Banque d’affaires cherche VP !

le 20/04/2017 L'AGEFI Hebdo

Ces banquiers d’affaires âgés d’une trentaine d’années sont très convoités pour leurs compétences techniques et leurs aptitudes commerciales.

Banque d’affaires cherche VP !
(Fotolia)

La chasse aux vice presidents (VP) bat son plein chez les banquiers d’affaires parisiens. Ces professionnels, qui ont généralement entre six et neuf années d’expérience dans le métier, sont recherchés par une diversité d’acteurs : grands groupes bancaires, banques d’affaires, petites boutiques spécialisées... « Oui, des chasseurs de têtes me contactent de temps à autre, confie Julien Beaufreton, 37 ans, VP chez Degroof Petercam. Des structures bien installées veulent recruter des VP. Elles cherchent des banquiers qui peuvent gérer la relation avec les clients ainsi que l’exécution des projets tout en sachant initier des démarches commerciales, avoir des idées de nouveaux dossiers. » « Depuis septembre 2016, je note une accélération des missions de recrutement de VP, confirme Amaury La Clavière, senior manager banque de financement et d’investissement chez le chasseur de têtes Robert Walters. Les donneurs d’ordres veulent des banquiers qui ont un vécu dans le M&A en termes de ’track record’, de technicité et parfois d’expertise dans un secteur spécifique. » « La tendance est au jeu des chaises musicales, note pour sa part Axel de Schietere, principal au sein du département services financiers du cabinet de chasse de têtes Heidrick & Struggles, avec des banquiers expérimentés qui bougent d’une maison à une autre, d’une boutique très reconnue vers une grande banque américaine par exemple. D’autres rejoignent des petites banques d’affaires où ils trouveront un rythme de travail plus modéré, une ambiance plus conviviale, ou encore des équipes M&A de grands corporates. Des groupes comme Danone, Airbus, Pernod Ricard, Carrefour, Casino, Capgemini... ont étoffé leurs départements M&A ces dernières années. »

A Londres, les VP sont tentés par de nouveaux horizons. « Les start-up, les fintech et les fonds de capital-risque sont devenus les coqueluches des VP dans le M&A ! Beaucoup veulent décrocher un poste dans ces domaines », rapporte Alice Leguay, cofondatrice d’Emolument, cabinet d’études spécialisé dans les rémunérations du secteur financier, basé dans la capitale britannique.

Crise de 2008

Ces profils expérimentés, qui sont au cœur d’une guerre des talents dans le métier des fusions-acquisitions, constituent une population assez restreinte sur la place de Paris. La raison ? « Après la crise de 2008, les banques d’affaires ont complètement stoppé leurs recrutements pendant plusieurs années. Cela a créé un trou dans la pyramide des âges, qui est particulièrement visible aujourd’hui au grade de VP », explique Axel de Schietere. « A date, nous n’avons qu’un seul VP à Paris, regrette un peu Franck Portais, managing partner d’Alantra en France. Cet échelon est pourtant essentiel dans la conduite de projets de grande ampleur, notamment pour encadrer les analystes et associates, et décharger les directeurs. Par défaut, la charge de travail se reporte sur les juniors qui sont plus sollicités et exposés. » Chez Invest Corporate Finance (issu du rapprochement en 2016 d’Invest Securities Corporate avec L’lione & Associés), « nous n’avons pas de VP, relève Marc O’Neill, directeur général, mais nous avons des associates (30-35 ans) qui pourront le devenir s’ils restent dans notre structure ».

