Les avocats en herbe mis à prix !

le 14/09/2017 L'AGEFI Hebdo

Les cabinets multiplient les initiatives visant à récompenser les meilleurs étudiants en droit.

Les avocats en herbe mis à prix !
Remise du trophée du meilleur jeune fiscaliste 2017 d’EY Société d’Avocats le 8 juin 2017.
(Christophe Rabinovicci)

Chaque année, ils sont plusieurs centaines d’aspirants avocats ou juristes à déposer leur candidature auprès d’un grand cabinet dans le but de devenir le nouveau lauréat de l’un des nombreux prix qui existent aujourd’hui chez les avocats d’affaires. Ou, tout du moins, de figurer sur le podium final. A la clé, des récompenses en espèces sonnantes et trébuchantes – jusqu’à 6.000 euros – mais aussi des stages rémunérés, voire une proposition de collaboration pour le vainqueur. Une seule condition : être titulaire d’un M1, souvent complété par un cursus dans une grande école ou une université étrangère. Le précurseur en la matière ? Freshfields Bruckhaus Deringer et son désormais célèbre prix Freshfields du meilleur étudiant juriste d’affaires, créé en 1989, qui a depuis inspiré bon nombre d’autres cabinets : Ernst & Young et son trophée du meilleur étudiant fiscaliste, Allen & Overy et son prix juridique & fiscal à destination des étudiants de HEC, ou encore Jones Day et son prix du meilleur binôme en droit des affaires, créé il y a trois ans en partenariat avec l’Essec et Paris II.

Accélérateur de carrière

Le déroulement de ces prix diffère légèrement d’une firme à l’autre. Généralement, les postulants sont admis sur dossier avant de passer une épreuve écrite sur un thème juridique, suivie, bien souvent pour les demi-finalistes, d’un grand oral sur des sujets d’actualité, afin que le jury puisse cerner leur personnalité. A la fin, les finalistes sont départagés lors d’une cérémonie de remise des prix au sein même des cabinets ou dans un lieu prestigieux. Parmi les membres du jury, on trouve des associés du cabinet organisateur mais aussi des directeurs juridiques, des universitaires, des représentants des autorités de régulation ou encore des dirigeants de grandes banques et de fonds d’investissement. L’occasion rêvée pour les candidats d’entrer directement en contact avec des professionnels de renom tout en évaluant leur niveau par rapport aux autres étudiants. Par ailleurs, le titre de lauréat atteste les compétences et la compétitivité du candidat et permet donc de valoriser significativement un CV dès la sortie de l’université. C’est le cas pour Adhémar Autrand, 25 ans, lauréat 2017 du prix Freshfields. « De nombreux avocats que je rencontre et à qui je dis que j’ai gagné ce prix me proposent de leur envoyer mon CV, raconte-t-il. Avant de me lancer, je n’imaginais pas à quel point cela susciterait l’intérêt des recruteurs. » A la rentrée, il suivra les cours de l’EFB* avant d’effectuer son stage final chez Orrick Rambaud Martel, auprès duquel il s’était déjà engagé avant la proposition de collaboration de Freshfields découlant de son prix. Mathieu Ferré, vainqueur en 2013 du trophée du meilleur jeune fiscaliste organisé par EY Société d’Avocats, ainsi que du « young tax professional of the year » qui s’est tenu la même année à Copenhague, reconnaît également la valeur ajoutée d’une telle distinction : « Ce prix m’a permis de sortir du lot et d’acquérir une certaine légitimité face à des étudiants issus des formations les plus réputées en droit fiscal, alors que, de mon côté, je sortais d’un master 2 à Toulouse ayant moins de visibilité. » Aujourd’hui, il exerce au sein du centre d’études juridiques et fiscales d’EY en tant que juriste fiscaliste.

Une grande visibilité

En effet, ces prix permettent également aux cabinets de choisir en quelque sorte l’élite des étudiants pour venir gonfler leurs rangs. Anne-Caroline Payelle, lauréate en juin 2009 du prix Allen & Overy/HEC, exerce ainsi depuis six ans en tant que collaboratrice senior au sein du département corporate du cabinet qui lui a donné sa chance. « Dans le jury, il y avait des associés d’Allen & Overy mais aussi des responsables juridiques et des banquiers d’affaires. Ce genre de prix offre une grande visibilité, et c’est une occasion unique d’aller à la rencontre de professionnels », confie-t-elle. Stéphane Baller, associé chez EY Société d’Avocats en charge des trophées depuis 2002, ne cache d’ailleurs pas, que lors de la création du prix en 1995, l’objectif clairement visé était de recruter pour Andersen. « Ces trophées permettent véritablement de détecter des talents, souligne-t-il. Les quatre finalistes se voient proposer des stages au sein du cabinet ou dans des entreprises clientes. Nous leur donnons les clés pour choisir. » Philippe Delelis, associé en charge de la coordination du dernier prix Jones Day, évoque pour sa part une « visibilité académico-pratique ». « Nous visons l’institutionnalisation de Jones Day dans le milieu académique, et nous recherchons également des juristes d’affaires qui auront de solides bases théoriques et sauront réagir au mieux lors de mises en situation réelles », explique-t-il. « La création du prix en 2004 nous est apparue comme un bon outil afin d’avoir un relais auprès des étudiants de HEC, et pour gagner en notoriété auprès des grands acteurs de l’économie que sont les anciens de HEC », affirme de son côté Jean-Claude Rivalland, managing partner d’Allen & Overy Paris.

En plus d’être des « aimants à talents », ces prix permettent donc de mettre plus en lumière les sociétés qui en sont à l’initiative. Une véritable vitrine destinée à la fois à attirer les étudiants et à briller auprès des clients. « Même si la communication institutionnelle sur la marque du cabinet est devenue moins nécessaire, le prix Freshfields est toujours un outil de promotion dans la mesure où il permet de faire connaître notre structure au sein de la population étudiante. C’est également un outil de gestion de la relation client puisque, à cette occasion, nous accueillons un certain nombre de directeurs juridiques », atteste Dimitri Lecat, associé chez Freshfields. Dans la course à l’organisation de ces prix, les étudiants ne sont pas les seuls à entrer en compétition…

*Ecole de formation professionnelle des barreaux de la Cour d’appel de Paris.

Ces trophées permettent véritablement de détecter des talents
STEPHANE BALLER, associé chez EY Société d’Avocats en charge des trophées depuis 2002

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