité à bien gérer la relation avec les clients est un aspect essentiel du métier. « Nous sommes très attentifs aux “soft skills” car nous estimons que l’expertise technique est validée par la formation initiale des candidats, indique Olivier Neuman, associé du cabinet Parella, où les effectifs sont passés de 30 en 2015 à 80 aujourd’hui. Ce que l’on va chercher à détecter, c’est leur agilité et leur autonomie, car après le parcours de formation suivi à l’entrée dans la société, nos collaborateurs sont tout de suite exposés aux clients et évalués sur leur capacité à valoriser chaque dossier. » Manager du pôle expertise de Parella, Baptiste Franceschi assure ne jamais s’ennuyer. « La production des rapports d’expertise, qui consiste à valoriser tous les types d’actifs en fonction des attentes utilisateurs, se révèle un exercice passionnant car chaque immeuble est unique. Il faut également être rigoureux, curieux, et suffisamment polyvalent pour être capable d’échanger avec un directeur immobilier, un architecte ou un artisan qui va poser une moquette », explique ce diplômé du Conservatoire national des arts et métiers, option financement de l’immobilier, qui a toujours travaillé dans ce domaine. D’abord dans la promotion immobilière au Crédit Agricole, puis dans l’expertise. Il exerçait depuis quatre ans au sein du département expertise de BNP Paribas Real Estate lorsqu’il a été contacté, il y a deux ans, par un chasseur de têtes mandaté par Parella pour renforcer ce même service nouvellement créé. « En plus de la maîtrise des techniques de valorisation financière, il faut aussi avoir une appétence pour le commercial et le juridique, les accréditations de type RICS étant de plus en plus souvent demandées par nos clients », souligne le jeune manager.

investissement personnel

Comme souvent dans les métiers de conseil, celui dispensé en immobilier d’entreprise demande beaucoup d’investissement personnel. « Il arrive que les sociétés nous sollicitent avec des deadlines très courtes, confie Vanessa Perdreau-Moura. Or, lorsque vous devez produire dans l’urgence une analyse de marché, il y a forcément toujours un peu de stress car les sources sont multiples, et elles doivent être recoupées et sans cesse mises à jour. » Alexandre Négré reconnaît, pour sa part, qu’il a parfois du mal à déconnecter. « Lorsque je rentre chez moi le soir, j’ai souvent l’impression que ma journée de travail n’est pas terminée car je pense aux clients que je devrai rappeler le lendemain. » Cette pression n’empêche pas les jeunes recrues de se projeter à plus long terme dans cette profession. « Dans cinq ans, deux possibilités se présenteront à moi, prévoit Alexandre Négré, poursuivre ma carrière au sein de l’agence, mais en rejoignant l’équipe mid market qui gère des surfaces de 1.000 à 5.000 mètres carrés, ou intégrer le département investissement à un poste d’analyste. Cela me permettrait de me rapprocher un peu plus de ma formation initiale en finance. » Baptiste Franceschi, qui vient tout juste de prendre le poste de manager de l’équipe expertise de Parella, affiche son ambition : « Mon premier objectif, c’est de faire grandir l’équipe qui est désormais sous ma responsabilité. A plus long terme, j’aimerais, pourquoi pas, intégrer la direction du cabinet en tant qu’associé. » Les « millenials » peuvent d’autant plus inscrire leurs carrières dans la durée que le métier évolue en adoptant des outils de travail high tech. Quand il reçoit ses clients chez JLL, Alexandre Négré les invite ainsi dans la salle « NXT » où s’affiche, sur trois grands écrans, la carte de Paris avec la totalité des offres disponibles. « Pour chaque bien, nous pouvons effectuer une visite virtuelle en 3D, et pour chaque secteur, nous avons le marché des loyers, les infrastructures de transport, la qualité de l’air... », détaille le jeune consultant ravi d’utiliser un tel outil. Et pour cause. « Grâce à cette salle NXT, notre taux de transformation est passé de 40 % à 60 %, et nos clients sont ravis car nous leur faisons gagner un temps très précieux sur les visites ! »  

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