Dans un contexte où le marché français du M&A s’est très bien porté en début d’année et où de nouveaux secteurs suscitent l’attention (start-up, fintech etc), beaucoup d’acteurs veulent se doter de VP afin de renforcer ce maillon qui est indispensable dans la chaîne de travail. « Le passage du grade d’associate à celui de VP est très marquant, veut rappeler Pierre Ouaknin, 32 ans, VP chez Lazard, diplômé d’HEC et de l’Ecole spéciale des travaux publics. Un VP est en contact direct avec les associés et il a notamment un rôle de diffusion de l’information auprès des associates et analystes. Sa fonction est très importante auprès des juniors qui ne peuvent pas toujours échanger en direct avec les associés. » En plus d’un rôle technique dans l’exécution des opérations, ainsi qu’un rôle de management des clients, « le VP est également là pour aider et encadrer les jeunes dans leurs travaux et leur expliquer toute la dimension des dossiers », ajoute le banquier de Lazard. Pour continuer à grimper dans la hiérarchie, les VP sont aussi attendus sur leurs aptitudes commerciales, comme le souligne Marc O’Neill : « Généralement âgés de 30 à 40 ans, ce grade correspond à un moment de leur carrière qui est difficile ; ils sont sous le grade d’associé et, pour le devenir, ils doivent attendre d’être capables de générer des deals. »

Cet éventail de compétences est actuellement d’autant plus convoité que le secteur est animé par une forte, et récente, concurrence venant de petites banques d’affaires qui se sont spécialisées dans les nouvelles technologies. « Par ailleurs, le M&A permet à des jeunes financiers, des VP notamment, d’acquérir des compétences qui sont très transférables dans des start-up : ils sont en contact avec les clients, apprennent tout du fonctionnement d’une entreprise... », observe Marc O’Neill. « Mes équipes, les VP notamment, sont recherchées, croit savoir Thibaut Revel, associé chez Clipperton, boutique dédiée aux opérations dans la « tech ». C’est encore plus le cas depuis 18 mois avec le phénomène digital et l’arrivée à Paris d’autres concurrents anglo-saxons. » En octobre 2016, Adrien Choquet a rejoint AEC Partners où il pilote le département fintech nouvellement créé en tant qu’associate director (équivalent au grade de VP). Ce diplômé de l’ESCP Europe qui vient de la banque avait dernièrement exercé au sein de l’équipe M&A d’une grande institution anglo-saxonne. « C’était un environnement très hiérarchisé et, surtout, j’avais vraiment envie de me spécialiser dans les fintech », explique le banquier de 32 ans.

Attrait des nouvelles technologies

Si le secteur des nouvelles technologies et des start-up/fintech attire des professionnels trentenaires lassés du M&A « vieille école » où le travail est très compartimenté, passer du métier de banquier d’affaires classique à celui de banquier d’affaires « techno » n’est néanmoins pas aisé. « Il y a d’excellents techniciens dans des structures traditionnelles qui seront incapables de travailler dans un environnement comme le nôtre », déclare Stéphane Olmi, managing partner chez AEC Partners. « Pour des recrutements, j’ai rencontré beaucoup de professionnels issus de grandes banques, raconte Guillaume Bonneton, partner chez GP Bullhound, boutique spécialisée dans le secteur technologique. Le problème, c’est qu’on ne les a pas laissés assez ’pitcher’ auprès des clients, ils n’ont pas été suffisamment impliqués dans la relation commerciale. Sans doute parce qu’il y avait beaucoup de banquiers seniors dans les grades au-dessus. »

Un peu à contre-courant de la tendance, Quentin Molinié, 30 ans, managing partner d’eCap Partner, boutique elle aussi spécialisée dans le secteur numérique et créée il y a six ans par ce diplômé de l’EM Lyon (avec son camarade d’école, Numa Bourragué), affirme simplement : « Nous n’avons pas besoin de VP ! Cela représenterait un coût d’en recruter. Mais il est vrai que notre profil à 100 % ’tech’ dès l’origine nous rend très attractifs auprès de jeunes banquiers, qu’ils soient débutants ou expérimentés. » De jeunes professionnels du M&A qui cherchent aussi un cadre de travail moins contraignant en termes de rythme et d’horaires. « La règle du jeu n’est pas de sortir de son bureau tous les soirs à minuit !, assure Thibaut Revel chez Clipperton. Cela peut arriver mais ce n’est pas la norme. »

Ces profils expérimentés constituent une population assez restreinte sur la place de Paris

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