Je conseille… mon entreprise !

le 31/08/2017 L'AGEFI Hebdo

En première ligne pour guider les acteurs de la finance dans leurs projets, le métier du conseil interne constitue un tremplin de carrière.

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Pour dynamiser votre parcours professionnel, arrêtez-vous à la case « consultant interne » ! A l’image de l’inspection générale, le conseil interne s’impose, lui aussi, comme un tremplin pour accéder rapidement à des responsabilités importantes au sein des institutions financières. « Parmi nos anciens consultants, nous avons deux directeurs de cabinet de membres du ‘comex’, le directeur adjoint produits paiements & cash management, le ‘chief operating officer’ du département coverage de SG CIB… », énumère Geoffroy Dallemagne, directeur de SG Consulting, la structure dédiée au conseil interne de la Société Générale qui a vu ses effectifs bondir de 35 à 100 collaborateurs en cinq ans.

L’attractivité du métier est étroitement liée à l’exposition privilégiée qu’elle offre auprès du top management. « Toutes nos missions sont sponsorisées par les membres du comex ou leur N-1, souligne Isabelle Kokoschka, directrice de l’organisation chez Allianz France. Cette visibilité directe auprès des plus hauts dirigeants ouvre incontestablement des portes. » Les consultants internes effectuent des missions au sein de toutes les entités afin d’accélérer les transformations, améliorer l’organisation, optimiser l’efficacité opérationnelle et commerciale… L’équipe de SG Consulting a ainsi notamment piloté plusieurs programmes d’économies du groupe pour un montant supérieur à 2,5 milliards d’euros et l’intégration d’acquisitions comme Newedge et Kleinwort Benson. « Ils connaissent donc parfaitement les rouages et la complexité d’un groupe comme la Société Générale, commente Geoffroy Dallemagne. Et comme ils ont l’habitude de coopérer et de piloter des équipes, ils développent des compétences et une agilité qui se révèlent précieuses quand ils aspirent à des postes à responsabilités. »

Accès au top management

Ceux qui aspirent à ce métier savent qu’il ne constitue qu’une étape dans leur carrière. Les consultants internes restent en général trois ou quatre ans en poste avant de voguer vers de nouveaux horizons. Guillaume Starzynski, 34 ans, était sur le point de devenir senior manager chez Accenture lorsqu’il a été recommandé par un ancien responsable de son employeur, passé chez Allianz France, pour devenir responsable de compte au sein du pôle non assuranciel de la direction de l’organisation. « Ce qui m’a séduit, c’est la perspective de continuer à exercer mon métier de consultant au sein d’une structure qui allait me permettre de me forger une vision complètement transverse de la transformation d’un groupe comme Allianz, explique ce diplômé d’Audencia qui a commencé sa carrière comme analyste risque crédit au sein de la banque d’investissement de la Société Générale avant d’intégrer Accenture en 2007. La dimension managériale du poste, qui impliquait de diriger une équipe d’une dizaine de consultants internes, est aussi entrée en ligne de compte ».

Au sein de la direction de l’organisation d’Allianz France, 10 % seulement des nouveaux consultants internes sont recrutés, comme Guillaume Starzynski, dans de grands cabinets de conseil, le plus souvent par recommandation. « La mobilité interne représente 90 % de nos embauches, précise Isabelle Kokoschka. Il s’agit en général de collaborateurs qui ont entre dix et quinze ans d’expérience au sein du groupe, et qui ont développé une expertise en passant par des fonctions telles que l’audit, les opérations, la souscription ou le digital. » Chez SG Consulting, qui recrute en moyenne entre 20 et 30 nouveaux consultants par an, la moitié des postes est aussi pourvue par la mobilité interne. C’est ainsi que Jérôme Lepagnol, 46 ans, a rejoint l’entité comme consultant senior en 2014. « J’étais chef de projet informatique au sein de BDDF (banque de détail France, NDLR) lorsque j’ai croisé l’équipe de SG Consulting lors d’une grande réorganisation, se souvient ce diplômé de Centrale Lyon qui a d’abord travaillé chez l’éditeur de logiciels PeopleSoft avant de s’orienter, en 2007, vers la banque au logo rouge et noir. Après cette mission, on m’a proposé un poste qui consiste, entre autres, à piloter la coordination des bascules techniques complexes. » En trois ans, il a réalisé une dizaine de missions, dont beaucoup ont concerné des sujets réglementaires. « J’ai par exemple coordonné l’inspection menée par la Banque centrale européenne (BCE) pour valider une évolution du modèle de risque opérationnel. Mon rôle consistait à être le point de contact unique pour les inspecteurs et pour toutes les entités concernées au sein de la banque. Je devais aussi m’assurer de la qualité des documents fournis aux inspecteurs, et effectuer un reporting quasi quotidien aux sponsors du projet. » En tant que manager du centre d’excellence assurances-dommages d’Axa Group Solutions, Arnaud Ranson, 38 ans, dirige, lui, une équipe de 19 consultants IT internes. « Je dois passer 70 % de mon temps à piloter des ateliers stratégiques ou opérationnels, comme celui en cours sur l’accompagnement IT de la transformation de notre modèle de gestion des sinistres, explique cet ingénieur de l’école des Mines de Saint-Etienne qui a commencé comme consultant dans l’assurance avant d’intégrer une entité d’Arcelor comme responsable des systèmes d’information, puis de créer, en 2005, sa propre société de conseil en systèmes d’information. Le reste de mon temps est consacré au management et au développement de mon équipe. »

