Ces financiers français séduits par Francfort

le 27/04/2017 L'AGEFI Hebdo

En pleine bataille pour attirer les « Brexiters », la cinquième place financière européenne offre un cadre de vie agréable aux expatriés.

Ces financiers français séduits par Francfort
Le quartier d’affaires de Francfort.
(Fotolia)

Une vendeuse de saucisses très connue à Francfort a l’habitude de dire que Francfort est un village… qui, heureusement, dispose d’un aéroport ! », raconte en riant Olivier Souliac, ingénieur spécialisé dans les indices et les ETF (exchange-traded funds) chez Deutsche Asset Management. Après six années passées à Londres, ce financier a choisi, en 2011, de poser ses valises à Francfort principalement pour des raisons personnelles. « S’établir ici était pour moi et ma compagne l’occasion de fonder une famille, de s’éloigner de la frénésie de la City et de profiter d’un meilleur confort de vie pour une vie familiale », explique ce Français de 36 ans, aujourd’hui père de deux enfants en bas âge.

Depuis l’annonce du Brexit, plusieurs capitales européennes (Paris, Dublin, Luxembourg…) rivalisent en vue de bénéficier des futures relocalisations d’établissements financiers. Francfort est aussi dans la compétition. Cette ville du centre-ouest de l’Allemagne où vivent près de 750.000 habitants arrive en 7e position dans le classement 2017 du cabinet Mercer des métropoles où il fait bon vivre, loin devant Paris à la 38e place et Londres en 40e position. « J’aime beaucoup la qualité de vie, confie Marie Lafontaine, 30 ans, superviseur bancaire depuis deux ans et demi à la Banque centrale européenne (BCE), dont les bureaux sont situés dans la spectaculaire Skytower d’une hauteur de 185 mètres. La ville étant peu étendue et recouverte de parcs, il est facile de se déplacer en vélo ou en métro. Le printemps et l’été y sont très agréables, notamment grâce aux nombreuses fêtes de quartier. » Selon Maxence Mormède, passé de Munich à Francfort en 2001, la qualité de vie « excellente » est l’une des deux raisons qui l’ont incité à y rester, l’autre étant les « opportunités de développement » au sein de son entreprise. Aujourd’hui directeur général de la division Advanced fixed income chez Allianz Global Investors, il vante une « ville très cosmopolite avec une offre culturelle exceptionnelle malgré sa taille ». « Le coût de la vie n’est pas exorbitant, le logement et la nourriture y sont relativement abordables, en particulier par rapport à Londres, New York ou Paris, ajoute ce Français de 44 ans. Autre avantage, l’aéroport international qui dessert le monde entier est situé à 15 minutes du centre-ville. C’est un luxe assez inouï. »

Une grande, plus petite que Londres

La taille modeste de Francfort a aussi des inconvénients. « La ville est trop peu animée l’hiver et il n’est pas toujours facile de trouver des films en version originale », regrette Marie Lafontaine, qui a rejoint la cinquième place financière européenne après avoir exercé cinq ans à l’inspection de la Société Générale à Paris. Cette diplômée de Sciences Po et de l’université de Columbia à New York compte y rester encore « deux ou trois ans ». Pour Olivier Souliac, c’est sur le plan des opportunités de carrières et de l’offre éducative que le bât blesse. « Il y a un lycée français, mais il est un peu en marge de la ville. Si nous voulons scolariser nos enfants dans le système français, nous serons donc obligés de déménager dans un quartier qui n’est pas l’un des plus beaux », explique celui qui vit actuellement à « six minutes en vélo » de son lieu de travail. Pour ce qui est de l’environnement professionnel, le spécialiste des ETF le juge relativement « limité » dans son secteur. « Francfort est certes un grand centre financier mais tout de même beaucoup plus petit que Londres », pointe-t-il, notant qu’il y a « beaucoup plus d’Allemands à Francfort que de Britanniques à Londres dans ce milieu professionnel ». Etre germanophone se révèle donc être un « grand avantage », surtout si l’on travaille pour une entreprise locale, assure ce diplômé de Centrale Paris et de l’université technique de Berlin. « Francfort a la réputation d’être une ville où il faut savoir parler allemand, car cela facilite l’intégration, mais on peut très bien y vivre en parlant seulement l’anglais », estime quant à lui Maxence Mormède. Ce diplômé de la Toulouse School of Economics et de l’ESCP Europe indique par ailleurs n’avoir eu « strictement aucun problème » à s’adapter aux méthodes de travail. « Les Allemands ont un certain nombre de qualités comme la fiabilité, la ponctualité, le fait de se tenir à leurs engagements et des décisions qui ne sont pas prises de façon autocratique mais souvent sur la base du consensus », détaille-t-il. Olivier Souliac salue, de son côté, « le perfectionnisme » et « le goût du détail » allemands. « Il faut faire le travail à 100 % ; 90 % cela ne suffit pas », résume-t-il, disant également apprécier le degré élevé de franchise dans les relations entre collègues. Marie Lafontaine aime pour sa part « le fait que les cadres sont très efficaces dans le travail pour pouvoir profiter de leurs soirées, même si cela implique des pauses déjeuner plus courtes ».

Vivre outre-Rhin implique un impôt sur le revenu et un coût de la protection sociale plus élevés qu’en France (lire l’entretien). « Mais une bonne partie est rattrapée lorsque l’on vit en couple ou en famille et que l’on déduit les divers coûts de main-d’œuvre, souligne Olivier Souliac. Les déclarations de l’impôt sur le revenu sont assez fastidieuses, surtout pour les étrangers, mais de nombreux logiciels de simplification sont disponibles et rendent ce travail tout à fait gérable », précise-t-il. « En ce qui me concerne, je m’accommode extrêmement bien du coût de la protection sociale », affirme Maxence Mormède. Pour ce responsable d’une équipe de 18 personnes, avec laquelle il gère 45 milliards d’euros d’actifs, « quand on fait le choix d’un endroit où travailler, c’est un ‘package’ complet que l’on choisit ; en Allemagne, on bénéficie d’un contexte général très dynamique dans un pays où le taux de croissance est supérieur à celui de ses voisins européens, avec, en outre, une situation financière beaucoup plus saine ».

Un contexte général très dynamique

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