L’alternance à l’âge de maturité

le 03/05/2018 L'AGEFI Hebdo

Pour assurer leur renouvellement générationnel, les banques et les sociétés d’assurance privilégient ce mode de formation comme levier de pré-recrutement.

L’alternance à l’âge de maturité
(Fotolia)

« Trois mois avant la fin de mon contrat d’apprentissage comme analyste au sein du département financement de projets de BNP Paribas CIB (Corporate & Institutional Banking), j’ai signé un CDI qui démarrait en janvier 2018. Je n’ai donc eu aucun stress pour décrocher mon premier emploi qui s’inscrivait, en plus, dans la continuité de mon apprentissage : j’ai été nommée au sein de l’équipe où je travaillais depuis plus de quinze mois .» Chez BNP Paribas, plus de la moitié des 2.000 alternants ont connu en 2017 la même trajectoire que Camille Goure, 25 ans, ingénieure diplômée de l’ESTP qui a choisi de suivre en alternance le programme grandes écoles de l’EM Lyon pour s’offrir la double casquette technique et commerciale. « L’an passé, 54 % de nos alternants ont été embauchés en CDI à la fin de leur contrat d’apprentissage », confirme Jean-Dominique Criscuolo, responsable des partenariats écoles et universités au sein de la DRH groupe de BNP Paribas. Cette « prime » accordée aux alternants est naturelle pour Florence Déchelette, manager RH, diversité et emploi des jeunes chez Generali France. « Si 25 % de nos postes en CDI sont pourvus par des jeunes ayant suivi leur formation en alternance au sein de l’entreprise, c’est d’abord parce que notre dispositif est conçu pour coller à nos besoins de recrutement et faire face à un fort besoin de renouvellement générationnel, justifie-t-elle. Mais c’est aussi parce qu’après avoir investi dans la formation d’un jeune qui a travaillé au cœur des équipes et qui connaît parfaitement tous vos process et outils, vous avez tout intérêt à le garder en CDI lorsque c’est possible. »

Diversité des métiers

Arrivées à l’âge de maturité, les politiques d’alternance reflètent la diversité des métiers. Chez BPCE, le levier de l’apprentissage est activé en priorité pour alimenter les métiers commerciaux. « Ils représentent toujours 70 % de nos recrutements en alternance, souligne Alain Fournier, directeur recrutement et diversité à la DRH du groupe mutualiste qui accueille bon an mal an près de 3.500 nouveaux alternants. Le reste des embauches concerne tous les métiers supports, l’informatique représentant à elle seule 15 %. » L’alternance s’aventure aussi sur des métiers plus pointus, comme l’illustre Marie Dorion. Depuis 18 mois, elle alterne une semaine de cours au sein du master 2 gestion de patrimoine de Paris School of Business et trois semaines au centre de banque privée de la Caisse d’Épargne à Boulogne-Billancourt où elle endosse le costume de chargée d’exploitation. « Mon travail consiste à assister, au quotidien, deux banquiers privés, raconte la jeune femme de 22 ans. Je m’occupe de la gestion courante des comptes, de promouvoir les offres Caisse d’Épargne et partenaires, l’objectif étant de travailler main dans la main avec les banquiers privés, qui se concentrent sur l’accompagnement patrimonial de nos clients. »

Les banques de financement et d’investissement (BFI) se sont, elles aussi, converties à l’alternance. « Depuis plusieurs années, nous embauchons 150 nouveaux alternants tous les ans, la moitié des postes concernant l’informatique et les opérations, 30 % les autres métiers supports et 20 % ceux du front office », détaille Mathilde des Dorides, responsable recrutement et mobilité de Crédit Agricole Corporate & Investment Bank (CA CIB) qui accueille la majorité de ses alternants au niveau master 1 ou 2, en privilégiant les écoles et les universités qui se situent autour de ses deux implantations à Montrouge et Saint-Quentin-en-Yvelines. Julia Durack, a ainsi intégré CA CIB en tant qu’assistante chargée d’affaires LBO en large cap grâce au partenariat signé avec le master banque d’investissement et de marché (BIM) de Paris-Dauphine, une formation 100 % en alternance. « Après mon master 1 finance en formation initiale à Dauphine, j’ai effectué, pendant mon année de césure, deux stages en LBO à la Société Générale et en private equity chez Naxicap, raconte cette jeune étudiante de 24 ans qui suit ses cours les lundis et travaille les autres jours de la semaine chez CA CIB. À la fin de mon année de césure, je ne me voyais pas reprendre mes cours à 100 %. J’avais envie que mon master 2 me permette d’acquérir une année d’expérience en plus. J’ai donc postulé au master BIM car je savais que si j’étais acceptée, j’étais certaine d’être recrutée en alternance par l’une des banques partenaires de la formation. »

