Hong Kong, la route du succès pour les Frenchies

le 04/01/2018 L'AGEFI Hebdo

Différentes expertises financières françaises sont recherchées, en particulier dans les nouveaux domaines qu’explore la région.

Hong Kong, la route du succès pour les Frenchies
Exchange Square à Hong Kong, en sortant du Hong Kong Exchanges and Clearing Limited.
(Edwige Murguet)

Les Français qui ont le goût du défi s’épanouissent à Hong Kong et cela se sait. Attirés par cette place internationale parmi les plus compétitives au monde, les financiers qui arrivent dans la région administrative spéciale de la République populaire de Chine (Hong Kong Special Administrative Region, HKSAR) ne sont pas en terra incognita. « Le nombre de Français y est évalué à 22.000 environ (dont près de 13.500 inscrits au consulat). La communauté française de Hong Kong est devenue l’une des plus importantes d’Asie, talonnant Singapour et dépassant celle de Shanghai depuis longtemps, rappelle Eric Berti, consul général de France à Hong Kong et Macao. Quelque 2.000 Français exercent dans la finance (un peu plus de 20 % de ceux qui travaillent), un secteur représentant 20 % des volumes d’affaires de la France avec la HKSAR. » L’une des caractéristiques de cette population française est de s’impliquer fortement dans la vie des affaires : avec ses plus de 1.000 adhérents, la très active Chambre de commerce française du Port au parfum est la cinquième plus grande des Chambres de commerce françaises.

Sans doute bénéficie-t-elle un peu « d’un phénomène de départ, depuis 2015, de filiales d’entreprises françaises de la Chine continentale au profit de Hong Kong », observe Eric Berti. Que viennent-elles y chercher ? Elles apprécient la meilleure sécurité juridique, le «  rules of law » (découlant du principe « un pays, deux systèmes »), la reconnaissance du droit hong-kongais à l’international. De même, le moindre niveau de taxation peut jouer dans cet arbitrage. La situation géographique optimale est aussi un atout. « De notre bureau, nous pouvons nous déployer efficacement dans toute l’Asie, en Chine continentale, en Asie du Sud-Est et en Inde », explique Maud Savary-Mornet, directrice régionale Asie-Pacifique (Apac) chez responsAbility, société suisse de gestion d’actifs spécialisée dans les investissements responsables dans les pays émergents. « L’aéroport international s’est considérablement développé au cours de la dernière décennie. Maintenant, il y a des lignes directes pour la plupart des destinations ! », se réjouit Céline Georges-Picot qui, en qualité de responsable des institutions financières dette de la région Apac chez responsAbility, se déplace régulièrement.

Pour les experts des marchés financiers, l’attraction de Hong Kong vient de son rôle unique de « pont entre la finance internationale et celle de la Chine continentale », souligne Julien Martin, responsable taux et développement des produits de devise du HKEX et directeur général de la Bond Connect Company Ltd. Parmi les initiateurs du Bond Connect – la connexion obligataire directe entre Hong Kong et la Chine continentale lancée le 3 juillet 2017 –, Julien Martin a vu combien il était essentiel de « comprendre les différences culturelles puis de traduire, d’expliquer à chacune des parties les pratiques respectives. Au-delà de connecter deux marchés obligataires, il s’agit de relier deux univers qui ne fonctionnent pas de la même façon ». Egalement fort d’une expérience à Shanghai (2009 à 2013), cet expert de la finance chinoise commente : « La Chine n’ouvre et n’ouvrira ses marchés de capitaux qu’en gardant le contrôle des flux venant de l’étranger. Le potentiel de la place financière de Shanghai est gigantesque. Cependant, celle-ci conduira son expansion selon ses propres règles, avec une préférence domestique. » Dans ce contexte, « Hong Kong, traducteur des pratiques occidentales (légales, d’infrastructures de marché, de gouvernance), et donc pilier fondamental de la modernisation financière chinoise, demeurera la place financière internationale d’importance de l’Empire du Milieu », prédit le directeur général du Bond Connect. Autrement dit, pour un Français expert de la finance de marchés, les débouchés y demeureront bien plus nombreux qu’à Shanghai, au moins pendant les dix prochaines années.

