Un vent nouveau souffle sur les « family officers »

le 15/06/2017 L'AGEFI Hebdo

Cette profession qui cultive la discrétion s’ouvre aux jeunes profils et suscite des vocations entrepreneuriales.

Un vent nouveau souffle sur les « family officers »
(Fotolia)

Le métier du family office attire ! Banquiers privés, avocats, juristes, notaires, spécialistes du private equity..., tous expriment de plus en plus d’intérêt pour rejoindre cette profession très discrète et souvent méconnue où des « family officers » gèrent les patrimoines de grandes familles fortunées. Leur spécificité ? La variété de leurs domaines d’intervention : la gestion patrimoniale au sens large (immobilier, instruments financiers, sociétés, fortune personnelle...), l’acquisition et la cession de biens, la transmission, et même la gestion privée et familiale (personnel de maison, écoles des enfants, nourrices, etc.). « Le ‘family officer’ est un coordinateur, précise Laurent de Swarte, cofondateur d’Agami Family Office, où 30 collaborateurs à Paris et à Lyon accompagnent plus de 150 familles et entrepreneurs. Il s’appuie en interne sur des équipes de spécialistes (ingénieurs patrimoniaux, spécialistes du private equity, conseillers en investissement, de l’immobilier ou de la philanthropie…) afin d’imaginer les meilleures solutions pour le client qui seront mises en œuvre par l’écosystème de ce dernier : avocat, notaire, expert-comptable, banquier privé… »

Parcours juridiques

Traditionnellement réservé aux professionnels très seniors car il est nécessaire de maîtriser toutes les problématiques liées à la gouvernance familiale, le métier s’ouvre aussi à présent à des profils plus jeunes. « L’expérience et la maturité sont des prérequis c’est vrai, mais on trouve des trentenaires dans les ‘family offices’ », note François Mollat du Jourdin à la tête de MJ & Cie, un des plus anciens multi-family offices français créé en 2001. Ainsi, Clarisse Josse était notaire avant de rejoindre Agami il y a un an. « En 2016, j’ai eu 32 ans et je me suis remise en question sur le plan professionnel, raconte-t-elle. J’ai eu envie de changement, dans un contexte où le législateur impose désormais beaucoup de nouvelles contraintes aux notaires. Il y a beaucoup de travail administratif et le temps manque pour apporter du conseil ‘pur’ au client, d’où une frustration dans mon métier. Alors j’ai réfléchi aux sociétés où je pourrais capitaliser sur mon expérience du notariat et utiliser mes compétences. C’est ainsi que j’ai contacté Agami pour leur envoyer ma candidature. Je suis arrivée au bon moment : ils cherchaient justement à recruter. » La jeune femme qui déclare « avoir retrouvé du sens » dans son travail constate que les parcours juridiques sont tout à fait adaptés à l’univers du family office très imprégné par la dimension de conseil et de relation de proximité avec les clients : « Les avocats et les notaires sont très tournés vers le conseil, il n’y a pas de sous-jacent commercial comme dans d’autres professions. Je vois souvent d’anciens avocats ou notaires rejoindre des ‘family offices’. » « Ce qui est important dans ce métier, c’est de pouvoir développer sa clientèle, il faut avoir l’esprit entrepreneurial et les jeunes profils ont souvent cet état d’esprit », observe, pour sa part, Arnaud Gosset-Grainville, associé-gérant de Sagis Asset Management qui propose des services de family office à des clients particuliers.

Reconversions

Par ailleurs, à l’heure où la banque privée traverse une période de turbulences (baisse de la rentabilité, accroissement de la réglementation, « digitalisation »…), les banquiers patrimoniaux sont nombreux à vouloir se reconvertir dans un family office où l’univers de travail leur paraît familier. Mais l’adaptation ne va pas forcément de soi. « Nous recevons beaucoup de candidatures ! Y compris de jeunes professionnels de la finance et de banquiers privés », confie Laurent de Swarte. Après cinq recrutements en 2016, sa société prévoit encore cinq embauches cette année. « Le fait de venir de la banque privée n’est pas un critère, prévient le dirigeant. Un banquier privé expérimenté qui a vécu de la vente de produits aura parfois du mal à s’imprégner de la dimension conseil de notre métier… » « Nous avons recruté de nombreux spécialistes dont des banquiers privés, indique de son côté Charles Bienaimé, membre du directoire de Meeschaert Family Office. Et aussi des juristes, des fiscalistes et des experts en private equity. Les compétences de ces professionnels chevronnés sont nécessaires pour conseiller les familles en matière d’investissement et de structuration patrimoniale de plus en plus internationale. »