L’opportunité d’afficher une première expérience professionnelle sur son CV, avec de grandes chances d’être recruté à la fin de la période d’apprentissage, n’est pas la seule vertu qui attire les étudiants. « L’alternance vous fait aussi monter rapidement en autonomie et en responsabilité, assure Camille Goure. On m’a très vite confié le suivi d’un portefeuille de huit projets dans le secteur de l’énergie et des infrastructures. On m’a aussi demandé de plancher sur des modèles financiers afin d’effectuer des analyses de scénarios. » « Le fait d’alterner entre les cours et l’entreprise permet aussi d’appliquer les connaissances théoriques apprises pendant les cours, ajoute Vincent Meyer, qui a été recruté en CDI en septembre dernier comme contrôleur financier au sein de la direction financière de la BFI
de la Société Générale, après avoir décroché en alternance le master 2 finance de marché de Kedge. L’argument financier entre aussi en ligne de compte. Grâce à l’alternance, j’étais rémunéré et les 10.000 euros de frais de scolarité de ma formation ont été pris en charge par l’entreprise. » Côté rémunération, la plupart des banques et sociétés d’assurances se montrent d’ailleurs généreuses. « Nous offrons à nos alternants des rémunérations qui se situent au-delà des barèmes prévus dans les conventions d’apprentissage, précise Jean-Dominique Criscuolo. D’abord parce que nous souhaitons que ces jeunes collaborateurs puissent concilier études et périodes en entreprise en étant confortables sur le plan financier. Ensuite, parce que nous devons être attractif aux yeux des étudiants. » Chez Crédit Agricole Assurances, un dispositif d’accompagnement a été mis en place. Il commence par une journée d’intégration qui réunit tous les nouveaux alternants. « Et tout au long de leur cursus, des animations leur sont proposées pour leur permettre de développer leur réseau, leur connaissance du groupe et de nos métiers », complète Virginie Villeneuve, responsable marque employeur et recrutement jeunes de Crédit Agricole Assurances.

Rythme intense

Cet investissement consenti par les entreprises vaut aussi pour les étudiants qui, pendant toute la durée de leur apprentissage, sont astreints à un rythme intense. « Pendant deux ans, j’ai passé trois jours à Paris au sein de BNP Paribas et deux jours à l’EM Lyon où habitent mes parents, raconte Camille Goure. Il a donc fallu que je trouve un appartement dans la capitale, et que j’investisse dans un abonnement TGV. » « La gestion du temps pouvait être parfois compliquée, se souvient Akhésa Pallenot, 27 ans, chargée d’études comptables chez Generali France qui a, elle, été embauchée après quatre années d’apprentissage qui lui ont permis de décrocher son DCG (diplôme de comptabilité et de gestion) et son DSCG (diplôme supérieur de comptabilité et de gestion). Souvent, après ma journée de travail, j’étais obligée de travailler pour préparer mes cours du jeudi et du vendredi, le week-end étant consacré aux révisions. Il fallait donc être bien organisée et savoir gérer ses priorités. »

Malgré ces quelques contraintes, l’expérience s’est révélée très formatrice. Recrutée il y a un an et demi en CDI, Akhésa Pallenot est même persuadée que ses quatre années d’alternance ont accéléré sa carrière. « Sans elles, je n’aurais probablement pas pu accéder aussi rapidement au poste de chargée d’études comptables. J’ai aussi bénéficié de la politique de Generali qui privilégie les évolutions internes. Si je n’avais pas travaillé en alternance dans le service, je n’aurais pas eu connaissance de mon poste qui n’a jamais été publié en externe. » De son côté, Marie Dorion aimerait poursuivre l’aventure avec la banque privée de Caisse d’Épargne à la fin de son contrat d’apprentissage
en septembre prochain. « Si l’on m’offre l’opportunité de devenir chargée d’exploitation, j’accepterais avec plaisir car je connais déjà l’équipe et les missions. J’espère aussi que mes deux années d’expérience en gestion de patrimoine et gestion de fortune, acquises pendant mon apprentissage, permettront d’évoluer rapidement vers un poste de banquier privé junior. »

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