Le métier de consultant interne présente des similarités avec celui de consultant externe. « En termes de méthode de travail et de posture, c’est sensiblement la même chose », confirme Sophie Jolain-Roque. Cette diplômée de Skema a rejoint il y a plus d’un an la direction de l’organisation de Generali comme responsable de portefeuilles de projets après neuf années passées chez DXC Technology, un cabinet américain de services en informatique. « Ce qui change, c’est que nos missions s’inscrivent dans la durée. Lorsque je formule des recommandations, j’accompagne souvent le client interne dans leur mise en œuvre et j’assure un suivi pour valider leur pertinence, ce que font rarement les consultants externes. » Autre spécificité : un consultant interne évolue le plus souvent seul ou en binôme. « On est donc plus exposé qu’au sein d’un cabinet externe où l’on est entouré d’une équipe de consultants », précise cette professionnelle.

International et intrapreneurial

La dimension internationale du métier est appréciée, comme le confie Arnaud Ranson : « Les ateliers réunissent des personnes basées en Allemagne, en Belgique, à Hong Kong… Je voyage d’ailleurs très régulièrement en Europe ou en Asie. » Le manager d’Axa Groupe Solutions aime aussi le côté intrapreneurial de son poste. « Depuis mon arrivée en 2015, j’ai pu développer de nouvelles activités qui n’existaient pas. J’ai un peu le sentiment d’être le patron d’une start-up qui bénéficie du soutien de l’ensemble des fonctions supports. » Jérôme Lepagnol met, lui, en avant la solidarité entre les consultants. « On n’hésite pas à se rendre service les uns et les autres lorsqu’il y a des sujets compliqués à traiter, ou à se mobiliser pour faire avancer les projets internes. » Cette cohésion tire aussi sa source dans la pression sur les horaires, la disponibilité et la réactivité. « Il y a une forme d’exigence qui fait que l’on peut très vite être tenté de fournir beaucoup plus que ce qui est attendu », observe Jérôme Lepagnol qui est déjà passé à l’étape suivante. Il vient de quitter SG Consulting pour rejoindre le département modélisation risque de crédit en tant que data scientist. « C’est pendant la mission d’inspection de la BCE que j’ai croisé cette équipe qui conçoit des modèles mathématiques et statistiques. Ayant trouvé cet univers très intéressant, j’ai demandé et obtenu une formation certifiante de six mois à l’Ensae pour devenir ‘data scientist’. Mon certificat en poche, je suis allé proposer mes services au directeur du département. » Pour lui, le passage par le conseil interne aura été déterminant. « Si j’étais resté à la direction informatique du groupe, je n’aurais probablement jamais su que ce poste existait, et je ne me serais jamais fait remarquer par celui qui est aujourd’hui mon nouveau patron… »

Les atouts du consultant interne : sa connaissance de l’environnement de l’entreprise et sa capacité à identifier les interactions entre les entités.
Isabelle Kokoschka
J’ai le sentiment d’être le patron d’une start-up qui bénéficie du soutien des fonctions supportS
Arnaud Ranson

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