Aujourd’hui, un élément nouveau bouscule le métier traditionnel du family office : l’arrivée d’acteurs aux modèles inédits… où les tempes grisonnantes et les costumes cravate cèdent la place à des looks de jeunes Parisiens branchés. Un changement qui n’est pas anecdotique puisque les créateurs de ces nouvelles structures cherchent à capter une clientèle de jeunes entrepreneurs (lire aussi le témoignage). Les créateurs d’entreprise qui ont fait fortune ont en effet des attentes assez sophistiquées concernant leur patrimoine. Très occupés par leur vie de dirigeant d’entreprise, ils veulent en outre dialoguer avec des professionnels qui leur ressemblent. Avec, bien sûr, tous les outils des temps modernes. Exit l’e-mail ! La messagerie instantanée WhatsApp, les SMS, et même des applications mobiles dédiées, sont utilisées par ces family offices 3.0. « Il est vrai que les jeunes chefs d’entreprise sont une clientèle nouvelle pour les ‘family offices’. Il faut s’adapter à leurs modes de communication, confirme Laurent de Swarte. Ils ont également besoin que nous pilotions leur patrimoine professionnel et immobilier, nous avons développé ces deux activités. »

Esprit start-up

A 39 ans, Julien Magitteri est le président de Fair/e, créée en 2016. Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, ce jeune dirigeant a travaillé plusieurs années dans la banque privée. « Se distinguant des structures plus traditionnelles du ‘family office’, Fair/e, fondée par cinq entrepreneurs, a le souhait d’accompagner des fortunes nouvelles, chefs d’entreprise ou cadres dirigeants, dont les patrimoines se situent entre 3 et 30 millions d’euros, explique-t-il. Au-delà de ce seuil, nous accompagnons nos clients et nos prospects vers les solutions proposées par Intuitae, actionnaire avec lequel nous partageons les mêmes convictions (éthique, confidentialité et conformité). » Neuf mois après sa création, ce family office à l’esprit de start-up a collecté 100 millions d’euros auprès de 14 cercles de familles ou groupes d’associés. La moyenne d’âge de ses clients, situés à Paris et en province, est de 39 ans. « Fair/e est une structure innovante et très digitale, souligne Julien Magitteri. Nous utilisons une application mobile, permettant de consolider l’ensemble des avoirs de nos clients, même à l’international (l’outil ne permet pas d’effectuer des transactions). Et je ne souhaitais plus d’e-mails ! Donc grâce à cette application, le client peut nous solliciter en direct à tout moment et déposer des documents, ou consulter des fichiers que nous lui avons adressés en toute sécurité et confidentialité. » La société a aussi mis au point un outil interne de comparaison des performances financières de l’ensemble des banques et des sociétés de gestion et utilise la signature électronique « afin de faire gagner du temps à nos clients et faciliter leurs opérations », précise son président.

Les acteurs du family office se préparent à d’autres évolutions liées à l’arrivée de la directive MIF 2 qui mettra un terme au système des rétrocessions de commissions. L’Association française du family office prône la rémunération sur honoraires et la transparence absolue sur les commissions (lire l’entretien). Mais pour l’heure, tous les acteurs ne sont pas passés à une facturation en honoraires de conseil. Et pour ceux adossés à des banques ou qui ont des liens capitalistiques avec des sociétés de gestion, la question de l’indépendance peut légitimement surgir. « Certaines sociétés sont clairement inféodées à une banque ou société de gestion, grince un professionnel. D’autres ont mis en place une organisation étanche pour préserver leur indépendance. Beaucoup sont terrorisées par MIF 2 ! » Le petit monde du family office n’a pas fini de s’agiter.

Des acteurs aux modèles inédits

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