L’art de connecter

D’autres activités liées à la finance mûrissent dans la région, dès lors qu’elles sont associées à une composante de progrès ou d’innovation. Il s’agit de l’assurance, de la finance verte, indissociable de la politique environnementale ambitieuse chinoise, ou, de la fintech (lire le témoignage). Au passage, la montée en puissance de ce domaine de pointe a permis à Hong Kong de démontrer encore sa capacité à épauler les entrepreneurs. L’une des forces de la HKSAR est de « faciliter tous les accès professionnels, à des salons, à des conférences de haut niveau qui ne sont pas réservées à quelques initiés. Il est possible de se moderniser sans interruption, d’améliorer naturellement son système de fonctionnement », témoigne Céline Vidal. Entrepreneuse à succès depuis 2013, la fondatrice et directrice générale de Patrimolink, société accompagnant les investissements immobiliers en France depuis Hong Kong, apprécie « ce décloisonnement, la fluidité des informations. Au Port au parfum, tout le monde se parle ! ».

C’est d’ailleurs cette qualité innée de la mise en relation qui est exploitée dans la participation de la HKSAR à la construction de la Route de la soie du 21e siècle. Une aubaine, cet engagement dans l’initiative chinoise se traduit par la sollicitation de savoir-faire maîtrisés par les Français, de syndication, de services de conservation pour l’Asian Infrastructure Investment Bank, mais aussi de « financement vert ». Pour l’instant, « les problématiques environnementales sont peu traitées à l’intérieur de Hong Kong. Certes, une prise de conscience se manifeste. Les nouvelles générations qui ont étudié à l’étranger, les grandes familles fortunées se montrent plus sensibles aux sujets ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) », relève Maud Savary-Mornet. « Investir dans des actifs avec un effet positif sur le développement (‘impact development’) commence à séduire, c’est une autre option qu’un placement purement financier ou que la philanthropie », expose Céline Georges-Picot.

La jeunesse conquise

L’assurance est un autre terrain où l’expertise des Français est la bienvenue. La mise en place (en 2016) d’un régulateur indépendant du gouvernement, l’IIA (Independent Insurance Authority), chargé d’une remise à niveau de la réglementation, change la donne. Lise Lombard-Dumont, directrice du contrôle de gestion chez Axa China Insurance, décrit : « Le secteur est en pleine transformation. Il apprend à intégrer le facteur risque dans ses calculs de solvabilité, ce que nous savons faire en Europe depuis longtemps. » A Hong Kong, le goût pour le risque est nettement plus prononcé qu’en Occident. « La notion de protection, le rôle social que l’assurance peut jouer sont des concepts nouveaux pour les Hong-kongais mais ils se les approprient rapidement », note Lise Lombard-Dumont. L’assurance-vie et l’assurance-santé ont tout pour plaire, étant données la cherté des soins médicaux de qualité, la faible portée du système de retraite et l’inflation du coût du logement.

Cette situation explique que peu de Français vivent leur retraite au paradis des bauhinias, même si leur départ est un crève-cœur. « La communauté française se caractérise à la fois par sa jeunesse : 80 % des Français de Hong Kong ont moins de 45 ans. Et par son installation dans la durée : 44 % des Français de Hong Kong vivent dans la circonscription depuis au moins cinq ans », détaille Eric Berti. Parfois aidés par un « volontariat international en entreprise » (275 en mission actuellement, dont la moitié dans la finance) ou par un visa « vacances-travail », les jeunes diplômés et les trentenaires jettent l’ancre en nombre. Conquise, Camille Lacroix, chargée du développement commercial de Patrimolink, arrivée dans la HKSAR en 2014, jeune première clerc de notaire (Ecole de Notariat de Lille) diplômée d’un double master asset management de l’Ecole française d’administrations de biens, déclare : « Si je devais donner un conseil à ceux qui partent à Hong Kong, c’est de se préparer à ne pas revenir de si tôt. » A condition de « savoir s’adapter, d’accepter la première opportunité cohérente sans se montrer trop gourmand. Pour pouvoir faire carrière, il faut d’abord démontrer sa compétence », dit-elle. Se révéler dans ce milieu multiculturel vibrant est ce qui attire les Français, sans pour autant renier leur amour du « bien-être ». Sur ce territoire construit à seulement 24 %, il est facile de se ressourcer loin du tumulte citadin, à la plage ou sur les chemins de randonnées de la forêt tropicale luxuriante.

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